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Français · 12e SS

Leçon 35 sur 52

La Négritude (fiche complémentaire)

Je sais définir la Négritude, présenter ses fondateurs, ses dates clés, ses thèmes et ses différentes conceptions, et discuter les critiques qui lui ont été faites.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la Négritude et expliquer son origine
  • Présenter les trois fondateurs, leurs œuvres et leurs conceptions différentes
  • Connaître les dates clés, les thèmes et les critiques du mouvement

Avant de commencer : Le réveil des consciences ; Le réveil des consciences aux États-Unis

1Je découvre

Au centre culturel de Kankan, un club de lecture prépare une soirée de poésie. Hawa doit présenter un poète de la Négritude. Elle hésite entre Senghor et Césaire. Son camarade Sékou lui dit : « Prends Senghor, c'est le poète de la douceur et du rythme. » Un autre répond : « Non, Césaire, c'est le poète de la colère ! » Un troisième ajoute : « Mais un écrivain nigérian s'est moqué de la Négritude ! »

Hawa est perdue. Comment un même mouvement peut-il être à la fois douceur et colère ? Et pourquoi certains Africains l'ont-ils critiqué ?

Qu'est-ce que la Négritude, qui l'a créée, que défend-elle, et pourquoi a-t-elle suscité des débats ?

2Je comprends

1. Définition et origine du mot

La Négritude est un mouvement littéraire, culturel et politique né à Paris dans les années 1930, fondé par des étudiants noirs venus des colonies françaises. Il revendique la dignité, l'identité et les valeurs culturelles des peuples noirs, contre le racisme, la colonisation et l'assimilation.

Le mot est formé sur « nègre », terme alors méprisant, auquel les fondateurs donnent un sens de fierté : ils retournent l'insulte en revendication. Il apparaît pour la première fois dans le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire, publié en 1939 dans la revue Volontés.

Deux définitions souvent citées :

  • pour Senghor, la Négritude est « l'ensemble des valeurs culturelles du monde noir » ;
  • pour Césaire, elle est d'abord la prise de conscience d'être noir, l'acceptation de son destin et de son histoire, et la volonté de les assumer.

2. Les trois fondateurs

FondateurOrigineŒuvres essentiellesTon dominant
Léopold Sédar Senghor (1906-2001)Sénégal (Joal)Chants d'ombre (1945), Hosties noires (1948), Éthiopiques (1956) ; Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948)la célébration, le rythme, la réconciliation
Aimé Césaire (1913-2008)MartiniqueCahier d'un retour au pays natal (1939), Discours sur le colonialisme (1950), La Tragédie du roi Christophe (1963)la révolte, le cri, la violence des images
Léon-Gontran Damas (1912-1978)GuyanePigments (1937)l'ironie, la colère, le refus de l'assimilation

Ils se rencontrent à Paris au début des années 1930 et participent à la revue *L'Étudiant noir* (1935), qui veut réunir tous les étudiants noirs, qu'ils viennent d'Afrique ou des Antilles.

3. Les dates clés

  1. 11935 : L'Étudiant noir réunit Senghor, Césaire, Damas et d'autres étudiants
  2. 21937 : Damas publie Pigments, premier recueil de la Négritude
  3. 31939 : Césaire publie le Cahier d'un retour au pays natal, où naît le mot
  4. 41947 : Alioune Diop fonde la revue Présence africaine (la maison d'édition suit en 1949)
  5. 51948 : Anthologie de Senghor, préfacée par Jean-Paul Sartre (« Orphée noir »)
  6. 61956 : premier Congrès des écrivains et artistes noirs, à la Sorbonne (Paris)
  7. 71959 : deuxième Congrès, à Rome
Les grandes dates de la Négritude.

En 1948, le philosophe Jean-Paul Sartre écrit « Orphée noir », la préface de l'anthologie de Senghor. Il y présente la Négritude comme un moment nécessaire du combat contre le racisme, qu'il appelle un « racisme antiraciste », destiné à être dépassé.

4. Les grands thèmes

  1. La dénonciation : de l'esclavage, de la colonisation, du racisme, de l'assimilation.
  2. La réhabilitation de l'Afrique : son histoire, ses empires, ses masques, sa spiritualité.
  3. L'exaltation de la race noire : la beauté de la femme noire, la force du corps, la couleur.
  4. Le retour aux sources : l'enfance, le village, les ancêtres, la nature.
  5. L'engagement : la solidarité de tous les Noirs et, pour certains, l'appel à la libération.
  6. L'humanisme : chez Senghor surtout, l'idée d'une « civilisation de l'universel » où chaque peuple apporte sa part.

5. Deux conceptions : Senghor et Césaire

Négritude de Senghor
  • Ensemble des valeurs du monde noir
  • Émotion, rythme, lien avec la nature
  • Métissage culturel, dialogue avec l'Europe
  • Civilisation de l'universel
  • Ton apaisé, souvent lyrique
Négritude de Césaire
  • Prise de conscience et révolte
  • Cri, rupture, images violentes
  • Dénonciation radicale du colonialisme
  • Histoire assumée, blessure de l'esclavage
  • Ton explosif, souvent surréaliste
Une même revendication, deux sensibilités.

C'est ce qui répond à la question d'Hawa : la Négritude n'est pas une doctrine unique. Senghor la vit comme un enracinement qui mène à l'ouverture ; Césaire comme une révolte qui brise les chaînes ; Damas comme une ironie amère contre l'assimilation.

6. Les critiques de la Négritude

Après les indépendances, des intellectuels africains critiquent la Négritude :

  • elle serait trop tournée vers le passé et idéalise une Afrique ancienne ;
  • certaines formules de Senghor (par exemple l'opposition entre la raison et l'émotion) semblent reprendre des clichés sur les Noirs ;
  • elle parle d'une « âme noire » commune et oublie la diversité des peuples africains ;
  • elle ne suffit pas à résoudre les problèmes concrets des nouveaux États : pauvreté, pouvoir, développement.

L'écrivain nigérian Wole Soyinka aurait résumé cette critique par une image restée célèbre : le tigre ne proclame pas sa « tigritude », il agit. Le Béninois Stanislas Adotevi, dans Négritude et négrologues (1972), fait une critique encore plus sévère.

Malgré ces critiques, la Négritude reste un moment fondateur : elle a rendu aux peuples noirs la fierté de leur culture et a préparé, sur le plan des idées, la marche vers les indépendances, dont celle de la Guinée le 2 octobre 1958.

Méthode

Pour traiter une question sur la Négritude :

  1. Je définis le mouvement (date, lieu, but).
  2. Je cite les fondateurs et au moins une œuvre de chacun, avec sa date.
  3. Je développe les thèmes en les illustrant par des exemples précis.
  4. Je distingue les conceptions de Senghor et de Césaire.
  5. Je présente les critiques, puis je conclus sur l'apport du mouvement.

Exemple

Question : « Pourquoi le mot "négritude" est-il un acte de courage ? »

Réponse rédigée : À l'époque coloniale, le mot « nègre » est une insulte qui rabaisse l'homme noir. En forgeant le mot « négritude » en 1939 dans le Cahier d'un retour au pays natal, Césaire reprend ce mot méprisant et le transforme en fierté : il affirme qu'être noir n'est pas une honte mais une identité, une histoire et une culture. C'est un acte de courage, car il retourne contre le colonisateur l'arme même de son mépris.

Exemple

Texte d'étude (écrit pour cette leçon, dans l'esprit senghorien) :

« Mère, je reviens vers toi par la piste rouge,

Je reviens vers le fromager, vers le puits, vers le tam-tam du soir.

J'ai appris les livres des Blancs, et je ne les renie pas ;

Mais c'est ici, dans l'odeur du mil et de la pluie,

Que mon cœur retrouve son rythme. »

Analyse :

  • Thème : le retour aux sources, l'enfance et le village.
  • Procédés : l'apostrophe « Mère » (la mère peut aussi symboliser l'Afrique) ; l'anaphore « je reviens » ; l'énumération des éléments du village ; l'appel aux sens (« l'odeur du mil et de la pluie »).
  • Conception : le poète ne rejette pas la culture européenne (« je ne les renie pas ») ; il s'enracine en Afrique tout en restant ouvert, ce qui est typique de la Négritude de Senghor.

3Je retiens

Je retiens

Négritude : mouvement littéraire, culturel et politique né à Paris dans les années 1930, qui revendique la dignité et les valeurs du monde noir.

Fondateurs : Senghor (Sénégal), Césaire (Martinique), Damas (Guyane).

Dates : L'Étudiant noir (1935), Pigments (1937), Cahier d'un retour au pays natal (1939), Présence africaine (1947), Anthologie de Senghor et « Orphée noir » de Sartre (1948), Congrès de Paris (1956) et de Rome (1959).

Thèmes : dénonciation, réhabilitation de l'Afrique, fierté noire, retour aux sources, engagement, humanisme.

Senghor : enracinement et ouverture, « civilisation de l'universel ». Césaire : prise de conscience et révolte.

Critiques : passéisme, clichés, oubli de la diversité et des problèmes concrets (Soyinka, Adotevi).

4Erreurs fréquentes

  • Dire que Senghor a inventé le mot « négritude » : le mot apparaît chez Césaire, dans le Cahier d'un retour au pays natal (1939).
  • Présenter la Négritude comme un mouvement africain né en Afrique : il naît à Paris, parmi des étudiants africains, antillais et guyanais.
  • Confondre les origines des fondateurs : Senghor est sénégalais, Césaire martiniquais, Damas guyanais.
  • Ne présenter que l'éloge : une bonne copie expose aussi les critiques et les discute.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Complète.

a) La Négritude est née à … dans les années … .

b) Le mot apparaît dans l'œuvre … de … en … .

c) Pigments (1937) est un recueil de … .

d) La revue Présence africaine est fondée en 1947 par … .

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a) La Négritude est née à Paris dans les années 1930.

b) Le mot apparaît dans le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire en 1939.

c) Pigments (1937) est un recueil de Léon-Gontran Damas.

d) La revue Présence africaine est fondée en 1947 par Alioune Diop.

2Exercice 2

Relie chaque œuvre à son auteur : Chants d'ombre ; Discours sur le colonialisme ; Pigments ; « Orphée noir » ; Négritude et négrologues. Auteurs : Sartre ; Damas ; Senghor ; Césaire ; Adotevi.

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Chants d'ombre : Senghor. Discours sur le colonialisme : Césaire. Pigments : Damas. « Orphée noir » : Sartre. Négritude et négrologues : Adotevi.

3Exercice 3

Cite quatre thèmes de la Négritude et illustre chacun par un exemple (œuvre, image, idée).

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Exemple de réponse :

  • La dénonciation de la colonisation : Césaire, Discours sur le colonialisme (1950).
  • La fierté noire : l'éloge de la femme noire dans la poésie de Senghor (Chants d'ombre, 1945).
  • Le retour aux sources : l'évocation du village natal, de l'enfance et des ancêtres chez Senghor.
  • Le refus de l'assimilation : l'ironie de Damas dans Pigments contre l'éducation qui voulait faire de lui un « bon » imitateur des Blancs.

4Exercice 4

Explique en six à huit lignes la différence entre la Négritude de Senghor et celle de Césaire.

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Exemple de réponse :

Senghor et Césaire défendent tous deux la dignité du monde noir, mais pas de la même manière. Pour Senghor, la Négritude est « l'ensemble des valeurs culturelles du monde noir » : il célèbre le rythme, l'émotion, la nature et les ancêtres, sur un ton lyrique et apaisé. Il veut que l'Afrique apporte sa part à une « civilisation de l'universel », en dialogue avec l'Europe. Pour Césaire, la Négritude est d'abord une prise de conscience et une révolte : il crie la blessure de l'esclavage et dénonce radicalement le colonialisme, avec des images violentes et une écriture proche du surréalisme. L'un insiste sur l'enracinement et la réconciliation, l'autre sur la rupture.

5Exercice 5

(Sujet de réflexion) « La Négritude a été utile, mais elle est dépassée. » Rédige un paragraphe de quinze lignes environ qui discute cette affirmation : montre d'abord ce que la Négritude a apporté, puis présente les critiques, et conclus par ton avis personnel.

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Exemple de réponse :

On dit parfois que la Négritude, utile hier, serait aujourd'hui dépassée. Il faut reconnaître d'abord son immense apport : dans les années 1930, alors que le colonisateur niait toute culture africaine, Senghor, Césaire et Damas ont rendu aux Noirs la fierté de leur couleur, de leur histoire et de leurs arts. Leurs œuvres, du Cahier d'un retour au pays natal aux Chants d'ombre, ont préparé les esprits aux indépendances. Pourtant, les critiques ne sont pas sans fondement. Après 1960, Wole Soyinka ou Stanislas Adotevi ont reproché au mouvement de regarder vers un passé idéalisé, de reprendre des clichés sur « l'âme noire » et de ne pas répondre aux problèmes concrets des nouveaux États. À mon avis, la Négritude n'est pas dépassée dans son principe : l'affirmation de soi reste nécessaire face au mépris. Mais elle doit être complétée par l'action, le travail et la réflexion sur les défis actuels de l'Afrique.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans quelle œuvre le mot « négritude » apparaît-il pour la première fois ?
Voir la réponse

Réponse B : Cahier d'un retour au pays natal. Césaire forge le mot dans le Cahier, publié en 1939.

2De quel pays est originaire Léon-Gontran Damas ?
Voir la réponse

Réponse C : de la Guyane. Damas est guyanais ; Senghor est sénégalais et Césaire martiniquais.

3Qui a écrit « Orphée noir », préface de l'anthologie de Senghor (1948) ?
Voir la réponse

Réponse A : Jean-Paul Sartre. Sartre y présente la Négritude comme une étape nécessaire du combat antiraciste.

4Quelle expression résume la conception senghorienne de la Négritude ?
Voir la réponse

Réponse C : la civilisation de l'universel. Senghor veut que chaque peuple, dont les peuples noirs, apporte sa part à une culture commune.

5Quelle critique a-t-on souvent adressée à la Négritude après les indépendances ?
Voir la réponse

Réponse A : elle serait trop tournée vers un passé idéalisé. Des auteurs comme Soyinka ou Adotevi lui reprochent son passéisme et son manque de prise sur les problèmes concrets.

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