Leçon 27 sur 28
L'eau et l'onchocercose
Je sais expliquer comment l'onchocercose, la « cécité des rivières », est transmise par une petite mouche qui naît dans les rivières rapides, quels dégâts elle cause à la peau et aux yeux, et comment on la combat.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Identifier l'agent de l'onchocercose (une filaire) et son vecteur (la simulie)
- Expliquer pourquoi la maladie est liée aux rivières à courant rapide
- Décrire le cycle du parasite entre l'être humain et la simulie
- Décrire les signes (peau, nodules, yeux) et les moyens de lutte (ivermectine, lutte contre les larves, protection)
Avant de commencer : L'eau et le paludisme (notion de vecteur dont les larves vivent dans l'eau) ; les vers ronds (ankylostome).
1Je découvre
Le grand-père de Mamadou vit dans un village au bord d'une rivière de Haute Guinée, près de rapides où l'eau bouillonne entre les rochers. Il ne voit presque plus : ses petits-enfants le guident par un bâton. Sa peau, sur les jambes, est épaisse, fripée et tachée de blanc, et il se gratte sans cesse. Sous la peau de sa hanche, on sent une petite boule dure.
Pendant les vacances, Mamadou accompagne son oncle au champ, près de la rivière. En pleine journée, de toutes petites mouches noires, bossues, se posent sur ses jambes et le piquent ; les piqûres sont douloureuses et saignent un peu. « Ce sont elles qui ont rendu ton grand-père aveugle », lui dit son oncle.
Mamadou est troublé : comment une si petite mouche peut-elle rendre aveugle ? Pourquoi cette maladie touche-t-elle les villages situés près des rivières rapides, et comment s'en protéger ?
2Je comprends
1. L'agent et le vecteur
L'onchocercose est une maladie parasitaire due à un ver rond (un nématode) de la famille des filaires : *Onchocerca volvulus*. On l'appelle aussi la cécité des rivières, car elle peut rendre aveugle et touche les populations qui vivent près des cours d'eau.
- Les vers adultes vivent sous la peau, enroulés en pelote dans des nodules (petites boules dures, indolores, de la taille d'un pois à celle d'une noix), souvent au niveau des hanches, des côtes, des genoux ou de la tête. La femelle, très longue et fine, mesure plusieurs dizaines de centimètres ; le mâle, quelques centimètres. Ils vivent de nombreuses années.
- La femelle produit des milliers de larves minuscules (environ 0,3 mm), les microfilaires, qui se déplacent dans la peau et peuvent atteindre les yeux. Ce sont elles qui provoquent la maladie.
Le vecteur est une petite mouche noire et bossue de quelques millimètres, la simulie. Seule la femelle pique, le jour, pour prendre un repas de sang. Sa piqûre est douloureuse.
2. Pourquoi les rivières rapides ?
La simulie femelle pond ses œufs sur des rochers ou des plantes au bord de l'eau courante. Ses larves et ses nymphes vivent fixées aux rochers et aux herbes immergées, dans des eaux rapides, bien oxygénées : rapides, chutes, seuils rocheux, déversoirs de barrages. Elles ne peuvent pas vivre dans l'eau stagnante.
- Larves dans l'eau stagnante
- Pique surtout la nuit
- Transmet un être unicellulaire, le plasmodium
- Se protéger : moustiquaire la nuit
- Larves fixées aux rochers dans l'eau courante et rapide
- Pique le jour
- Transmet un ver rond, la filaire
- Se protéger : vêtements longs le jour près des rivières
C'est pourquoi l'onchocercose touche surtout les villages situés près des rivières à courant rapide, dans les zones de savane et de forêt. La Guinée, avec ses nombreux cours d'eau descendant du Fouta-Djallon et de la dorsale guinéenne, fait partie des pays concernés.
3. Le cycle de la filaire
- Une simulie femelle pique une personne malade : elle aspire, avec le sang et la lymphe de la peau, des microfilaires.
- Dans le corps de la simulie, les microfilaires se transforment en une à deux semaines en larves infestantes, qui gagnent sa trompe.
- Quand cette simulie pique une personne saine, les larves infestantes entrent dans la peau par la plaie de la piqûre.
- Sous la peau, les larves deviennent des vers adultes en plusieurs mois ; ils s'enroulent dans des nodules et s'accouplent.
- Les femelles libèrent des microfilaires, qui envahissent la peau et les yeux. Une nouvelle simulie qui pique la personne les aspire : le cycle recommence.
4. Les signes de la maladie
Les microfilaires qui meurent dans la peau et les yeux provoquent une inflammation. Les signes apparaissent après des années de piqûres répétées :
| Organe | Signes |
|---|---|
| Peau | démangeaisons intenses, boutons et lésions de grattage ; puis peau épaissie, fripée (aspect vieilli) ; taches décolorées sur les jambes (peau de léopard) |
| Sous la peau | nodules durs et indolores contenant les vers adultes |
| Yeux | larmoiement, rougeur, gêne à la lumière, puis baisse de la vue et cécité définitive |
Les conséquences sont aussi sociales et économiques : dans le passé, par peur de la maladie, des populations ont abandonné des vallées fertiles au bord des rivières. Les démangeaisons empêchent de dormir et de travailler ; la cécité rend dépendant de sa famille.
Le diagnostic se fait en recherchant les microfilaires dans un minuscule fragment de peau examiné au microscope, et en repérant les nodules.
5. La lutte contre l'onchocercose
a) Le traitement : l'ivermectine. Un médicament, l'ivermectine, tue les microfilaires (mais pas les vers adultes). Pris une fois par an (parfois deux), il fait disparaître les démangeaisons, empêche la cécité et empêche la transmission, car la simulie ne trouve plus de microfilaires à aspirer. Il est distribué gratuitement lors de campagnes, souvent par des distributeurs communautaires choisis dans les villages. Les très jeunes enfants et les femmes enceintes ne le reçoivent pas : l'agent de santé décide qui peut le prendre. Comme les vers adultes vivent longtemps, il faut prendre le traitement chaque année pendant de nombreuses années.
b) La lutte contre les larves de simulies. À partir des années 1970, un grand programme international a traité les rivières de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest avec des produits qui tuent les larves, épandus depuis des avions et des hélicoptères, sans nuire aux poissons aux doses employées. Il a fortement réduit la maladie et permis à des familles de revenir cultiver les vallées.
c) La protection individuelle. Porter des vêtements couvrant les bras et les jambes près des rivières, surtout pendant la journée ; éviter de rester longtemps près des rapides aux heures où les simulies piquent.
d) L'éducation sanitaire. Expliquer aux villages l'intérêt de prendre l'ivermectine chaque année, même quand on ne se sent pas malade.
Exemple
Question : dans un village de 1 500 habitants, on compte 1 200 personnes qui peuvent recevoir l'ivermectine. Le distributeur communautaire en a traité 960. Quel est le pourcentage des personnes pouvant être traitées qui l'ont été ?
Pourcentage = 960 ÷ 1 200 × 100 = 80 %.
Réponse : 80 % des personnes qui pouvaient être traitées ont reçu l'ivermectine ; il reste 1 200 − 960 = 240 personnes à convaincre et à traiter.
Exemple
Question : pourquoi l'ivermectine protège-t-elle aussi les personnes non traitées du village ?
L'ivermectine tue les microfilaires dans la peau des personnes traitées.
Les simulies qui piquent ces personnes n'aspirent plus de microfilaires : elles ne deviennent pas infestantes.
Il y a donc moins de simulies capables de transmettre la maladie, et tout le village est mieux protégé.
Méthode
Pour expliquer une maladie transmise par un vecteur :
- Je nomme l'agent (le parasite) et le vecteur, et je dis où vivent les larves du vecteur.
- Je décris le cycle : dans l'être humain, puis dans le vecteur, puis de nouveau dans l'être humain.
- Je relie les signes aux organes atteints.
- Je propose des mesures sur chaque maillon : traiter les malades, lutter contre le vecteur, se protéger des piqûres, informer.
3Je retiens
Je retiens
L'onchocercose (cécité des rivières) est due à une filaire, Onchocerca volvulus, un ver rond.
Les vers adultes vivent dans des nodules sous la peau ; les femelles libèrent des microfilaires qui envahissent la peau et les yeux.
Le vecteur est la simulie femelle, petite mouche noire qui pique le jour ; ses larves vivent fixées aux rochers dans les eaux courantes et rapides.
Cycle : simulie aspire des microfilaires → larves infestantes dans la simulie → piqûre → vers adultes dans des nodules → microfilaires.
Signes : démangeaisons intenses, peau épaissie et dépigmentée, nodules, lésions des yeux pouvant aller jusqu'à la cécité.
Lutte : ivermectine une fois par an (tue les microfilaires et arrête la transmission), traitement des rivières contre les larves, vêtements couvrants, éducation.
4Erreurs fréquentes
- Confondre la simulie et l'anophèle : la simulie pique le jour et naît dans l'eau rapide ; l'anophèle pique la nuit et naît dans l'eau stagnante.
- Croire que l'onchocercose se transmet en buvant l'eau de la rivière : elle se transmet uniquement par la piqûre de la simulie.
- Penser qu'une seule prise d'ivermectine guérit définitivement : elle tue les microfilaires mais pas les vers adultes ; il faut la prendre chaque année pendant des années.
- Croire que ce sont les vers adultes qui rendent aveugle : ce sont les microfilaires qui atteignent les yeux.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quel est l'agent de l'onchocercose ? Quel est son vecteur ?
b) Où vivent les vers adultes ? Que sont les microfilaires ?
c) Pourquoi appelle-t-on cette maladie la « cécité des rivières » ?
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a) L'agent est une filaire, Onchocerca volvulus (un ver rond). Le vecteur est la simulie femelle.
b) Les vers adultes vivent sous la peau, dans des nodules. Les microfilaires sont les larves minuscules produites par les femelles ; elles se déplacent dans la peau et peuvent atteindre les yeux.
c) Parce qu'elle peut rendre aveugle et qu'elle touche les populations vivant près des rivières rapides, où naissent les simulies.
2Exercice 2
Réponds par vrai ou faux et corrige les phrases fausses :
a) La simulie pique surtout la nuit.
b) Les larves de simulie vivent dans les eaux stagnantes.
c) L'ivermectine tue les microfilaires.
d) Les nodules contiennent les vers adultes.
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a) Faux : la simulie pique le jour.
b) Faux : elles vivent fixées aux rochers et aux plantes dans les eaux courantes et rapides.
c) Vrai.
d) Vrai.
3Exercice 3
Remets dans l'ordre : A. des larves infestantes entrent dans la peau lors d'une piqûre ; B. une simulie aspire des microfilaires en piquant un malade ; C. les femelles libèrent des microfilaires dans la peau ; D. les larves se développent dans la simulie ; E. les vers adultes s'installent dans des nodules.
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B, D, A, E, C.
4Exercice 4
Dans une zone de santé, 2 000 personnes peuvent recevoir l'ivermectine. Lors de la campagne, 1 700 l'ont reçue.
a) Calcule le pourcentage de personnes traitées.
b) Combien de personnes n'ont pas été traitées ?
c) Pourquoi est-il important que le plus grand nombre possible de personnes soit traité chaque année ?
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a) 1 700 ÷ 2 000 × 100 = 85 %.
b) 2 000 − 1 700 = 300 personnes.
c) Chaque personne traitée n'a plus de microfilaires dans la peau : les simulies qui la piquent ne s'infestent plus. Plus il y a de personnes traitées, moins il y a de simulies infestantes, et plus la transmission diminue pour tout le monde, y compris ceux qui ne peuvent pas être traités.
5Exercice 5
(Type devoir) Un village de Haute Guinée est situé près de rapides. Beaucoup d'adultes se grattent, plusieurs anciens sont aveugles, et certaines familles refusent l'ivermectine « parce qu'elles ne sont pas malades ».
a) Explique pourquoi la proximité des rapides favorise la maladie.
b) Décris les signes que l'on peut observer chez les malades.
c) Rédige en cinq à six lignes un message pour convaincre les familles de prendre l'ivermectine chaque année.
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a) Les simulies pondent près des rapides et leurs larves vivent fixées aux rochers dans l'eau rapide et bien oxygénée. Les villageois qui vivent et travaillent près de ces rapides sont donc piqués souvent, pendant la journée.
b) Démangeaisons intenses, lésions de grattage, peau épaissie et fripée, taches décolorées sur les jambes, nodules durs sous la peau, troubles de la vue pouvant aller jusqu'à la cécité.
c) (Exemple de réponse) « Chers parents, les petites mouches noires des rapides transmettent l'onchocercose, qui provoque des démangeaisons et peut rendre aveugle, comme nos anciens. On peut porter les vers sans le savoir pendant des années. Une seule prise d'ivermectine par an, gratuite, tue les larves du ver, protège nos yeux et empêche les mouches de transmettre la maladie aux enfants. Prenons-la tous, chaque année, même si nous nous sentons bien. »
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6Je vérifie
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