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Éducation civique et morale · 8e

Leçon 23 sur 25

Les stratégies traditionnelles d'une culture de paix

Je sais expliquer ce qu'est une culture de paix et décrire les moyens traditionnels que les sociétés guinéennes utilisent pour prévenir et régler les conflits.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la paix et la culture de paix
  • Décrire les principales stratégies traditionnelles (palabre, médiation des anciens, cousinage à plaisanterie, alliances, hospitalité)
  • Expliquer le rôle des acteurs traditionnels (anciens, chefs coutumiers, griots, religieux, femmes)
  • Montrer comment ces stratégies peuvent servir aujourd'hui, à l'école et au quartier

Avant de commencer : Les leçons « La notion de conflit », « Les types de conflits (suite) » et « Prévenir et gérer les conflits à l'école ».

1Je découvre

Dans un village près de Kouroussa, deux familles se disputent un champ au bord du fleuve Niger. Les jeunes des deux familles commencent à s'insulter ; certains parlent même de se battre. Le chef du village convoque tout le monde sous le grand fromager, un vendredi après la prière.

Les anciens des deux familles s'assoient face à face. Le griot prend la parole, rappelle l'histoire commune des deux lignées et les liens de mariage qui les unissent depuis des générations. Chacun expose sa version, sans être interrompu. Les sages écoutent longuement, posent des questions, puis proposent un partage : chaque famille cultivera une partie du champ. Pour sceller la réconciliation, on partage la cola et l'on prononce des bénédictions.

Mariama, qui a assisté à la scène avec son grand-père, est impressionnée : aucun policier, aucun tribunal, et pourtant le conflit est réglé.

Quels sont les moyens traditionnels utilisés en Guinée pour préserver la paix et régler les conflits ?

2Je comprends

1. La paix et la culture de paix

La paix n'est pas seulement l'absence de guerre ou de violence. C'est aussi une situation d'entente, de sécurité, de justice et de respect mutuel entre les personnes et les groupes.

Une culture de paix est l'ensemble des valeurs, des attitudes et des comportements qui rejettent la violence et cherchent à prévenir les conflits en s'attaquant à leurs causes, et à les régler par le dialogue et la négociation. Les Nations unies ont adopté en 1999 une Déclaration sur une culture de la paix. Mais bien avant, les sociétés africaines, et guinéennes en particulier, avaient développé leurs propres stratégies traditionnelles de paix.

Une stratégie traditionnelle est un moyen hérité des ancêtres, transmis de génération en génération, pour éviter ou régler les conflits dans la communauté.

2. Les principales stratégies traditionnelles

a) La palabre (l'arbre à palabres). C'est une assemblée où l'on discute d'un problème de la communauté, souvent à l'ombre d'un grand arbre ou dans la case commune. Chacun peut prendre la parole, à son tour, sous l'autorité des anciens. On écoute, on discute longuement, jusqu'à trouver une solution acceptée par tous : le consensus. La palabre permet de « vider » un conflit en public, pour qu'il ne reste pas de rancune cachée.

b) La médiation des anciens et des sages. Les anciens, les chefs de famille et les chefs coutumiers sont respectés pour leur âge, leur expérience et leur connaissance de l'histoire des familles. Ils jouent le rôle de médiateurs : ils ne prennent pas parti, ils rapprochent les deux camps et proposent une solution juste.

c) Le rôle des griots. Dans les sociétés mandingues notamment, le griot est le gardien de la mémoire et de la parole. Il connaît les généalogies et l'histoire des familles. Il peut rappeler aux adversaires leurs liens anciens, apaiser les colères par la parole et servir d'intermédiaire.

d) Le cousinage à plaisanterie. C'est une alliance traditionnelle entre certaines familles, certains noms ou certaines ethnies. Les « cousins » ont le droit de se taquiner, de se moquer gentiment les uns des autres, sans jamais se fâcher, et ils ont le devoir de s'entraider et de ne jamais se faire la guerre. La plaisanterie détend l'atmosphère : il est difficile de rester en colère contre quelqu'un avec qui l'on a le droit de rire. Ces alliances varient selon les régions de Guinée et d'Afrique de l'Ouest.

e) Les alliances par le mariage. Les mariages entre familles, villages ou communautés créent des liens de parenté. On ne se bat pas facilement contre la famille de sa mère ou de sa femme. Le mariage a longtemps servi à sceller la paix entre groupes.

f) L'hospitalité et le partage. Accueillir l'étranger, lui offrir à boire et à manger, lui donner un logeur (un « tuteur ») : ces pratiques créent la confiance et évitent la méfiance. Le partage de la cola accompagne souvent les salutations, les demandes, les réconciliations.

g) Les pactes, serments et interdits. Certaines communautés concluent des pactes anciens, parfois accompagnés de serments, qui interdisent de verser le sang de l'autre groupe. Les interdits (ce qu'on ne doit pas faire) et le respect des lieux sacrés renforcent aussi la cohésion.

h) Le rôle des religieux et des femmes. Les imams, les prêtres et les pasteurs appellent au pardon et à la paix. Les femmes, en particulier les plus âgées, jouent souvent un rôle discret mais essentiel pour rapprocher les familles et calmer les jeunes.

Stratégie traditionnelle
  • Palabre
  • Médiation des anciens
  • Parole du griot
  • Cousinage à plaisanterie
  • Alliances par le mariage
  • Hospitalité, partage de la cola
Comment elle favorise la paix
  • Chacun s'exprime, on cherche une solution acceptée par tous
  • Des sages neutres rapprochent les adversaires
  • Rappelle les liens anciens et apaise les colères
  • La taquinerie remplace la violence, l'entraide est obligatoire
  • Les familles liées ne se font pas la guerre
  • Crée la confiance et scelle la réconciliation
Les principales stratégies traditionnelles de paix et leur effet.

3. Un héritage ancien : la charte de Kouroukan Fouga

Selon la tradition orale, en 1236, après la victoire de Soundiata Keïta, les représentants des peuples de l'Empire du Mali se sont réunis à Kouroukan Fouga, dans la région de Kangaba, et ont adopté des règles pour organiser la vie en commun. Cette charte, transmise par les griots, organise les relations entre les clans et fixe des principes de respect mutuel ; elle mentionne aussi les alliances de plaisanterie. Elle montre que l'idée d'organiser la paix par des règles communes est très ancienne en Afrique de l'Ouest.

4. Les étapes d'un règlement traditionnel

  1. 1Un ancien ou le chef apprend l'existence du conflit et convoque les parties
  2. 2On se réunit dans un lieu respecté (arbre à palabres, case commune, vestibule du chef)
  3. 3Chaque partie expose sa version sans être interrompue
  4. 4Les anciens, le griot ou les religieux rappellent les liens et les valeurs communes
  5. 5Les sages proposent une solution juste, discutée jusqu'à l'accord
  6. 6La réconciliation est scellée : pardon, partage de la cola, bénédictions, parfois un repas
Comment se déroule souvent le règlement traditionnel d'un conflit.

Exemple

Question : « Explique comment le cousinage à plaisanterie peut éviter une bagarre. »

Réponse : Au marché de Siguiri, deux jeunes se bousculent et commencent à s'insulter. L'un découvre que l'autre porte un nom de famille avec lequel sa famille a une alliance de plaisanterie. Aussitôt, les insultes deviennent des taquineries : chacun se moque gentiment de l'autre, et la foule rit. Selon la tradition, des « cousins » à plaisanterie n'ont pas le droit de se battre et doivent s'entraider. La colère retombe et la bagarre est évitée.

Exemple

Question : « Pourquoi dit-on que la palabre cherche le consensus plutôt qu'un gagnant et un perdant ? »

Réponse : Dans la palabre, le but n'est pas de punir un coupable, mais de rétablir l'harmonie dans la communauté. On discute jusqu'à ce que tout le monde accepte la solution. Ainsi, aucune famille ne repart humiliée, et le risque de vengeance diminue. Dans l'exemple du champ de Kouroussa, le partage du terrain permet aux deux familles de continuer à vivre ensemble.

5. Forces et limites des stratégies traditionnelles

ForcesLimites
Rapides et gratuitesLes décisions ne sont pas toujours écrites
Fondées sur des valeurs partagées et le respect des anciensLes jeunes et les femmes n'ont pas toujours la même place dans la parole
Cherchent la réconciliation, pas seulement la sanctionCertains conflits graves (crimes, violences) relèvent obligatoirement de la justice de l'État
Proches des habitants, dans leur langueElles fonctionnent moins bien entre personnes qui ne partagent pas les mêmes traditions

Aujourd'hui, ces stratégies complètent la justice moderne sans la remplacer : un vol grave, des coups et blessures ou un crime doivent être portés devant la police, la gendarmerie et les tribunaux.

6. Utiliser ces stratégies aujourd'hui

Méthode

Pour s'inspirer de la tradition dans un conflit à l'école ou au quartier :

  1. Je choisis un médiateur respecté et neutre (délégué, enseignant, ancien du quartier).
  2. Je laisse chacun parler à son tour, sans l'interrompre, comme à la palabre.
  3. Je rappelle ce qui nous unit (même classe, même quartier, même nation).
  4. Je cherche une solution que les deux parties acceptent.
  5. Je scelle la réconciliation par un geste : poignée de main, excuses, travail commun.

3Je retiens

Je retiens

La paix : pas seulement l'absence de guerre, mais l'entente, la sécurité, la justice et le respect mutuel.

Culture de paix : valeurs, attitudes et comportements qui rejettent la violence et privilégient le dialogue.

Stratégies traditionnelles : la palabre, la médiation des anciens et des chefs coutumiers, la parole du griot, le cousinage à plaisanterie, les alliances par le mariage, l'hospitalité et le partage de la cola, les pactes et les interdits.

Acteurs : anciens, chefs coutumiers, griots, religieux, femmes.

Charte de Kouroukan Fouga (1236 selon la tradition orale) : ancien exemple de règles communes pour vivre en paix.

Ces stratégies complètent la justice de l'État ; les crimes et violences graves relèvent des tribunaux.

4Erreurs fréquentes

  • Définir la paix seulement comme « l'absence de guerre » : elle suppose aussi la justice, l'entente et le respect.
  • Croire que le cousinage à plaisanterie autorise les insultes blessantes : ce sont des taquineries codées qui imposent aussi l'entraide et interdisent la violence.
  • Penser que la palabre désigne un bavardage inutile : c'est une assemblée organisée de règlement des problèmes.
  • Croire que la tradition peut tout régler : les crimes et les violences graves doivent être jugés par la justice de l'État.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Qu'est-ce qu'une culture de paix ?

b) Qu'est-ce qu'une stratégie traditionnelle de paix ?

c) Cite quatre stratégies traditionnelles de paix.

d) Cite trois acteurs traditionnels de la paix.

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a) C'est l'ensemble des valeurs, des attitudes et des comportements qui rejettent la violence, préviennent les conflits et cherchent à les régler par le dialogue et la négociation.

b) C'est un moyen hérité des ancêtres et transmis de génération en génération pour éviter ou régler les conflits dans la communauté.

c) La palabre, la médiation des anciens, le cousinage à plaisanterie, les alliances par le mariage (on peut aussi citer l'hospitalité, le partage de la cola, la parole du griot, les pactes).

d) Les anciens (ou chefs coutumiers), les griots, les religieux (on peut aussi citer les femmes âgées).

2Exercice 2

(Définitions) Explique en une ou deux phrases : la palabre ; le cousinage à plaisanterie ; la médiation.

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  • La palabre : une assemblée traditionnelle, souvent sous un grand arbre, où chacun parle à son tour sous l'autorité des anciens pour trouver une solution acceptée par tous.
  • Le cousinage à plaisanterie : une alliance traditionnelle entre familles, noms ou ethnies, qui autorise les taquineries, oblige à l'entraide et interdit de se faire la guerre.
  • La médiation : l'intervention d'une personne neutre et respectée qui aide deux adversaires à dialoguer et à trouver eux-mêmes un accord.

3Exercice 3

(Analyse du texte de « Je découvre »)

a) Quel est l'objet du conflit ?

b) Relève les acteurs traditionnels qui interviennent.

c) Relève les étapes du règlement du conflit.

d) Par quels gestes la réconciliation est-elle scellée ?

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a) Un champ au bord du fleuve Niger que deux familles se disputent.

b) Le chef du village, les anciens des deux familles, le griot, les sages.

c) Le chef convoque les familles sous le fromager ; les anciens s'assoient face à face ; le griot rappelle l'histoire commune et les mariages ; chacun expose sa version sans être interrompu ; les sages écoutent, questionnent puis proposent un partage du champ.

d) Par le partage de la cola et des bénédictions.

4Exercice 4

(Réfléchir) Un élève affirme : « Avec les tribunaux modernes, les stratégies traditionnelles ne servent plus à rien. » Es-tu d'accord ? Donne deux arguments et une limite.

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Je ne suis pas d'accord. Premier argument : les stratégies traditionnelles sont rapides, gratuites et proches des habitants, alors qu'un procès peut être long et coûteux. Deuxième argument : elles cherchent la réconciliation, ce qui permet aux voisins de continuer à vivre ensemble, alors qu'un jugement peut laisser de la rancune. Limite : les conflits graves, comme les crimes ou les violences, doivent être jugés par les tribunaux ; les deux systèmes sont donc complémentaires.

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type BEPC) En une dizaine de lignes, montre que les sociétés guinéennes disposent de nombreux moyens traditionnels pour préserver la paix. Plan : définition de la culture de paix ; deux ou trois stratégies expliquées avec un exemple ; leur intérêt aujourd'hui.

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Exemple de rédaction :

Une culture de paix est un ensemble de valeurs et de comportements qui rejettent la violence et privilégient le dialogue. Bien avant les textes modernes, les sociétés guinéennes avaient leurs propres moyens de préserver la paix.

La palabre en est un bel exemple : sous l'arbre à palabres, chacun expose son point de vue, les anciens écoutent, puis une solution acceptée par tous est trouvée. La médiation des anciens et la parole des griots rapprochent aussi les familles en rappelant leurs liens anciens. Le cousinage à plaisanterie transforme les disputes en taquineries et oblige les « cousins » à s'entraider. Enfin, l'hospitalité et le partage de la cola créent la confiance et scellent les réconciliations.

Ces stratégies restent utiles aujourd'hui : elles règlent rapidement de nombreux conflits de voisinage ou de terres et préservent l'unité des communautés. Elles doivent cependant être complétées par la justice de l'État pour les affaires graves. Nous pouvons nous en inspirer à l'école en réglant nos disputes par le dialogue et la médiation.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Une culture de paix, c'est :
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Réponse B : des valeurs et comportements qui rejettent la violence et privilégient le dialogue. Les désaccords existent toujours ; la culture de paix apprend à les régler sans violence.

2Qu'est-ce que la palabre ?
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Réponse B : une assemblée où l'on discute pour trouver une solution acceptée par tous. La palabre se tient souvent sous un grand arbre, sous l'autorité des anciens.

3Dans le cousinage à plaisanterie, les « cousins » :
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Réponse C : peuvent se taquiner mais doivent s'entraider. Les taquineries sont permises, la violence est interdite et l'entraide est un devoir.

4Quel acteur traditionnel est le gardien de la mémoire des familles ?
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Réponse A : le griot. Le griot connaît les généalogies et peut rappeler les liens anciens entre familles.

5Selon la tradition orale, la charte de Kouroukan Fouga date de :
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Réponse C : 1236. Elle est associée à l'Empire du Mali de Soundiata Keïta ; la date vient de la tradition orale.

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