Leçon 24 sur 68
Les emplois des modes et de leurs temps
Je sais expliquer pourquoi un auteur emploie le présent, l'imparfait, le passé simple ou le futur de l'indicatif, et choisir moi-même le bon temps quand j'écris.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Connaître les emplois du présent de l'indicatif (énonciation, habitude, vérité générale, présent de narration)
- Distinguer l'imparfait (arrière-plan, description, habitude) et le passé simple (actions de premier plan) dans un récit
- Employer le futur simple pour une action à venir, une prévision ou un ordre atténué
Avant de commencer : Les modes et les temps (8e) : reconnaître l'indicatif et ses temps simples
1Je découvre
Ibrahima doit rédiger pour la classe le récit d'une journée au marché de Dabompa. Voici son brouillon :
« Ce jour-là, le soleil brillait et le marché était plein. Les vendeuses criaient les prix des tomates. Soudain, une chèvre s'échappa, renversa un panier d'oranges et disparut entre les étals. Tout le monde éclata de rire. »
Son professeur écrit dans la marge : « Très bon emploi des temps ! »
Ibrahima ne comprend pas bien pourquoi. Il a employé deux temps du passé : l'imparfait (brillait, était, criaient) et le passé simple (s'échappa, renversa, disparut, éclata). Pourquoi pas un seul temps ? Et quand il écrit dans son cahier « La Terre tourne autour du Soleil », il emploie le présent, alors que ce fait n'a pas lieu seulement aujourd'hui.
Dans la leçon précédente, tu as appris à reconnaître les modes et les temps. Il s'agit maintenant de comprendre à quoi ils servent.
Quand et pourquoi emploie-t-on le présent, l'imparfait, le passé simple ou le futur ?
2Je comprends
Rappel : l'indicatif est le mode des faits réels. Ses quatre temps simples sont le présent, l'imparfait, le passé simple et le futur simple. Cette leçon étudie leurs emplois. Les temps composés, le subjonctif, le conditionnel, l'impératif et le gérondif seront étudiés dans les trois leçons suivantes.
1. Les emplois du présent de l'indicatif
Le présent n'exprime pas seulement ce qui se passe « maintenant ». Il a plusieurs valeurs.
| Emploi | Ce qu'il exprime | Exemple |
|---|---|---|
| Présent d'énonciation (actuel) | une action qui se passe au moment où l'on parle | Regarde, il pleut ! |
| Présent d'habitude | une action qui se répète | Chaque vendredi, nous allons à la mosquée. |
| Présent de vérité générale | un fait toujours vrai (science, proverbe) | L'eau bout à 100 °C. « Petit à petit, l'oiseau fait son nid. » |
| Présent de narration | une action passée racontée comme si elle se passait sous nos yeux | En 1958, la Guinée dit « non » et devient indépendante le 2 octobre. |
| Présent à valeur de futur proche | une action très proche dans le futur | Attends-moi, j'arrive ! Le car part demain. |
| Présent à valeur de passé récent | une action qui vient de se passer | Je sors à l'instant de l'école. |
Le présent de narration rend le récit plus vivant : le lecteur a l'impression d'assister à la scène.
2. Les emplois de l'imparfait de l'indicatif
L'imparfait est un temps du passé qui présente l'action en cours de déroulement, sans limite de début ni de fin.
| Emploi | Exemple |
|---|---|
| Description (décor, personnages, circonstances) dans un récit au passé | Le soleil brillait, le marché était plein. |
| Action qui dure dans le passé, action d'arrière-plan | Nous mangions quand l'orage éclata. |
| Habitude dans le passé | Autrefois, ma grand-mère pilait le mil chaque matin. |
| Politesse (atténuation) | Je voulais vous demander un conseil. |
| Hypothèse après « si » | Si j'avais le temps, je t'aiderais. |
3. Les emplois du passé simple de l'indicatif
Le passé simple présente l'action comme achevée, limitée dans le temps, vue en entier. C'est le temps du récit écrit (contes, romans, récits historiques).
| Emploi | Exemple |
|---|---|
| Action brève, soudaine | Soudain, une chèvre s'échappa. |
| Actions successives (qui se suivent) | Elle renversa un panier et disparut. |
| Action de premier plan qui fait avancer l'histoire | Tout le monde éclata de rire. |
Le passé simple est rare à l'oral : dans la conversation, on le remplace par le passé composé.
4. Imparfait et passé simple ensemble : le premier plan et l'arrière-plan
Dans un récit au passé, les deux temps se partagent le travail, comme au théâtre :
- l'imparfait plante le décor et décrit ce qui dure : c'est l'arrière-plan ;
- le passé simple raconte les événements qui font avancer l'histoire : c'est le premier plan.
- action qui dure, sans limite
- description du décor
- habitude dans le passé
- Les femmes pilaient le mil…
- action brève, achevée
- événements successifs
- action unique
- … quand un griot arriva.
Souvent, une action longue à l'imparfait est interrompue par une action brève au passé simple : « Nous dormions quand l'orage éclata. »
- 1Je repère le temps du récit : présent ou passé
- 2Si le récit est au passé, je cherche ce qui décrit ou qui dure : imparfait
- 3Je cherche ce qui arrive, ce qui fait avancer l'histoire : passé simple
- 4Je vérifie l'effet : décor à l'imparfait, événements au passé simple
5. Les emplois du futur simple de l'indicatif
| Emploi | Exemple |
|---|---|
| Action à venir, présentée comme certaine | L'année prochaine, j'entrerai en 9e. |
| Prévision, annonce | Demain, il pleuvra sur la Guinée forestière. |
| Ordre atténué ou consigne | Vous rendrez vos copies à midi. Tu feras attention sur la route. |
| Politesse | Je vous demanderai de vous asseoir. |
| Futur historique (dans un récit au présent, action postérieure) | Samori Touré résiste aux troupes coloniales ; il sera capturé en 1898. |
Le futur simple ne doit pas être confondu avec le futur proche (aller + infinitif), qui présente l'action comme très proche : « Il va pleuvoir » (bientôt) / « Il pleuvra » (plus tard, ou sans précision).
Méthode
Pour expliquer l'emploi d'un temps dans un texte :
- Je donne le mode et le temps du verbe (ex. : indicatif imparfait).
- Je regarde ce que fait le verbe dans le texte : décrire ? raconter un événement ? dire une habitude ? une vérité générale ? donner un ordre ?
- Je nomme l'emploi avec le vocabulaire de la leçon (présent de vérité générale, imparfait de description, passé simple d'action brève…).
- Je rédige : « Le verbe … est à l'… ; il exprime … ».
Exemple
Analyse : « Chaque année, pendant l'hivernage, le Niger déborde et inonde les plaines. »
« déborde » et « inonde » : indicatif présent.
L'expression « chaque année » montre que le fait se répète : c'est un présent d'habitude (on peut aussi parler de fait général, car c'est la crue annuelle du fleuve).
Exemple
Analyse : « Le village dormait encore. Une brume légère couvrait les rizières. Tout à coup, un coq chanta, une porte s'ouvrit et Mariama sortit avec son seau. »
« dormait », « couvrait » : imparfait de description ; ils plantent le décor (arrière-plan).
« chanta », « s'ouvrit », « sortit » : passé simple ; actions brèves et successives qui font avancer le récit (premier plan). « Tout à coup » annonce le passage au premier plan.
Exemple
Choisir le temps : « Autrefois, les caravanes (traverser) le Fouta. Un jour, une tempête (surprendre) les voyageurs. »
« Autrefois » indique une habitude passée → imparfait : « traversaient ».
« Un jour » indique un événement unique → passé simple : « surprit ».
Phrase finale : « Autrefois, les caravanes traversaient le Fouta. Un jour, une tempête surprit les voyageurs. »
3Je retiens
Je retiens
Présent : action actuelle, habitude, vérité générale, présent de narration (récit vivant), futur ou passé très proches.
Imparfait : description, action qui dure (arrière-plan), habitude passée, politesse, hypothèse après « si ».
Passé simple : action brève, achevée, actions successives qui font avancer le récit (premier plan). Temps du récit écrit.
Dans un récit au passé : décor à l'imparfait, événements au passé simple.
Futur simple : action à venir, prévision, ordre atténué, politesse.
Mots repères : « chaque jour, autrefois, souvent » → habitude ; « soudain, tout à coup, un jour » → action brève.
4Erreurs fréquentes
- Écrire tout un récit au passé simple : la description devient raide. Le décor et ce qui dure se mettent à l'imparfait.
- Mettre une action soudaine à l'imparfait après « soudain » ou « tout à coup » : on écrit « Soudain, la porte s'ouvrit », pas « s'ouvrait ».
- Mélanger présent et passé dans un même récit sans raison : si tu commences au passé, reste au passé (sauf pour une vérité générale).
- Confondre « je chantai » (passé simple) et « je chantais » (imparfait) : remplace par « il » : « il chanta » ou « il chantait ».
5Je m’exerce
1Exercice 1
Donne l'emploi du présent dans chaque phrase : énonciation, habitude, vérité générale, narration, futur proche.
a) Le soleil se lève à l'est.
b) Chut ! Le bébé dort.
c) Tous les matins, Kadiatou balaie la cour.
d) Je pars à Kankan la semaine prochaine.
e) Le 2 octobre 1958, la Guinée proclame son indépendance.
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a) « se lève » : présent de vérité générale.
b) « dort » : présent d'énonciation (au moment où l'on parle).
c) « balaie » : présent d'habitude (« tous les matins »).
d) « pars » : présent à valeur de futur proche (« la semaine prochaine »).
e) « proclame » : présent de narration (fait historique passé).
2Exercice 2
Mets les verbes entre parenthèses à l'imparfait ou au passé simple. Justifie un choix de chaque sorte.
« Il (faire) très chaud. Les enfants (se reposer) à l'ombre du fromager. Soudain, un bruit de moteur (retentir). Un camion (s'arrêter) devant la maison et un homme en (descendre). »
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« Il faisait très chaud. Les enfants se reposaient à l'ombre du fromager. Soudain, un bruit de moteur retentit. Un camion s'arrêta devant la maison et un homme en descendit. »
Justifications : « faisait » et « se reposaient » sont à l'imparfait car ils décrivent la situation, ils durent (arrière-plan). « retentit », « s'arrêta » et « descendit » sont au passé simple car ce sont des actions brèves et successives qui font avancer l'histoire ; « soudain » annonce l'événement.
3Exercice 3
Indique l'emploi de l'imparfait dans chaque phrase.
a) Quand il était petit, Alpha gardait les moutons de son père.
b) La case était ronde et son toit de paille brillait au soleil.
c) Je voulais vous parler de mon fils, monsieur le directeur.
d) Si tu travaillais davantage, tu réussirais.
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a) « était », « gardait » : imparfait d'habitude dans le passé.
b) « était », « brillait » : imparfait de description.
c) « voulais » : imparfait de politesse (atténuation).
d) « travaillais » : imparfait d'hypothèse après « si ».
4Exercice 4
Donne l'emploi du futur dans chaque phrase.
a) Vous apprendrez cette poésie pour lundi.
b) Demain, le ciel sera dégagé sur la Basse-Guinée.
c) Quand je serai grand, je deviendrai ingénieur agronome.
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a) « apprendrez » : futur à valeur d'ordre atténué (consigne).
b) « sera » : futur de prévision.
c) « serai », « deviendrai » : futur exprimant une action à venir.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) Écris un petit récit de six à huit phrases au passé qui commence ainsi : « C'était un soir d'harmattan, à Labé. » Emploie l'imparfait pour le décor (au moins trois verbes) et le passé simple pour les événements (au moins trois verbes). Souligne les verbes de deux couleurs différentes.
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Exemple de réponse :
« C'était un soir d'harmattan, à Labé. Un vent froid soufflait sur les collines et la poussière voilait la lune. Dans la cour, la famille se chauffait autour du feu. Tout à coup, un grand bruit retentit derrière la case. Mamadou se leva, prit une lampe et avança doucement. C'était seulement la vieille chèvre qui avait renversé un seau ! Tout le monde éclata de rire. »
Imparfait (décor) : soufflait, voilait, se chauffait. Passé simple (événements) : retentit, se leva, prit, avança, éclata.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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