Leçon 48 sur 68
L'hivernage
Je sais lire et expliquer un texte qui raconte l'arrivée des pluies, distinguer l'imparfait du passé simple et expliquer le rôle des sensations et des onomatopées.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Comprendre ce qu'est l'hivernage en Afrique de l'Ouest et en Guinée
- Distinguer l'imparfait (décor, attente) du passé simple (actions soudaines) dans un récit
- Relever les sensations et les onomatopées et en expliquer l'effet
- Raconter à mon tour un orage avec des sensations variées
Avant de commencer : L'imparfait et le passé simple de l'indicatif ; le champ lexical ; lecture expliquée « La saison sèche au Soudan »
1Je découvre
Fin mai, à Kindia. Depuis plusieurs jours, l'air est lourd et moite. Le soir, des éclairs silencieux illuminent l'horizon, du côté des montagnes. Les paysans ont déjà préparé leurs champs et attendent.
Un après-midi, le ciel devient noir d'un coup. Un vent violent soulève la poussière et fait claquer les tôles. Mamadou court ramasser le linge étendu dans la cour. Puis la première goutte tombe, énorme, sur son bras. Une seconde plus tard, c'est le déluge. Les enfants du quartier sortent en criant de joie sous l'averse, et une odeur de terre mouillée monte de partout.
Le lendemain, son grand-père sort sa houe : « L'hivernage est arrivé. Demain, on sème le riz. »
Pourquoi l'arrivée des pluies est-elle un événement si important, et comment un écrivain peut-il nous faire vivre un orage comme si nous y étions ? C'est ce que nous allons découvrir.
2Je comprends
1. Situer le sujet
En Afrique de l'Ouest, on appelle hivernage la saison des pluies. Le mot peut surprendre, car en Europe l'hiver est la saison froide ; mais ici, c'est la période où il pleut et où la chaleur est humide. En Guinée, l'hivernage dure environ de mai-juin à octobre, avec des pluies particulièrement abondantes en Basse-Guinée et en Guinée forestière.
L'hivernage est la saison des travaux des champs : on laboure, on sème (riz, maïs, arachide, fonio), on désherbe. Les rivières se remplissent, l'herbe repousse, les troupeaux retrouvent des pâturages. Mais les pluies apportent aussi des difficultés : routes coupées, inondations, moustiques et paludisme.
2. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> La première pluie
>
> [1] Depuis le matin, la chaleur était étouffante. Pas un souffle d'air ne remuait les feuilles du manguier. Les poules, le bec ouvert, restaient immobiles à l'ombre du grenier, et les hommes, assis sur les nattes, regardaient l'horizon sans parler. Tout le village attendait.
>
> [2] Vers quatre heures, le ciel changea brusquement. D'énormes nuages noirs surgirent derrière la colline et avalèrent le soleil. Un vent furieux se leva, fit tourbillonner la poussière et arracha un morceau de paille au toit de la case. Au loin, le tonnerre gronda : broum… broum…
>
> [3] Soudain, une grosse goutte s'écrasa sur la terre sèche, puis une autre, puis mille autres. Floc ! floc ! Les gouttes tambourinaient sur les tôles. En quelques instants, la pluie tomba à verse, épaisse comme un rideau. Les enfants se précipitèrent dans la cour, pieds nus, et dansèrent en riant sous l'averse. Une odeur puissante monta du sol : l'odeur de la terre mouillée, que tous respiraient avec délice.
>
> [4] Quand l'orage cessa, la nuit tombait. Les grenouilles avaient déjà commencé leur concert au bord des flaques. Mon grand-père, debout sur le seuil, tendit ses mains vers le ciel encore gris et murmura : « Merci. Demain, nous sèmerons. »
3. Le vocabulaire
| Mot ou expression | Sens dans le texte |
|---|---|
| étouffant | si chaud et lourd qu'on respire mal |
| surgir | apparaître brusquement |
| tourbillonner | tourner rapidement en rond |
| gronder | faire un bruit sourd et menaçant |
| tambouriner | frapper à petits coups rapides, comme sur un tambour |
| pleuvoir à verse | pleuvoir très fort, abondamment |
| une averse | pluie soudaine et forte, souvent de courte durée |
| avec délice | avec un grand plaisir |
| le seuil | l'entrée d'une maison, le pas de la porte |
Autres mots du thème : l'orage, l'éclair, la foudre, le tonnerre, la tornade (en Afrique de l'Ouest : violent coup de vent orageux au début et à la fin de la saison des pluies), le déluge, la bruine (pluie fine), la crue, l'inondation, ruisseler, détremper (mouiller complètement), les semailles.
4. L'idée générale et le plan
Idée générale : le narrateur raconte l'arrivée de la première pluie de l'hivernage : après une longue attente dans la chaleur, un orage violent éclate, apporte la joie à tout le village et annonce le temps des semailles.
- 1§1 L'attente dans la chaleur étouffante (immobilité)
- 2§2 L'orage se prépare : nuages, vent, tonnerre
- 3§3 La pluie tombe : bruit, joie des enfants, odeur de la terre
- 4§4 Après l'orage : le calme, les grenouilles, la prière du grand-père
5. L'étude détaillée
L'opposition entre l'immobilité et le mouvement. Le paragraphe 1 est plein d'immobilité : « Pas un souffle d'air », les poules « restaient immobiles », les hommes regardent « sans parler ». À partir du paragraphe 2, tout bouge : les nuages « surgirent », le vent « se leva », la poussière « tourbillonne », les enfants « se précipitèrent » et « dansèrent ». Ce contraste rend l'arrivée de l'orage spectaculaire.
Imparfait et passé simple. C'est le point de grammaire essentiel de ce texte.
| Imparfait | Passé simple |
|---|---|
| « la chaleur était étouffante », « restaient immobiles », « tout le village attendait » | « le ciel changea », « des nuages surgirent », « le tonnerre gronda » |
| décrit le décor, la situation qui dure | raconte les actions soudaines, les événements qui font avancer le récit |
| arrière-plan du récit | premier plan du récit |
Le passage de l'un à l'autre est marqué par des indicateurs de temps : « Vers quatre heures », « brusquement », « Soudain », « En quelques instants ». Ils annoncent la rupture.
Les sensations. L'auteur fait appel à plusieurs sens pour que le lecteur vive la scène :
- la vue : « nuages noirs », « épaisse comme un rideau », « ciel encore gris » ;
- l'ouïe : le tonnerre « gronda », les gouttes « tambourinaient sur les tôles », le « concert » des grenouilles ;
- l'odorat : « l'odeur de la terre mouillée » ;
- le toucher : « la chaleur était étouffante », la goutte qui « s'écrasa ».
Les onomatopées. Une onomatopée est un mot qui imite un bruit : « broum… broum… » (le tonnerre), « Floc ! floc ! » (les gouttes). Elles font entendre directement l'orage.
Les images.
- Personnification : les nuages « avalèrent le soleil », comme une bouche géante ; le vent est « furieux », comme une personne en colère ; les grenouilles donnent un « concert ».
- Comparaison : la pluie est « épaisse comme un rideau ».
- Gradation : « une grosse goutte…, puis une autre, puis mille autres » : la pluie augmente très vite.
La fin : un sentiment de reconnaissance. Le grand-père « tendit ses mains vers le ciel » et dit « Merci ». La pluie est vécue comme un don. La dernière phrase, au futur (« nous sèmerons »), ouvre sur l'espoir d'une bonne récolte.
Exemple
Question : Relève deux verbes à l'imparfait et deux verbes au passé simple dans les paragraphes 1 et 2, et explique la différence d'emploi.
Réponse rédigée : À l'imparfait, on trouve « était » et « attendait » ; au passé simple, « changea » et « surgirent ». L'imparfait décrit la situation qui dure avant l'orage : la chaleur et l'attente. Le passé simple raconte les actions soudaines qui font avancer le récit : le changement du ciel et l'apparition des nuages.
Exemple
Question : Montre que l'auteur fait appel à plusieurs sens pour décrire la pluie.
Réponse rédigée : L'auteur fait appel à la vue (la pluie est « épaisse comme un rideau »), à l'ouïe (les gouttes « tambourinaient sur les tôles », « Floc ! floc ! ») et à l'odorat (« l'odeur de la terre mouillée »). En mêlant ces sensations, il permet au lecteur de voir, d'entendre et de sentir l'orage, comme s'il était dans la cour avec les enfants.
Méthode
Pour raconter un événement comme un orage :
- Je décris d'abord la situation calme à l'imparfait (le décor, l'attente).
- Je marque la rupture par un mot de temps (soudain, tout à coup, brusquement).
- Je raconte les actions au passé simple, dans l'ordre.
- J'ajoute des sensations variées : vue, ouïe, odorat, toucher.
- J'utilise une ou deux onomatopées et une image (comparaison ou personnification).
- Je termine par l'effet produit sur les personnages.
Conclusion de l'explication. Construit en trois temps (avant, pendant, après l'orage), ce récit oppose l'immobilité de la chaleur au mouvement de la tempête. L'alternance de l'imparfait et du passé simple, les sensations, les onomatopées et les personnifications rendent la scène vivante. Pour les villageois, la première pluie n'est pas seulement un phénomène météorologique : c'est une fête et une promesse de récolte.
3Je retiens
Je retiens
L'hivernage est la saison des pluies en Afrique de l'Ouest ; en Guinée, environ de mai-juin à octobre. C'est la saison des semailles.
Dans un récit au passé : l'imparfait décrit le décor et ce qui dure ; le passé simple raconte les actions soudaines.
Les indicateurs de temps (soudain, tout à coup, brusquement) marquent le passage de l'un à l'autre.
Une onomatopée imite un bruit (broum, floc, toc).
Une bonne description fait appel à plusieurs sens : vue, ouïe, odorat, toucher, goût.
4Erreurs fréquentes
- Croire que l'hivernage est une saison froide : en Afrique de l'Ouest, c'est la saison des pluies.
- Tout écrire à l'imparfait ou tout au passé simple : l'imparfait pour le décor, le passé simple pour les actions qui s'enchaînent.
- Confondre les terminaisons : passé simple « il tomba » (sans s), imparfait « il tombait » ; au pluriel « ils tombèrent » / « ils tombaient ».
- Confondre « averse » (pluie forte et brève) et « bruine » (pluie très fine).
5Je m’exerce
1Exercice 1
Vocabulaire. Range ces mots du plus faible au plus fort : averse, bruine, déluge, pluie.
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bruine → pluie → averse → déluge.
2Exercice 2
Compréhension.
a) Comment le village se comporte-t-il avant l'orage ? Cite deux détails.
b) Que font les enfants quand la pluie tombe ?
c) Que signifie la dernière phrase du grand-père ?
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a) Avant l'orage, le village est immobile et silencieux : les poules « restaient immobiles à l'ombre du grenier », et les hommes « regardaient l'horizon sans parler ». « Tout le village attendait. »
b) Les enfants « se précipitèrent dans la cour » et « dansèrent en riant sous l'averse ».
c) « Demain, nous sèmerons » signifie que la pluie permet de commencer les semailles : la saison des travaux des champs commence, et le grand-père espère une bonne récolte.
3Exercice 3
Mets les verbes entre parenthèses à l'imparfait ou au passé simple selon le sens.
Le ciel (être) bleu et les enfants (jouer) dans la cour. Soudain, un éclair (déchirer) le ciel. Les enfants (courir) se mettre à l'abri et leur mère (fermer) la porte.
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Le ciel était bleu et les enfants jouaient dans la cour. Soudain, un éclair déchira le ciel. Les enfants coururent se mettre à l'abri et leur mère ferma la porte.
(Imparfait pour la situation de départ ; passé simple après « Soudain » pour les actions.)
4Exercice 4
Relève dans le texte :
a) deux onomatopées ;
b) une comparaison ;
c) une personnification ;
d) une gradation.
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a) « broum… broum… » et « Floc ! floc ! ».
b) « épaisse comme un rideau ».
c) « D'énormes nuages noirs… avalèrent le soleil » (ou : « un vent furieux », « leur concert »).
d) « une grosse goutte…, puis une autre, puis mille autres ».
5Exercice 5
Étude du texte.
a) Montre que le paragraphe 1 et le paragraphe 3 s'opposent.
b) Pourquoi le grand-père dit-il « Merci » ?
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a) Le paragraphe 1 décrit l'immobilité et le silence : « Pas un souffle d'air », « immobiles », « sans parler ». Le paragraphe 3, au contraire, est plein de mouvement et de bruit : les gouttes « tambourinaient », les enfants « se précipitèrent » et « dansèrent en riant ». L'opposition fait ressentir le soulagement apporté par la pluie.
b) Le grand-père dit « Merci » parce que la pluie est attendue depuis longtemps et qu'elle est indispensable aux cultures. Il la considère comme un don du ciel qui va permettre de semer et de nourrir la famille.
6Exercice 6
(Expression écrite) Raconte en dix lignes un orage que tu as vécu, en suivant la méthode : situation calme à l'imparfait, rupture, actions au passé simple, au moins trois sens différents et une onomatopée.
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Exemple de réponse :
« Ce soir-là, à Boffa, l'air était lourd et les moustiques bourdonnaient autour de la lampe. Ma mère préparait le dîner, mon père écoutait la radio. Tout à coup, un vent violent secoua les manguiers. Un éclair illumina la cour, puis le tonnerre éclata : baoum ! La pluie tomba si fort que je n'entendais plus la radio. L'eau froide entrait sous la porte et mouillait mes pieds. Une bonne odeur de terre humide remplit la maison. Mon petit frère se serra contre moi. Au matin, la cour était devenue un grand marigot. »
Vérification : imparfait au début ; rupture « Tout à coup » ; passé simple ; vue (éclair), ouïe (tonnerre), toucher (eau froide), odorat (odeur de terre) ; onomatopée « baoum ».
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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