Leçon 12 sur 23
L'empire du Mali (suite)
Je sais présenter l'apogée de l'empire du Mali sous Mansa Moussa, son organisation, son économie, le rôle de l'islam et des villes savantes, puis expliquer son déclin.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 3 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Raconter le règne et le pèlerinage de Mansa Moussa (1324)
- Décrire l'organisation politique et l'économie de l'empire
- Montrer l'essor de l'islam et des villes (Tombouctou, Djenné)
- Expliquer les causes du déclin du Mali
Avant de commencer : La leçon « L'islam en Afrique de l'Ouest : l'empire du Mali » (Soundiata, Kirina, Kouroukan Fouga, Niani).
1Je découvre
Sur une vieille carte reproduite dans le livre d'histoire de Fanta, au collège de Faranah, on voit un roi noir assis sur un trône, une couronne sur la tête, tenant dans la main une grosse boule d'or. La légende dit : « Carte catalane, 1375. Le roi du Mali. »
Fanta est impressionnée. Au XIVe siècle, des cartographes européens, installés à Majorque, loin de l'Afrique, connaissaient donc le roi du Mali et le représentaient avec de l'or. Son professeur explique que cette réputation venait surtout d'un voyage célèbre : en 1324, le mansa Moussa était passé au Caire en se rendant à La Mecque, avec tant d'or que tout le monde musulman en avait parlé.
Comment l'empire du Mali a-t-il atteint son apogée au XIVe siècle, et pourquoi a-t-il ensuite décliné ?
2Je comprends
1. Mansa Moussa, le plus célèbre des empereurs du Mali
Après Soundiata, plusieurs mansa se succèdent, parfois au milieu de querelles. Au début du XIVe siècle monte sur le trône Kankou Moussa, appelé Mansa Moussa (règne vers 1312-1337). Son règne est l'apogée (le sommet de la puissance) de l'empire.
Selon ce qu'il raconta lui-même au Caire, rapporté par l'auteur arabe al-Omari, son prédécesseur aurait lancé une grande expédition de pirogues sur l'océan Atlantique pour en découvrir l'autre rive, et ne serait jamais revenu. Ce récit reste une tradition, sans preuve.
Le pèlerinage de 1324. Musulman fervent, Mansa Moussa accomplit le pèlerinage à La Mecque. Il part avec une suite immense (des milliers de personnes : soldats, serviteurs, esclaves, dignitaires) et une grande quantité d'or. En 1324, il séjourne au Caire. Il y distribue tant d'or en cadeaux et en achats que, selon al-Omari, qui écrit une douzaine d'années plus tard, la valeur de l'or au Caire avait baissé et ne s'était pas encore relevée.
Ce pèlerinage a des conséquences importantes :
- il fait connaître le Mali dans tout le monde musulman et jusqu'en Europe : sur la carte catalane de 1375, le roi du Mali est représenté avec une boule d'or ;
- Mansa Moussa ramène de son voyage des savants, des lettrés et un architecte-poète venu d'Espagne musulmane, Abou Ishaq es-Sahéli ; la tradition lui attribue la construction de mosquées, dont la mosquée Djingareyber de Tombouctou ;
- il renforce les liens diplomatiques et commerciaux avec l'Égypte et le Maghreb.
Pendant son règne, l'empire s'agrandit : il contrôle Tombouctou et Gao, sur la boucle du Niger.
Exemple
Question : « Pourquoi le pèlerinage de Mansa Moussa est-il un événement important ? »
Réponse rédigée : Le pèlerinage de Mansa Moussa en 1324 est important pour trois raisons. D'abord, il montre la richesse extraordinaire du Mali : l'empereur dépense tant d'or au Caire que la valeur du métal y baisse durablement. Ensuite, il fait connaître le Mali dans tout le monde musulman et jusqu'en Europe, comme le prouve la carte catalane de 1375. Enfin, Mansa Moussa en revient avec des savants et l'architecte es-Sahéli, ce qui renforce l'islam et la culture dans les villes de l'empire, comme Tombouctou.
2. Un empire immense et bien organisé
Au XIVe siècle, l'empire du Mali s'étend de l'océan Atlantique (fleuves Sénégal et Gambie) jusqu'au-delà de la boucle du Niger (Gao), et de la lisière de la forêt au sud jusqu'aux oasis du Sahara au nord. C'est l'un des plus vastes États du monde à cette époque. Il couvre une partie de la Guinée, du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Mauritanie, du Niger et du Burkina Faso actuels.
Le pouvoir central. Le mansa est un souverain très respecté, entouré d'une cour nombreuse. Il reçoit ses sujets en audience ; on s'adresse à lui par l'intermédiaire d'un porte-parole, souvent un griot. Il est conseillé par une assemblée de dignitaires et de chefs de clans. La capitale reste Niani, selon la tradition.
Les provinces. L'empire est organisé en :
- provinces gouvernées par des représentants du mansa (appelés farin ou farba) ;
- royaumes vassaux, qui gardent leurs rois mais paient un tribut et reconnaissent l'autorité du mansa ;
- villes commerçantes (Tombouctou, Djenné, Oualata, Gao) surveillées par des gouverneurs.
L'armée. Une grande armée, avec une cavalerie (les chevaux viennent du nord) et une infanterie d'archers et de lanciers, protège les routes et les frontières.
La justice et la sécurité. Le voyageur marocain Ibn Battuta, qui séjourne au Mali en 1352-1353, sous le règne de Mansa Souleymane, frère de Mansa Moussa, remarque la sécurité qui règne dans le pays : on peut voyager sans craindre les voleurs, et les biens d'un étranger mort sont gardés jusqu'à ce qu'un héritier vienne les réclamer. Il note aussi le sens de la justice et l'assiduité des habitants à la prière du vendredi.
- 1Le mansa : empereur, entouré de sa cour, de ses conseillers et de ses griots
- 2Les provinces : gouvernées par des farin (représentants du mansa)
- 3Les royaumes vassaux : rois locaux qui paient un tribut
- 4Les villes commerçantes : Tombouctou, Djenné, Oualata, Gao
- 5Les villages : chefs de village, paysans, artisans, pêcheurs, éleveurs
3. Une économie prospère
L'or. Le Mali contrôle les deux grandes régions aurifères de l'Afrique de l'Ouest : le Bouré (Haute-Guinée actuelle) et le Bambouk. Une grande partie de l'or utilisé dans le monde méditerranéen au Moyen Âge vient d'Afrique de l'Ouest.
Le commerce. Les caravanes transsahariennes apportent le sel (notamment des mines de Teghaza, au Sahara), le cuivre, les tissus, les chevaux, les livres. Les marchands dioula (malinké et soninké) organisent aussi le commerce vers le sud, jusqu'aux régions forestières, d'où ils rapportent la kola, très appréciée dans toute la savane. On utilise comme monnaie la poudre d'or, des barres de sel ou de cuivre et des cauris (petits coquillages).
L'agriculture, l'élevage, la pêche. La grande majorité de la population cultive le mil, le sorgho, le riz (dans la vallée du Niger), le fonio, le coton. Les Peuls élèvent des troupeaux, les Bozo et les Somono pêchent sur le Niger et transportent les marchandises en pirogue.
L'artisanat. Forgerons, tisserands, potiers, cordonniers, orfèvres travaillent dans les villes et les villages.
- Or du Bouré et du Bambouk
- Ivoire
- Kola (vers la savane et le Sahel)
- Esclaves
- Sel de Teghaza
- Cuivre
- Tissus et chevaux
- Livres et objets de luxe
4. L'essor de l'islam et des villes savantes
Sous Mansa Moussa et ses successeurs, l'islam progresse. Les mansa font construire des mosquées, accueillent des savants et envoient des étudiants se former au Maroc. Des écoles coraniques se multiplient.
Tombouctou devient un grand centre de commerce et de savoir. On y trouve la mosquée Djingareyber et, plus tard, la mosquée de Sankoré, autour de laquelle se rassemblent maîtres et étudiants. Les lettrés y copient et conservent des milliers de manuscrits (religion, droit, astronomie, médecine, histoire). Djenné, sur un bras du Niger, est aussi une ville marchande et savante, célèbre pour son architecture en banco (terre crue).
L'islam reste cependant surtout urbain : dans les campagnes, beaucoup de paysans gardent leurs croyances traditionnelles, que les mansa respectent. Ibn Battuta s'étonne d'ailleurs de voir, à la cour, des coutumes anciennes à côté des pratiques musulmanes.
5. Le déclin de l'empire du Mali
Après la mort de Mansa Souleymane (vers 1360), l'empire s'affaiblit :
- Causes intérieures : les querelles de succession se multiplient entre les princes ; certains mansa sont faibles ou renversés ; les provinces lointaines et les vassaux se révoltent.
- Causes extérieures :
- au nord, les Touareg s'emparent de Tombouctou en 1433 ;
- à l'est, le royaume songhaï de Gao se libère, puis, sous Sonni Ali Ber, prend Tombouctou (1468) et Djenné ; le Songhaï devient la nouvelle grande puissance ;
- au sud, les Mossi lancent des raids ;
- à l'ouest, les royaumes de la Gambie et du Sénégal s'émancipent ; à partir de la fin du XVe siècle, les Portugais commercent sur la côte et détournent une partie de l'or vers l'Atlantique.
Réduit peu à peu à son cœur, le Manding, le Mali n'est plus au XVIIe siècle qu'un ensemble de petits royaumes. Mais l'héritage mandingue reste immense : la langue, les clans, les griots, l'épopée de Soundiata, le sanankouya et les réseaux commerciaux dioula marquent encore aujourd'hui la Guinée et toute l'Afrique de l'Ouest.
- 1Vers 1312 : début du règne de Mansa Moussa
- 21324 : pèlerinage de Mansa Moussa ; passage au Caire
- 31352-1353 : séjour d'Ibn Battuta au Mali sous Mansa Souleymane
- 41375 : le roi du Mali figure sur la carte catalane
- 51433 : les Touareg prennent Tombouctou
- 61468 : Sonni Ali Ber, roi songhaï, prend Tombouctou
- 7XVIIe siècle : le Mali est réduit à de petits royaumes du Manding
Exemple
Question : « Calcule la durée qui sépare la bataille de Kirina (1235) du pèlerinage de Mansa Moussa (1324), puis de la prise de Tombouctou par les Songhaï (1468). »
Réponse :
De Kirina au pèlerinage : 1324 - 1235 = 89 ans.
De Kirina à la prise de Tombouctou : 1468 - 1235 = 233 ans.
En moins d'un siècle, le Mali atteint son apogée ; environ un siècle et demi plus tard, il a perdu la boucle du Niger au profit des Songhaï.
Méthode
Pour présenter l'apogée d'un empire :
- Je nomme le souverain et je date son règne.
- Je montre l'étendue du territoire (limites, pays actuels).
- Je décris l'organisation (pouvoir central, provinces, armée, justice).
- Je présente l'économie (ressources, commerce, monnaie).
- Je montre le rayonnement (religion, villes, savants, réputation à l'étranger).
- Je m'appuie sur des sources (al-Omari, Ibn Battuta, carte catalane).
3Je retiens
Je retiens
Mansa Moussa (règne vers 1312-1337) marque l'apogée du Mali ; son pèlerinage à La Mecque en 1324, avec une immense quantité d'or, fait baisser la valeur de l'or au Caire et rend le Mali célèbre (carte catalane de 1375).
Il ramène des savants et l'architecte es-Sahéli ; l'empire s'étend de l'Atlantique à Gao.
Organisation : le mansa, des provinces gouvernées par des farin, des royaumes vassaux, une armée avec cavalerie ; Ibn Battuta (1352-1353) note la sécurité et la justice.
Économie : or du Bouré et du Bambouk, sel de Teghaza, kola, commerce dioula, cauris ; agriculture, pêche (Bozo, Somono), élevage (Peuls).
Tombouctou et Djenné deviennent des centres de commerce et de savoir (mosquées Djingareyber et Sankoré, manuscrits).
Déclin après 1360 : querelles de succession, révoltes, Touareg (Tombouctou 1433), Songhaï (Tombouctou 1468), Mossi, commerce portugais.
4Erreurs fréquentes
- Confondre Mansa Moussa et Soundiata : Soundiata fonde l'empire au XIIIe siècle ; Mansa Moussa règne au XIVe siècle, à son apogée.
- Croire qu'Ibn Battuta a rencontré Mansa Moussa : il est venu en 1352-1353, sous Mansa Souleymane.
- Donner des chiffres précis sur l'or ou la suite de Mansa Moussa : les sources ne permettent pas de les connaître exactement.
- Penser que le Mali a disparu d'un coup : il a décliné lentement, sur près de deux siècles.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Sous quel mansa l'empire du Mali atteint-il son apogée ?
b) En quelle année ce mansa passe-t-il au Caire ?
c) Quel voyageur marocain visite le Mali en 1352-1353 ?
d) Quelles sont les deux grandes régions aurifères contrôlées par le Mali ?
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a) Sous Mansa Moussa (Kankou Moussa).
b) En 1324.
c) Ibn Battuta.
d) Le Bouré (Haute-Guinée actuelle) et le Bambouk.
2Exercice 2
(Associer) Associe chaque date à son événement : 1235 ; 1324 ; 1352 ; 1375 ; 1433 ; 1468.
Événements : carte catalane ; arrivée d'Ibn Battuta au Mali ; prise de Tombouctou par Sonni Ali Ber ; bataille de Kirina ; pèlerinage de Mansa Moussa ; prise de Tombouctou par les Touareg.
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1235 : bataille de Kirina. 1324 : pèlerinage de Mansa Moussa. 1352 : arrivée d'Ibn Battuta au Mali. 1375 : carte catalane. 1433 : prise de Tombouctou par les Touareg. 1468 : prise de Tombouctou par Sonni Ali Ber.
3Exercice 3
(Calculs)
a) Combien d'années séparent le pèlerinage de Mansa Moussa de la carte catalane ?
b) Si Mansa Moussa a régné de 1312 à 1337, combien d'années a duré son règne ?
c) Une caravane transporte 120 barres de sel ; les marchands en vendent les 34 à Tombouctou. Combien de barres leur reste-t-il ?
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a) 1375 - 1324 = 51 ans.
b) 1337 - 1312 = 25 ans.
c) Barres vendues : 120 × 34 = 90. Il reste 120 - 90 = 30 barres.
4Exercice 4
(Analyse de document) Lis ce résumé des observations d'Ibn Battuta : « Parmi les bonnes choses de ce peuple, il y a la sécurité complète qui règne dans le pays : ni le voyageur ni l'habitant n'ont à craindre les voleurs. Quand un étranger meurt, on garde ses biens jusqu'à l'arrivée de son héritier. Ils sont assidus à la prière et nombreux à la mosquée le vendredi. »
a) Présente l'auteur et précise la date et le souverain de son séjour.
b) Relève deux éléments qui montrent un État bien organisé.
c) Relève un élément qui montre la place de l'islam.
d) Pourquoi ce texte est-il une source précieuse ?
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a) Ibn Battuta est un voyageur et lettré marocain du XIVe siècle, qui a parcouru le monde musulman. Il a séjourné au Mali en 1352-1353, sous le règne de Mansa Souleymane.
b) La sécurité complète sur les routes ; les biens des étrangers morts sont gardés pour leurs héritiers (justice et respect de la propriété).
c) Les habitants sont assidus à la prière et nombreux à la mosquée le vendredi.
d) C'est un témoignage direct d'un voyageur qui a vu le Mali de ses propres yeux ; il complète la tradition orale et les autres récits arabes, qui ne sont souvent que des rapports de seconde main.
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type examen) En une quinzaine de lignes, montre que l'empire du Mali a connu son apogée au XIVe siècle avant de décliner. Plan conseillé : introduction ; 1. Mansa Moussa et le rayonnement du Mali ; 2. l'organisation et l'économie ; 3. le déclin ; conclusion.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Exemple de rédaction :
Fondé par Soundiata Keïta au XIIIe siècle, l'empire du Mali atteint son apogée au XIVe siècle, avant de décliner.
Sous Mansa Moussa (vers 1312-1337), le Mali rayonne. En 1324, l'empereur accomplit le pèlerinage à La Mecque ; il dépense tant d'or au Caire que sa valeur y baisse. Le Mali devient célèbre jusqu'en Europe, où la carte catalane de 1375 représente son roi tenant une boule d'or. Mansa Moussa ramène des savants et l'architecte es-Sahéli ; Tombouctou et Djenné deviennent des centres de savoir.
L'empire, qui s'étend de l'Atlantique à Gao, est bien organisé : le mansa gouverne avec des farin dans les provinces et des rois vassaux ; Ibn Battuta, en 1352-1353, admire la sécurité et la justice. Sa richesse vient de l'or du Bouré et du Bambouk, du commerce du sel et de la kola, et du travail des paysans, pêcheurs et éleveurs.
Après 1360, les querelles de succession affaiblissent l'empire. Les Touareg prennent Tombouctou en 1433, puis les Songhaï de Sonni Ali Ber en 1468 ; les Portugais détournent une partie de l'or vers la côte. Au XVIIe siècle, le Mali n'est plus qu'un ensemble de petits royaumes du Manding, mais son héritage demeure vivant en Guinée.
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