Leçon 21 sur 23
La féodalité (suite et fin)
Je sais expliquer le rôle de l'Église dans la société féodale, l'essor des villes et les causes du déclin de la féodalité.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire la place de l'Église et ses efforts pour limiter la violence (paix de Dieu, trêve de Dieu, chevalerie)
- Présenter les croisades
- Expliquer le réveil des villes et la naissance de la bourgeoisie
- Expliquer les causes du déclin de la féodalité (renforcement du roi, crises du XIVe siècle)
Avant de commencer : Les leçons « La féodalité » et « La féodalité (suite) » (vassalité, seigneurie, trois ordres).
1Je découvre
À Boké, Mariama traverse chaque jour le marché pour aller au collège. Elle voit passer des camions de bauxite, des commerçants venus de Conakry, des vendeuses de poisson de Kamsar. « Une ville vit du commerce et de l'échange, lui dit sa tante, commerçante de tissus. Plus il y a d'échanges, plus la ville grandit, et plus les gens veulent décider eux-mêmes de leurs affaires. »
En classe, le professeur explique que, dans l'Europe féodale, presque tout le monde vivait à la campagne, sous l'autorité d'un seigneur. Mais à partir du XIe siècle, les villes se réveillent, les marchands reprennent la route, et les habitants des villes demandent des libertés. Au même moment, l'Église essaie de limiter les guerres entre seigneurs, et les rois deviennent plus forts.
Mariama se demande : le système féodal pouvait-il résister à tous ces changements ?
Quel rôle l'Église a-t-elle joué dans la société féodale, et pourquoi la féodalité a-t-elle décliné à la fin du Moyen Âge ?
2Je comprends
1. L'Église, au cœur de la société médiévale
Au Moyen Âge, en Europe occidentale, presque tous les habitants sont chrétiens. L'Église encadre la vie de chacun de la naissance à la mort : baptême, messe du dimanche, mariage, fêtes religieuses, funérailles.
Le clergé comprend deux groupes :
- le clergé séculier, qui vit parmi les fidèles : le pape à Rome, chef de l'Église, les évêques dans les villes, les prêtres dans les paroisses ;
- le clergé régulier, qui vit selon une règle dans des monastères : les moines et les moniales.
L'Église est très riche : elle possède de nombreuses terres et reçoit la dîme. Elle joue aussi un rôle social et culturel : les monastères accueillent les pauvres et les voyageurs, soignent les malades, et les moines recopient les livres anciens. Les écoles, puis les universités (à partir du XIIIe siècle), dépendent de l'Église.
Pour corriger ses défauts (richesse, désordre, ingérence des seigneurs), l'Église se réforme. En 910 est fondée l'abbaye de Cluny, qui dépend directement du pape et devient un modèle. En 1098, l'abbaye de Cîteaux prône une vie plus simple et plus pauvre.
2. L'Église contre la violence des guerriers
Les guerres privées entre seigneurs ravagent les campagnes. L'Église tente de les limiter :
- la paix de Dieu (fin du Xe siècle) : les guerriers jurent de ne pas attaquer les églises, les clercs, les paysans, les marchands, les femmes ni les récoltes ;
- la trêve de Dieu (XIe siècle) : il est interdit de combattre certains jours de la semaine (du mercredi soir au lundi matin) et pendant les grandes fêtes religieuses.
L'Église cherche aussi à transformer les guerriers en chrétiens exemplaires : c'est l'idéal de la chevalerie. Le jeune noble devient chevalier au cours de l'adoubement : il reçoit ses armes et s'engage à être loyal, courageux, à protéger les faibles et l'Église.
3. Les croisades
En 1095, à Clermont, le pape Urbain II appelle les chrétiens d'Occident à partir délivrer Jérusalem et les lieux saints du christianisme, alors aux mains des musulmans. C'est le début des croisades, expéditions militaires et religieuses vers l'Orient.
La première croisade prend Jérusalem en 1099. Les croisés y fondent des États, qui disparaissent peu à peu ; les musulmans reprennent Jérusalem en 1187. Il y aura plusieurs croisades jusqu'à la fin du XIIIe siècle.
Conséquences : les croisades causent de nombreux morts et des violences ; elles développent aussi les échanges entre l'Occident et l'Orient (épices, soieries, sucre, connaissances), et elles éloignent pour un temps une partie des chevaliers turbulents.
4. Le réveil des villes et du commerce
Grâce aux progrès agricoles et à la fin des invasions, la population augmente à partir du XIe siècle. Il y a plus de produits à vendre et plus de bras disponibles. Le commerce reprend :
- les marchands italiens (Venise, Gênes) commercent en Méditerranée ;
- ceux de Flandre et d'Allemagne commercent en mer du Nord et en mer Baltique ;
- de grandes foires, comme les foires de Champagne, réunissent des marchands de toute l'Europe.
Les villes grandissent. Leurs habitants, marchands et artisans, s'appellent les bourgeois (habitants du bourg). Ils supportent mal l'autorité du seigneur, ses taxes et ses péages. Ils obtiennent, en payant ou en se révoltant, des chartes de franchises qui leur accordent des libertés : se gouverner eux-mêmes, lever leurs propres impôts, rendre la justice. Certaines villes deviennent des communes, dirigées par des magistrats élus.
Les artisans d'un même métier s'organisent en corporations (ou métiers) qui fixent les règles du travail et de la qualité.
Dans beaucoup de villes, un serf qui s'installait en ville et y vivait assez longtemps (souvent un an et un jour) sans être réclamé par son seigneur devenait libre. Les historiens résument cette règle par une formule allemande : « l'air de la ville rend libre ».
- 1Fin des invasions et progrès agricoles : plus de récoltes
- 2La population augmente
- 3Le commerce reprend : marchands, foires, routes
- 4Les villes grandissent : marchands et artisans (bourgeois)
- 5Les bourgeois obtiennent des chartes de franchises et des libertés
5. Le renforcement du pouvoir royal
Pendant ce temps, en France, les rois capétiens agrandissent peu à peu leur domaine royal et imposent leur autorité aux grands seigneurs :
- ils utilisent le droit féodal à leur profit : en tant que suzerains, ils peuvent confisquer le fief d'un vassal félon ;
- Philippe Auguste remporte en 1214 la bataille de Bouvines contre une coalition de ses ennemis ; son prestige grandit ;
- Saint Louis (Louis IX, XIIIe siècle) fait respecter la justice royale dans tout le royaume ;
- les rois s'entourent de fonctionnaires (baillis, sénéchaux), lèvent des impôts et créent une armée payée, qui ne dépend plus des vassaux.
Les rois s'appuient souvent sur les bourgeois des villes, qui leur fournissent de l'argent et des administrateurs.
6. Les crises du XIVe siècle
Au XIVe siècle, l'Europe traverse de graves crises :
- les famines, au début du siècle, après des années de mauvaises récoltes ;
- la peste noire (1347-1352), qui tue entre un tiers et la moitié de la population européenne selon les régions. Les seigneurs manquent de bras : les paysans survivants obtiennent souvent de meilleures conditions, et le servage recule dans beaucoup de régions ;
- la guerre de Cent Ans (1337-1453) entre la France et l'Angleterre. La chevalerie y subit de lourdes défaites face aux archers et à l'infanterie ; à la fin, l'artillerie (canons) rend les châteaux forts plus faciles à prendre.
7. Le déclin de la féodalité
À la fin du XVe siècle, la féodalité n'a pas disparu (les seigneurs et leurs droits existent encore en France jusqu'en 1789), mais elle a perdu l'essentiel de son rôle politique et militaire :
- Pertes de la peste et des guerres
- Chevaliers vaincus par les archers et les canons
- Recul du servage, paysans moins nombreux
- Villes libérées par les chartes
- Domaine royal agrandi, justice royale
- Armée payée et artillerie du roi
- Impôts royaux et fonctionnaires
- Soutien financier des bourgeois
À la même époque, de l'autre côté du Sahara, l'Afrique de l'Ouest connaît une histoire différente : l'empire du Mali est à son apogée au XIVe siècle (pèlerinage de Kankou Moussa en 1324), puis l'empire songhaï s'affirme au XVe siècle. Comparer ces histoires montre que chaque continent a suivi son propre chemin.
Exemple
Question : « Montre que l'Église a cherché à limiter la violence des guerriers au Moyen Âge. »
Réponse rédigée : Face aux guerres privées entre seigneurs, l'Église a pris plusieurs mesures. Par la paix de Dieu, à la fin du Xe siècle, elle impose aux guerriers de ne pas attaquer les clercs, les paysans, les marchands et les récoltes. Par la trêve de Dieu, au XIe siècle, elle interdit de combattre certains jours de la semaine et pendant les fêtes religieuses. Enfin, avec la chevalerie, elle propose aux guerriers un idéal chrétien : lors de l'adoubement, le chevalier promet d'être loyal et de protéger les faibles et l'Église.
Exemple
Question : « Explique pourquoi l'essor des villes a affaibli la féodalité. »
Réponse : La féodalité reposait sur la terre et sur l'autorité du seigneur sur les paysans. Avec l'essor du commerce, les villes grandissent et les bourgeois, enrichis, obtiennent des chartes de franchises : ils échappent à l'autorité du seigneur, se gouvernent eux-mêmes et lèvent leurs impôts. Un serf réfugié en ville pouvait devenir libre. De plus, les bourgeois aident le roi par leur argent et leurs compétences. L'essor des villes a donc réduit le pouvoir des seigneurs et renforcé celui du roi.
Méthode
Pour expliquer le déclin d'un système :
- Je rappelle en une phrase sur quoi reposait le système (ici : la terre, les liens de vassal à seigneur, la force des chevaliers).
- Je classe les causes du déclin : économiques (villes, commerce), démographiques (peste), militaires (nouvelles armes), politiques (roi plus fort).
- Pour chaque cause, je donne un fait précis et daté.
- Je conclus en disant ce qui change et ce qui reste.
3Je retiens
Je retiens
L'Église encadre toute la vie médiévale ; clergé séculier (pape, évêques, prêtres) et clergé régulier (moines). Réformes : Cluny (910), Cîteaux (1098).
Pour limiter la violence : paix de Dieu (fin du Xe siècle), trêve de Dieu (XIe siècle), idéal de la chevalerie et adoubement.
Croisades : appel d'Urbain II à Clermont (1095) ; prise de Jérusalem (1099).
À partir du XIe siècle, réveil du commerce (foires de Champagne) et des villes ; les bourgeois obtiennent des chartes de franchises ; les artisans forment des corporations.
Le roi se renforce : Philippe Auguste vainqueur à Bouvines (1214), Saint Louis, fonctionnaires, impôts, armée payée.
Crises du XIVe siècle : peste noire (1347-1352), guerre de Cent Ans (1337-1453). La féodalité décline à la fin du Moyen Âge.
4Erreurs fréquentes
- Confondre clergé séculier (qui vit parmi les fidèles) et clergé régulier (qui vit dans les monastères selon une règle).
- Confondre paix de Dieu (protection de certaines personnes et de certains biens) et trêve de Dieu (interdiction de combattre certains jours).
- Croire que la féodalité disparaît d'un coup : elle décline lentement du XIIIe au XVe siècle, et certains droits seigneuriaux durent en France jusqu'en 1789.
- Penser que « bourgeois » signifie « riche » : au Moyen Âge, le mot désigne d'abord l'habitant d'une ville (d'un bourg) qui jouit de ses libertés.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quelle abbaye, fondée en 910, devient un modèle de réforme ?
b) Qu'est-ce que la trêve de Dieu ?
c) Quel pape lance la première croisade, et en quelle année ?
d) Qu'est-ce qu'une charte de franchises ?
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a) L'abbaye de Cluny.
b) C'est l'interdiction, décidée par l'Église au XIe siècle, de combattre certains jours de la semaine (du mercredi soir au lundi matin) et pendant les grandes fêtes religieuses.
c) Le pape Urbain II, en 1095, à Clermont.
d) C'est un document accordé par le seigneur (ou le roi) aux habitants d'une ville, qui leur reconnaît des libertés : se gouverner, lever des impôts, rendre la justice.
2Exercice 2
(Chronologie) Range dans l'ordre et date : peste noire ; appel de Clermont ; fondation de Cluny ; bataille de Bouvines ; prise de Jérusalem par les croisés ; début de la guerre de Cent Ans.
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Fondation de Cluny (910) ; appel de Clermont (1095) ; prise de Jérusalem (1099) ; bataille de Bouvines (1214) ; début de la guerre de Cent Ans (1337) ; peste noire (1347-1352).
3Exercice 3
(Définitions) Définis : adoubement ; bourgeois ; commune ; corporation.
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- Adoubement : cérémonie au cours de laquelle un jeune noble reçoit ses armes et devient chevalier.
- Bourgeois : habitant d'une ville (d'un bourg), marchand ou artisan, qui bénéficie des libertés de la ville.
- Commune : ville qui a obtenu le droit de se gouverner elle-même, par des magistrats élus.
- Corporation : association des artisans d'un même métier, qui fixe les règles du travail et de la qualité.
4Exercice 4
(Analyse de document) Observe le schéma à deux colonnes de la partie 7.
a) Relève deux faits qui affaiblissent les seigneurs.
b) Relève deux moyens par lesquels le roi se renforce.
c) Pourquoi l'artillerie est-elle dangereuse pour la féodalité ?
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a) Par exemple : les pertes de la peste et des guerres ; les chevaliers vaincus par les archers et les canons ; le recul du servage ; les villes libérées par les chartes.
b) Par exemple : l'agrandissement du domaine royal et la justice royale ; l'armée payée et l'artillerie ; les impôts royaux et les fonctionnaires ; le soutien financier des bourgeois.
c) Les canons peuvent détruire les murailles des châteaux forts, qui étaient la base de la puissance des seigneurs ; et seul le roi est assez riche pour entretenir une artillerie.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, explique pourquoi la féodalité décline à la fin du Moyen Âge. Plan conseillé : introduction (rappel de ce qu'est la féodalité) ; l'essor des villes ; le renforcement du roi ; les crises du XIVe siècle ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
La féodalité reposait sur la terre, sur les liens entre seigneurs et vassaux et sur la force des chevaliers protégés par leurs châteaux. À partir du XIIIe siècle, ce système décline.
D'abord, le réveil du commerce fait grandir les villes. Les bourgeois obtiennent des chartes de franchises et échappent à l'autorité des seigneurs.
Ensuite, le roi se renforce. Philippe Auguste, vainqueur à Bouvines en 1214, puis Saint Louis agrandissent le domaine royal et imposent leur justice ; les rois lèvent des impôts et entretiennent une armée payée, avec l'appui des bourgeois.
Enfin, les crises du XIVe siècle frappent les seigneurs : la peste noire (1347-1352) tue une grande partie de la population et fait reculer le servage ; pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), la chevalerie est vaincue par les archers et l'artillerie.
Ainsi, à la fin du Moyen Âge, les seigneurs gardent des droits sur leurs terres, mais le pouvoir politique passe au roi : la féodalité a perdu son rôle.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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