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Français · 9e

Leçon 39 sur 51

La vie en société : la solidarité

Je sais lire et expliquer un texte sur la solidarité, en dégager l'idée générale et les procédés, et défendre par écrit l'importance de l'entraide dans la vie en société.

  • 50 min
  • 6 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Comprendre le vocabulaire de la solidarité (entraide, fraternité, altruisme, égoïsme, cohésion)
  • Dégager l'idée générale, la structure et les procédés d'un texte narratif
  • Expliquer une morale et un proverbe
  • Rédiger un court texte argumenté avec des exemples

Avant de commencer : Le champ lexical ; les figures de style (comparaison, antithèse, hyperbole) ; la méthode de la lecture expliquée

1Je découvre

Une nuit de saison sèche, dans un quartier de Mamou, un incendie se déclare dans la cuisine de la famille de Hawa. En quelques minutes, les voisins accourent. Les uns forment une chaîne avec des seaux d'eau, d'autres sortent les enfants et les affaires, d'autres encore apportent du sable. Le feu est éteint avant d'atteindre la maison.

Le lendemain, une voisine apporte des marmites, une autre du riz et de l'huile ; les jeunes du quartier aident à reconstruire la cuisine. Le père de Hawa, ému, ne sait comment remercier. Le vieux chef de quartier lui répond : « Aujourd'hui c'est toi, demain ce sera peut-être moi. »

Hawa réfléchit. Au collège, on parle souvent de « vie en société », de « citoyenneté », de « solidarité ». Elle vient de voir ce que ces mots veulent dire dans la réalité.

Qu'est-ce que la solidarité, pourquoi est-elle indispensable à la vie en société, et comment un écrivain peut-il la rendre touchante ? Découvrons-le à travers un texte.

2Je comprends

1. Le texte

Texte écrit pour cette leçon.

> Le champ de la veuve

>

> [1] Cette année-là, Néné Kadé avait perdu son mari au début de l'hivernage. Elle restait seule avec cinq enfants et un champ de riz que personne ne pouvait labourer. Les pluies étaient arrivées ; les autres champs verdissaient déjà ; le sien restait une étendue d'herbes folles. Chaque matin, elle le regardait en silence, et son cœur était plus lourd qu'un sac de sable mouillé.

>

> [2] Un soir, le chef du village frappa trois fois sur le tam-tam. « Le champ de Néné Kadé est notre champ, dit-il. Quand un doigt est blessé, c'est toute la main qui souffre. » Personne ne répondit. Mais le lendemain, avant que le coq ne chante, les jeunes gens étaient là, la houe sur l'épaule.

>

> [3] Ils étaient vingt, puis trente. Les hommes labouraient en chantant, les femmes apportaient l'eau et le repas, les enfants chassaient les oiseaux. Le griot battait la mesure, et les houes montaient et descendaient ensemble, comme les rames d'une seule pirogue. Au coucher du soleil, le champ était prêt. Personne n'avait demandé un seul franc.

>

> [4] À la récolte, Néné Kadé remplit son grenier. Elle voulut offrir une part de son riz à ceux qui l'avaient aidée. Le chef refusa doucement : « Garde ton riz pour tes enfants. Un jour, un autre aura besoin de nous ; ce jour-là, c'est toi qui porteras la calebasse d'eau. » Et Néné Kadé comprit que, dans ce village, personne ne serait jamais tout à fait seul.

2. Le vocabulaire

Mot ou expressionSens
la solidaritéle lien qui pousse les membres d'un groupe à s'aider mutuellement
une veuvefemme dont le mari est mort
l'hivernageen Afrique de l'Ouest, la saison des pluies
des herbes follesdes herbes sauvages qui poussent en désordre
battre la mesuremarquer le rythme
un grenierlieu où l'on garde les récoltes
une calebasserécipient fait avec le fruit séché d'une plante

Mots utiles du thème : l'entraide, s'entraider, la fraternité, la générosité, l'altruisme (le souci des autres ; contraire : l'égoïsme), la cohésion sociale (l'union d'une communauté), la tontine (groupe où chacun verse régulièrement une somme et où chacun reçoit la cagnotte à son tour), le bénévolat (travail fait gratuitement pour les autres), l'indifférence.

3. L'idée générale et la structure

Idée générale : après la mort de son mari, une veuve ne peut pas cultiver son champ ; à l'appel du chef, tout le village vient le labourer gratuitement, et Néné Kadé comprend qu'une communauté solidaire ne laisse jamais un de ses membres seul.

  1. 1§1 Le malheur : Néné Kadé, veuve, ne peut pas cultiver son champ
  2. 2§2 L'appel du chef : « Le champ de Néné Kadé est notre champ »
  3. 3§3 Le travail collectif : tout le village laboure le champ en une journée
  4. 4§4 La récolte et la leçon : l'entraide est un échange qui se transmet
La structure du récit : un malheur, un appel, une action collective, une leçon.

4. L'étude du texte

a) De la solitude à la communauté. Le texte passe du singulier au pluriel :

  • au §1, Néné Kadé est seule : « elle restait seule », « le sien restait une étendue d'herbes folles », « elle le regardait en silence » ;
  • au §3, c'est une foule qui agit : « Ils étaient vingt, puis trente », « les hommes…, les femmes…, les enfants… ». Toutes les générations participent.
  • L'antithèse entre « les autres champs verdissaient » et « le sien restait une étendue d'herbes folles » montre l'isolement de la veuve avant l'aide.

b) Les images de l'unité.

  • La métaphore du chef : « Quand un doigt est blessé, c'est toute la main qui souffre » : le village est comparé à un corps ; le malheur d'un membre touche tous les autres. C'est une phrase qui a la forme d'un proverbe.
  • La comparaison : « les houes montaient et descendaient ensemble, comme les rames d'une seule pirogue » : les villageois agissent en harmonie, comme des rameurs qui avancent vers le même but.
  • L'hyperbole : « son cœur était plus lourd qu'un sac de sable mouillé » exprime la profondeur du chagrin.

c) Une solidarité désintéressée et réciproque.

  • Désintéressée : « Personne n'avait demandé un seul franc » ; le chef refuse la part de riz.
  • Réciproque : « Un jour, un autre aura besoin de nous ; ce jour-là, c'est toi qui porteras la calebasse d'eau ». La solidarité n'est pas de la pitié : c'est un échange où chacun donne à son tour. L'aidée d'aujourd'hui sera l'aidante de demain.

d) Le rôle du chef et du griot. Le chef appelle (le tam-tam), le griot rythme le travail : les traditions de la société africaine organisent l'entraide. Le chant et la musique transforment la corvée en fête.

5. Réflexion : la solidarité dans la société guinéenne

La solidarité est une valeur profonde des sociétés guinéennes. On la retrouve :

  • dans la famille élargie : on accueille un neveu pour ses études, on aide un parent malade ;
  • dans les travaux collectifs des champs, les tontines entre commerçantes, les cotisations pour un mariage ou un décès ;
  • dans les associations de jeunes et de ressortissants qui construisent une école, un puits ou un centre de santé dans leur village d'origine ;
  • dans l'État, qui organise une solidarité nationale (écoles et hôpitaux publics, aide en cas de catastrophe).

Mais la vie moderne, surtout en ville, peut favoriser l'individualisme et l'indifférence : chacun pour soi. Le texte nous rappelle que personne ne peut vivre seul et que la société tient debout grâce à l'entraide.

Méthode

Pour expliquer une phrase importante (une morale, un proverbe) d'un texte :

  1. Je recopie la phrase entre guillemets et je dis qui la prononce et dans quelle situation.
  2. J'explique le sens littéral (ce que disent les mots).
  3. J'explique le sens figuré (ce que la phrase veut dire au-delà des mots).
  4. Je nomme la figure de style s'il y en a une (métaphore, comparaison, antithèse).
  5. Je relie la phrase à l'idée générale du texte et, si possible, à un exemple de la vie réelle.

Exemple

Question : Expliquez la phrase du chef : « Quand un doigt est blessé, c'est toute la main qui souffre. »

Réponse rédigée : Le chef prononce cette phrase pour appeler le village à aider Néné Kadé. Au sens propre, elle signifie qu'une blessure à un doigt fait mal à toute la main. Au sens figuré, c'est une métaphore : le village est une main et chaque habitant en est un doigt ; le malheur d'une seule personne concerne toute la communauté. Cette phrase exprime l'idée centrale du texte : dans une société solidaire, on ne laisse personne souffrir seul.

Exemple

Question : Pourquoi le chef refuse-t-il le riz de Néné Kadé ?

Réponse rédigée : Le chef refuse le riz parce que l'aide du village n'était pas un travail à payer, mais un geste de solidarité : « Garde ton riz pour tes enfants. » Il ajoute que Néné Kadé aidera à son tour : « c'est toi qui porteras la calebasse d'eau ». Il montre ainsi que la solidarité est désintéressée et réciproque : on ne rend pas à celui qui a donné, on donne à celui qui aura besoin.

3Je retiens

Je retiens

La solidarité est le lien qui pousse les membres d'une communauté à s'entraider ; son contraire est l'égoïsme ou l'indifférence.

Idée du texte : à l'appel du chef, tout le village laboure gratuitement le champ d'une veuve, qui comprend que personne n'y est jamais seul.

La solidarité est désintéressée (on ne demande rien) et réciproque (l'aidé d'aujourd'hui aidera demain).

Procédés : métaphore du corps (« un doigt… toute la main »), comparaison de la pirogue, hyperbole du cœur lourd, antithèse solitude / communauté.

Pour expliquer une morale : qui la dit, sens propre, sens figuré, figure de style, lien avec l'idée générale.

En Guinée : famille élargie, travaux collectifs, tontines, associations, solidarité nationale.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre solidarité et pitié : la solidarité est un échange entre égaux ; le chef dit bien que Néné Kadé aidera à son tour.
  • Expliquer une métaphore seulement au sens propre : « un doigt blessé » ne parle pas de médecine, mais de la communauté.
  • Oublier de citer le texte dans les réponses : chaque idée doit être prouvée par une citation courte entre guillemets.
  • Écrire une réflexion personnelle sans exemple : appuie-toi sur un fait vécu (quartier, famille, école) pour convaincre.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Vocabulaire) Donne le contraire de chaque mot : solidarité, générosité, altruisme, union, entraide. Puis emploie le mot tontine dans une phrase qui montre son sens.

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solidarité / égoïsme (ou individualisme, indifférence) ; générosité / avarice ; altruisme / égoïsme ; union / division (ou désunion) ; entraide / indifférence (ou rivalité).

Exemple : « Les vendeuses du marché ont créé une tontine : chaque semaine, elles versent une somme, et chacune reçoit à son tour toute la cagnotte pour agrandir son commerce. »

2Exercice 2

(Compréhension) Réponds par des phrases complètes en citant le texte.

a) Pourquoi Néné Kadé ne peut-elle pas cultiver son champ ?

b) Comment le chef appelle-t-il le village ?

c) Quel est le rôle des hommes, des femmes, des enfants et du griot ?

d) Combien les villageois demandent-ils pour leur travail ?

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a) Elle ne peut pas le cultiver parce qu'elle a « perdu son mari au début de l'hivernage » et qu'elle reste « seule avec cinq enfants » : personne ne peut labourer le champ.

b) Il « frappa trois fois sur le tam-tam » pour réunir les villageois et leur dit : « Le champ de Néné Kadé est notre champ. »

c) « Les hommes labouraient en chantant, les femmes apportaient l'eau et le repas, les enfants chassaient les oiseaux. Le griot battait la mesure. » Chacun a un rôle selon ses forces.

d) Ils ne demandent rien : « Personne n'avait demandé un seul franc. »

3Exercice 3

(Étude de la langue)

a) « son cœur était plus lourd qu'un sac de sable mouillé » : nomme la figure de style et explique-la.

b) Relève la comparaison du §3 et explique-la.

c) Dans la phrase « Quand un doigt est blessé, c'est toute la main qui souffre », quelle est la nature de la proposition introduite par Quand ? Quelle circonstance exprime-t-elle ?

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a) C'est une hyperbole construite sur une comparaison (plus lourd que). Le chagrin de Néné Kadé est présenté comme un poids énorme : l'image montre combien sa douleur et son inquiétude l'écrasent.

b) « les houes montaient et descendaient ensemble, comme les rames d'une seule pirogue » : les villageois travaillent au même rythme, unis vers le même but, comme des rameurs qui font avancer une pirogue ; l'image exprime l'unité du village.

c) C'est une proposition subordonnée circonstancielle de temps (introduite par la conjonction quand) : elle indique le moment où la main souffre.

4Exercice 4

(Analyse) Montre, en citant le texte, que le récit passe de la solitude à la communauté. Relève au moins deux expressions pour chacune.

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La solitude : « elle restait seule avec cinq enfants », « le sien restait une étendue d'herbes folles », « elle le regardait en silence ». La communauté : « Le champ de Néné Kadé est notre champ », « Ils étaient vingt, puis trente », « les houes montaient et descendaient ensemble ». Le texte passe du pronom « elle » au pronom « ils » : la veuve isolée est entourée par tout le village.

5Exercice 5

(Type BEPC)

a) Donne l'idée générale du texte.

b) Découpe le texte en quatre parties et donne un titre à chacune.

c) Explique la dernière réponse du chef : « Un jour, un autre aura besoin de nous ; ce jour-là, c'est toi qui porteras la calebasse d'eau. »

d) Quelle est la morale de ce texte ? Formule-la en une phrase.

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a) Après la mort de son mari, une veuve ne peut pas cultiver son champ ; à l'appel du chef, tout le village vient le labourer gratuitement, et elle comprend qu'une communauté solidaire ne laisse personne seul.

b) §1 : Le malheur de la veuve. §2 : L'appel du chef. §3 : Le travail de tout le village. §4 : La récolte et la leçon.

c) Le chef veut dire que la solidarité est un échange qui tourne : le village a aidé Néné Kadé ; un jour, quelqu'un d'autre sera dans le besoin, et ce sera à elle de l'aider. « Porter la calebasse d'eau », c'est participer au travail collectif. Ainsi, personne ne doit rien à personne, mais chacun doit quelque chose à la communauté.

d) Morale : l'union fait la force, et une communauté solidaire ne laisse jamais un de ses membres seul dans le malheur.

6Exercice 6

(Expression écrite) « Aujourd'hui c'est toi, demain ce sera peut-être moi. » En douze à quinze lignes, explique pourquoi la solidarité est indispensable à la vie en société. Donne au moins deux exemples tirés de la vie en Guinée (famille, quartier, école, village).

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Exemple de réponse :

« Personne ne peut vivre seul. Même la famille la plus riche peut connaître un jour la maladie, un incendie ou un deuil. C'est pourquoi la solidarité est indispensable à la vie en société : elle protège chacun contre les malheurs qu'il ne pourrait pas affronter seul. D'abord, elle permet de surmonter les épreuves. Dans mon quartier, quand une cuisine a pris feu, les voisins ont éteint l'incendie puis reconstruit la cuisine en deux jours. Ensuite, elle aide chacun à progresser. Au marché, les commerçantes se regroupent en tontine : grâce à la cagnotte, chacune peut à son tour agrandir son commerce. Enfin, la solidarité renforce l'union : ceux qui se sont entraidés se respectent et vivent en paix. Certes, en ville, beaucoup vivent chacun pour soi. Mais, comme le dit le proverbe du chef, "quand un doigt est blessé, c'est toute la main qui souffre". Aider aujourd'hui, c'est se préparer à être aidé demain. »

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'est-ce que la solidarité ?
Voir la réponse

Réponse B : le lien qui pousse les membres d'un groupe à s'entraider. La solidarité unit les membres d'une communauté dans l'entraide.

2Que signifie « l'hivernage » en Afrique de l'Ouest ?
Voir la réponse

Réponse B : la saison des pluies. Dans cette région, on appelle hivernage la saison des pluies.

3« Quand un doigt est blessé, c'est toute la main qui souffre » est :
Voir la réponse

Réponse B : une métaphore qui a la forme d'un proverbe. Le village est comparé à une main, sans outil de comparaison : c'est une métaphore.

4Pourquoi le chef refuse-t-il le riz de Néné Kadé ?
Voir la réponse

Réponse B : parce que l'aide était gratuite et que Néné Kadé aidera à son tour. La solidarité est désintéressée et réciproque.

5Quel est le contraire de « altruisme » ?
Voir la réponse

Réponse A : égoïsme. L'altruisme est le souci des autres ; l'égoïsme ne pense qu'à soi.

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