Leçon 5 sur 20
Les conséquences de la traite négrière
Je sais expliquer les conséquences de la traite négrière pour l'Afrique, pour l'Europe et pour l'Amérique, et montrer qu'elles se font encore sentir aujourd'hui.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer les conséquences démographiques, économiques, politiques et sociales de la traite pour l'Afrique
- Montrer comment la traite a enrichi l'Europe
- Décrire les conséquences en Amérique : économie de plantation, sociétés esclavagistes, diaspora africaine
- Relier ces conséquences au monde d'aujourd'hui
Avant de commencer : La leçon « La traite négrière » (définitions, commerce triangulaire, ampleur).
1Je découvre
Aïssatou et son grand frère Alpha regardent à la télévision un reportage tourné au Brésil. Des musiciens jouent des tambours qui ressemblent beaucoup à ceux des fêtes de leur quartier à Conakry ; des femmes cuisinent des plats à base de gombo et d'huile de palme. Le journaliste explique qu'une grande partie des Brésiliens a des ancêtres venus d'Afrique.
« Comment cela se fait-il ? » demande Aïssatou. Alpha répond : « C'est l'héritage de la traite. Des millions d'Africains ont été emmenés de force en Amérique. Leur culture a survécu là-bas. Mais la traite a aussi laissé des blessures profondes en Afrique : villages vidés, guerres, royaumes détruits. Et en Europe, certaines villes se sont enrichies grâce à ce commerce. »
Aïssatou comprend que la traite ne s'est pas arrêtée avec le dernier navire : ses effets ont duré longtemps.
Quelles ont été les conséquences de la traite négrière pour l'Afrique, l'Europe et l'Amérique ?
2Je comprends
1. Pour l'Afrique : des conséquences démographiques très lourdes
La traite a enlevé à l'Afrique des millions de personnes, surtout des jeunes adultes, hommes et femmes en âge de travailler et d'avoir des enfants. Les négriers recherchaient en priorité des captifs jeunes et en bonne santé.
Les conséquences sont graves :
- la population de certaines régions stagne ou diminue pendant longtemps, alors que celle des autres continents augmente ;
- les morts ne se limitent pas aux déportés : il faut ajouter les victimes des guerres de capture, des marches vers la côte et des captiveries ;
- des régions entières se vident : les habitants fuient les zones exposées aux razzias et se réfugient dans les montagnes, les forêts ou les marais ;
- la structure des familles est bouleversée, car on enlève surtout les jeunes, qui font vivre les familles.
2. Pour l'Afrique : insécurité, guerres et bouleversements politiques
La traite crée un climat de peur et d'insécurité permanente. Pour obtenir des captifs à vendre, certains chefs multiplient les guerres et les razzias contre leurs voisins. Les Européens paient souvent en armes à feu et en poudre ; ces armes servent ensuite à capturer d'autres personnes. C'est un cercle vicieux.
Sur le plan politique, on observe deux mouvements :
- certains États sont affaiblis ou détruits par les guerres et les pertes humaines ; le royaume du Kongo, par exemple, sort ruiné des conflits liés à la traite ;
- d'autres États se renforcent en contrôlant la vente des captifs, comme le royaume du Dahomey ou l'empire ashanti (dans l'actuel Ghana). Leur puissance repose en partie sur ce commerce et sur les armes qu'il leur procure.
La société change aussi : le nombre de captifs à l'intérieur même des sociétés africaines augmente, et une catégorie de marchands intermédiaires s'enrichit sur les côtes.
3. Pour l'Afrique : un appauvrissement économique
La traite détourne l'Afrique des activités productives :
- les champs sont abandonnés, faute de bras ou par peur des razzias ;
- l'artisanat local (tissage, métallurgie) souffre de la concurrence des marchandises européennes échangées contre des captifs : tissus, barres de fer, objets de cuivre ;
- l'Afrique perd sa force de travail et reçoit en échange des produits qui ne l'enrichissent pas durablement (alcool, armes, pacotille).
Au total, pendant que d'autres continents accumulent des richesses, l'Afrique perd des générations entières. Beaucoup d'historiens y voient l'une des causes des retards de développement de certaines régions africaines, qui s'ajouteront plus tard à ceux de la colonisation.
4. Pour l'Europe : l'enrichissement
La traite et le commerce triangulaire ont enrichi l'Europe :
- les ports négriers (Liverpool, Bristol, Nantes, Bordeaux, Lisbonne, Amsterdam) prospèrent : on y construit des navires, de beaux immeubles de négociants, des entrepôts ;
- les produits coloniaux (sucre, café, tabac, coton) cultivés par les esclaves deviennent courants en Europe et alimentent un commerce très rentable ;
- les bénéfices ont aidé à financer des banques, des assurances et des industries ; certains historiens estiment qu'ils ont contribué à l'essor de la révolution industrielle en Grande-Bretagne, même si leur part exacte fait débat ;
- enfin, pour justifier l'esclavage, se développe l'idée fausse d'une inégalité des races : c'est l'une des racines du racisme moderne.
5. Pour l'Amérique : des sociétés marquées par l'esclavage
- Économie de plantation : le travail des esclaves permet la production massive de sucre (Brésil, Antilles), de tabac, puis de coton (sud des États-Unis). Les colonies d'Amérique deviennent de grandes régions agricoles exportatrices.
- Des sociétés inégales : au sommet, les colons blancs ; en bas, la masse des esclaves noirs ; entre les deux, des métis et des affranchis (esclaves libérés). La couleur de la peau détermine la place sociale.
- La diaspora africaine : les descendants des déportés forment aujourd'hui une part importante de la population du Brésil, des Antilles, d'Haïti ou des États-Unis. On appelle diaspora l'ensemble des personnes d'une même origine dispersées hors de leur terre d'origine.
- Des cultures métissées : les Africains ont apporté leurs musiques, leurs danses, leurs croyances, leurs langues et leur cuisine. Ils ont donné naissance à de nouvelles cultures afro-américaines : langues créoles, rythmes et musiques, religions mêlant croyances africaines et christianisme.
- Des résistances : les esclaves ont résisté de mille façons : révoltes, travail ralenti, fuite. Les esclaves fugitifs, appelés marrons, ont fondé des communautés libres dans les montagnes et les forêts, comme les quilombos du Brésil. La plus grande révolte aboutira à l'indépendance d'Haïti.
- Afrique : millions de jeunes enlevés
- Afrique : guerres, insécurité, peur
- Afrique : champs et artisanat abandonnés
- Esclaves : souffrances, travail forcé
- Europe : ports et négociants enrichis
- Europe : banques, assurances, industries
- Amérique : plantations prospères pour les colons
- Planteurs : fortunes bâties sur le sucre et le coton
6. Des conséquences encore visibles aujourd'hui
La traite a laissé des traces durables : la présence de grandes populations d'origine africaine en Amérique, le racisme dont souffrent encore leurs descendants, des inégalités de développement, mais aussi une riche culture partagée entre l'Afrique et l'Amérique. Des lieux de mémoire, comme la maison des esclaves de l'île de Gorée au Sénégal, rappellent ce drame. Se souvenir de la traite, c'est aussi défendre l'égale dignité de tous les êtres humains.
Exemple
Question : « Montre que la traite a été une catastrophe démographique pour l'Afrique. »
Réponse rédigée : La traite a été une catastrophe démographique pour l'Afrique. D'abord, elle a enlevé des millions de personnes : environ 12,5 millions de captifs ont été embarqués par la seule traite atlantique. Ensuite, elle a surtout visé des jeunes adultes, ceux qui travaillaient et fondaient des familles, ce qui a freiné la croissance de la population. De plus, il faut ajouter les morts des guerres de capture, des marches vers la côte et des captiveries. Enfin, des régions entières se sont vidées, car les habitants fuyaient les razzias.
Exemple
Question : « Pourquoi dit-on que la traite a créé un cercle vicieux en Afrique ? »
Réponse rédigée : Les négriers européens payaient souvent les captifs avec des armes à feu et de la poudre. Les chefs qui recevaient ces armes pouvaient faire de nouvelles guerres et de nouvelles razzias contre leurs voisins. Ces guerres produisaient de nouveaux captifs, vendus à leur tour contre d'autres armes. Les voisins menacés devaient eux aussi s'armer, donc vendre des captifs. La violence s'entretenait ainsi elle-même : c'est un cercle vicieux.
Méthode
Pour présenter les conséquences d'un événement :
- Je classe les conséquences par lieu (Afrique, Europe, Amérique) ou par domaine (démographique, économique, politique, social, culturel).
- Pour chaque conséquence, j'écris une phrase qui l'explique et je donne un exemple précis.
- Je distingue les conséquences à court terme et celles qui durent jusqu'à aujourd'hui.
- Je termine par un bilan : qui a perdu, qui a profité ?
3Je retiens
Je retiens
Afrique : saignée démographique (surtout des jeunes adultes), régions vidées, familles brisées.
Afrique : insécurité et guerres, cercle vicieux captifs-armes ; certains États détruits (Kongo), d'autres renforcés (Dahomey, Ashanti).
Afrique : champs abandonnés, artisanat concurrencé, appauvrissement durable.
Europe : ports négriers enrichis (Nantes, Bordeaux, Liverpool, Lisbonne), capitaux pour les banques et l'industrie, naissance du racisme moderne.
Amérique : économie de plantation (sucre, tabac, coton), sociétés inégales fondées sur la couleur de la peau.
Amérique : diaspora africaine, cultures métissées, résistances (marrons, quilombos, révolte d'Haïti).
4Erreurs fréquentes
- Ne citer que les conséquences pour l'Afrique : on attend aussi celles pour l'Europe et l'Amérique.
- Oublier les morts en Afrique même : les pertes ne se limitent pas aux captifs embarqués, il faut ajouter les victimes des guerres, des marches et des captiveries.
- Présenter tous les États africains comme uniquement victimes ou uniquement coupables : certains ont été détruits, d'autres se sont renforcés grâce à ce commerce.
- Croire que les esclaves ont tout subi sans réagir : ils ont résisté par la fuite, les révoltes et la préservation de leurs cultures.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Pourquoi la traite a-t-elle surtout touché les jeunes adultes ?
b) Cite deux ports européens enrichis par la traite.
c) Qu'est-ce que la diaspora africaine ?
d) Qu'appelle-t-on des « marrons » ?
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a) Parce que les négriers recherchaient des captifs jeunes et en bonne santé, capables de travailler durement dans les plantations et de supporter le voyage.
b) Par exemple Nantes et Liverpool (on accepte aussi Bordeaux, Bristol, Lisbonne, Amsterdam).
c) C'est l'ensemble des personnes d'origine africaine dispersées hors d'Afrique, notamment les descendants des captifs déportés en Amérique.
d) Ce sont des esclaves fugitifs qui s'enfuyaient des plantations et fondaient des communautés libres dans les montagnes ou les forêts.
2Exercice 2
(Classer) Classe ces conséquences dans un tableau à trois colonnes (Afrique, Europe, Amérique) :
enrichissement de Nantes ; développement des plantations de coton ; abandon des champs ; essor des banques et des assurances ; naissance de cultures créoles ; guerres pour obtenir des captifs ; renforcement du Dahomey ; formation de quilombos.
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Afrique : abandon des champs ; guerres pour obtenir des captifs ; renforcement du Dahomey.
Europe : enrichissement de Nantes ; essor des banques et des assurances.
Amérique : développement des plantations de coton ; naissance de cultures créoles ; formation de quilombos.
3Exercice 3
(Expliquer) Explique en quelques lignes pourquoi les marchandises européennes échangées contre des captifs n'ont pas enrichi durablement l'Afrique.
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Les Européens payaient les captifs avec de l'alcool, des armes, de la poudre, des tissus, des barres de fer ou de la pacotille. Ces produits se consommaient ou s'usaient vite, et les armes servaient surtout à faire la guerre. Ils ne permettaient pas de produire de nouvelles richesses. En plus, les tissus et le fer européens concurrençaient les artisans africains. L'Afrique perdait donc sa force de travail sans recevoir de quoi se développer.
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Lis ce texte, écrit pour cette leçon :
« Dans notre pays, les villages de la plaine ont été abandonnés. Les gens se sont réfugiés sur les hauteurs, où la terre est pauvre. On ne sort plus sans arme. Les chefs voisins se font la guerre pour vendre des prisonniers aux Blancs de la côte, qui leur donnent des fusils. »
a) Relève deux conséquences de la traite décrites dans ce texte.
b) Quelle phrase montre le cercle vicieux de la traite ? Explique-la.
c) Pourquoi les habitants se réfugient-ils sur les hauteurs ? Quelle conséquence cela a-t-il pour l'agriculture ?
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a) Les villages de la plaine sont abandonnés ; l'insécurité règne (« on ne sort plus sans arme ») ; les guerres entre chefs se multiplient.
b) « Les chefs voisins se font la guerre pour vendre des prisonniers aux Blancs de la côte, qui leur donnent des fusils. » Les guerres produisent des prisonniers, vendus contre des fusils, qui permettent de nouvelles guerres : la violence s'entretient elle-même.
c) Ils fuient les razzias, car les hauteurs sont plus faciles à défendre. Mais la terre y est pauvre : les récoltes diminuent, ce qui appauvrit la population et peut provoquer des famines.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente les conséquences de la traite négrière. Plan conseillé : introduction ; 1. pour l'Afrique ; 2. pour l'Europe ; 3. pour l'Amérique ; conclusion (ce qui reste aujourd'hui).
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Exemple de rédaction :
Pendant plus de trois siècles, la traite négrière a déporté des millions d'Africains. Ses conséquences ont touché trois continents.
Pour l'Afrique, elles sont dramatiques : des millions de jeunes adultes sont enlevés, des régions se vident, l'insécurité et les guerres se multiplient à cause du cercle vicieux captifs-armes. Certains États sont ruinés, comme le Kongo, tandis que d'autres, comme le Dahomey, se renforcent. L'agriculture et l'artisanat reculent.
Pour l'Europe, la traite est source d'enrichissement : les ports négriers comme Nantes ou Liverpool prospèrent et les bénéfices financent banques et industries. Pour justifier l'esclavage naît aussi le racisme.
En Amérique, l'économie de plantation se développe grâce aux esclaves ; des sociétés inégales fondées sur la couleur de la peau se forment, mais aussi des cultures afro-américaines riches.
Aujourd'hui encore, la diaspora africaine, le racisme et les inégalités rappellent ce drame, qui est reconnu comme un crime contre l'humanité.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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