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Histoire · 9e

Leçon 7 sur 20

La Guinée et les comptoirs de traite

Je sais expliquer comment la côte de la Guinée actuelle a été intégrée à la traite atlantique, comment fonctionnaient les comptoirs et d'où venaient les captifs.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 3 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer les principaux lieux de traite de la côte guinéenne (Rio Nunez, Rio Pongo, îles de Los)
  • Définir un comptoir et expliquer son fonctionnement et ses acteurs
  • Expliquer le rôle de l'intérieur (Fouta-Djalon, Haute-Guinée) dans l'approvisionnement en captifs
  • Décrire la traite clandestine du XIXe siècle et la transition vers le commerce des produits

Avant de commencer : Les leçons « La traite négrière », « Les conséquences de la traite négrière » et « La suppression de la traite des Noirs ».

1Je découvre

Lansana habite à Boké. Un dimanche, son père l'emmène visiter le musée installé dans l'ancien fort de la ville, au bord du Rio Nunez. Dans une salle, Lansana voit des chaînes rouillées, des fers de pied, des perles de verre et de vieux fusils. Le guide explique : « Pendant des siècles, des navires européens sont venus jusqu'ici. On échangeait ces perles, ces fusils, ces tissus contre des hommes et des femmes. »

Lansana est surpris. Il pensait que la traite concernait surtout le Sénégal, avec l'île de Gorée, ou le golfe du Bénin. Il ne savait pas que les rivières de sa région, si calmes aujourd'hui, avaient été des lieux de départ de captifs.

De retour à la maison, il consulte la carte de la Guinée et suit du doigt la côte, de Boké à Forécariah, avec ses nombreux estuaires et ses îles.

Comment la côte de la Guinée actuelle a-t-elle participé à la traite négrière, et comment fonctionnaient ses comptoirs ?

2Je comprends

1. Une côte découpée, favorable aux trafics

La côte de la Guinée actuelle, en Basse-Guinée (Guinée maritime), est très découpée : de nombreux fleuves s'y jettent dans la mer par de larges estuaires bordés de mangroves : le Rio Nunez (région de Boké), le Rio Pongo (région de Boffa), la Dubréka, la Mellacorée (région de Forécariah). Au large se trouvent les îles de Los. Les Européens appelaient cette région les Rivières du Sud, car elle se trouvait au sud du Sénégal.

Cette géographie a deux conséquences : les navires peuvent remonter les rivières et s'abriter, et les nombreuses criques permettent de se cacher, ce qui sera très utile aux négriers quand la traite deviendra illégale.

La côte est habitée par plusieurs peuples : Baga, Nalou, Landouma, Soussou, entre autres. Ils cultivent le riz dans les zones inondées, pêchent, récoltent le sel et commercent avec l'intérieur.

NPDLMRio Nunez (Boké)Rio Pongo (Boffa)DubrékaÎles de LosMellacorée
Schéma simplifié, non à l'échelle : les principaux lieux de traite de la côte guinéenne, du nord au sud.

2. L'arrivée des Européens

  • XVe-XVIe siècles : les Portugais sont les premiers Européens à longer cette côte, dans la seconde moitié du XVe siècle. Certains s'installent parmi les populations côtières, épousent des femmes du pays et servent d'intermédiaires : ils sont à l'origine de familles luso-africaines (métisses de Portugais et d'Africains).
  • XVIIe-XVIIIe siècles : les Anglais, les Français, puis des marchands venus des colonies d'Amérique du Nord remplacent peu à peu les Portugais. La traite atteint son maximum au XVIIIe siècle.
  • XIXe siècle : après l'interdiction de la traite par la Grande-Bretagne (1807), la côte guinéenne devient un refuge de la traite clandestine. Les Britanniques s'installent aux îles de Los (vers 1818) ; les Français construisent des postes le long des rivières dans la seconde moitié du siècle, notamment à Boké.

3. Qu'est-ce qu'un comptoir ?

Un comptoir est un établissement commercial installé sur la côte ou au bord d'une rivière : il comprend des magasins pour les marchandises, une maison pour le traitant, parfois une petite fortification, et des captiveries ou enclos où les captifs sont enfermés en attendant les navires.

Sur la côte guinéenne, il n'y a pas de grands forts de pierre comme à Elmina. Les comptoirs sont souvent de simples établissements tenus par des traitants (marchands) européens, américains ou métis, installés avec l'accord des chefs locaux.

Les acteurs du comptoir

  • le chef local, propriétaire de la terre, autorise l'installation et perçoit des taxes (appelées « coutumes ») sur chaque transaction ;
  • le traitant, qui achète les captifs et les revend aux capitaines de navires ; certains traitants métis, mariés dans les familles des chefs, deviennent très riches et puissants ;
  • les courtiers et interprètes, qui servent d'intermédiaires ;
  • les caravaniers venus de l'intérieur, qui amènent les captifs et les produits ;
  • les capitaines négriers, qui chargent les captifs.

Parmi les traitants les plus connus du Rio Pongo, les historiens citent John Ormond, surnommé « Mongo John », fils métis d'un traitant anglais, actif au début du XIXe siècle (jusqu'à la fin des années 1820), ou encore Théodore Canot, un négrier qui a opéré dans la région dans les années 1820 et a raconté ses activités dans des mémoires.

4. D'où venaient les captifs ?

Les captifs embarqués sur la côte guinéenne venaient en grande partie de l'intérieur.

  • Les guerres du Fouta-Djalon. Au XVIIIe siècle, l'État théocratique du Fouta-Djalon mène des guerres contre ses voisins non musulmans. Les prisonniers deviennent des captifs, dont une partie est gardée pour cultiver les terres du Fouta et une autre vendue vers la côte.
  • Les razzias et les conflits de Haute-Guinée et des régions voisines alimentent aussi le trafic.
  • Les condamnations (pour dettes, vol, sorcellerie) peuvent aboutir à la vente d'une personne.

De longues caravanes descendent du Fouta vers le Rio Nunez et le Rio Pongo. Elles apportent des captifs, mais aussi de l'or, de l'ivoire, des peaux et de la cire. Elles repartent avec du sel de la côte, des tissus, des armes à feu, de la poudre, des barres de fer, du tabac et de l'alcool.

Descend de l'intérieur vers la côte
  • Captifs
  • Or et ivoire
  • Peaux et cire
  • Riz et bétail (vers les comptoirs)
Remonte de la côte vers l'intérieur
  • Armes à feu et poudre
  • Tissus européens et indiens
  • Barres de fer et objets de cuivre
  • Sel, tabac, alcool
Les échanges entre l'intérieur et les comptoirs de la côte guinéenne.

5. La traite clandestine au XIXe siècle

Après 1807, les Britanniques pourchassent les navires négriers. Mais les rivières de la côte guinéenne, avec leurs mangroves et leurs bras multiples, offrent des cachettes idéales. Le Rio Pongo devient l'un des principaux centres de la traite illégale en Afrique de l'Ouest. Les captifs sont gardés dans des enclos cachés et embarqués très vite, de nuit, sur des navires rapides, souvent à destination de Cuba ou du Brésil.

L'escadre britannique arraisonne des navires et attaque parfois des comptoirs ; les captifs libérés sont conduits à Freetown, en Sierra Leone voisine. Peu à peu, sous cette pression et avec la fin des achats en Amérique, la traite recule, puis disparaît dans la seconde moitié du XIXe siècle.

6. Du commerce des captifs au commerce des produits

Les traitants se reconvertissent dans le commerce « légitime » : arachide, palmistes et huile de palme, puis caoutchouc. Les maisons de commerce européennes s'installent le long des rivières. Mais cette présence prépare la colonisation : dans les années 1880, la France crée la colonie des Rivières du Sud, qui deviendra la Guinée française. Les îles de Los, britanniques, sont cédées à la France en 1904.

  1. 1Seconde moitié du XVe siècle : les Portugais longent la côte guinéenne
  2. 2XVIe-XVIIe siècles : familles luso-africaines, arrivée des Anglais et des Français
  3. 3XVIIIe siècle : essor de la traite, caravanes du Fouta vers le Rio Nunez et le Rio Pongo
  4. 4Après 1807 : traite clandestine dans les rivières, surveillance britannique
  5. 5Seconde moitié du XIXe siècle : fin de la traite, commerce de l'arachide et du caoutchouc
  6. 6Années 1880 : colonie française des Rivières du Sud
La côte guinéenne dans l'histoire de la traite.

Exemple

Question : « Pourquoi la côte guinéenne a-t-elle été un lieu important de traite clandestine au XIXe siècle ? »

Réponse rédigée : La côte de la Guinée actuelle est très découpée : des rivières comme le Rio Nunez et le Rio Pongo se jettent dans la mer par des estuaires bordés de mangroves, avec de nombreuses criques. Après l'interdiction de la traite par la Grande-Bretagne en 1807, les négriers pouvaient y cacher leurs navires et leurs captifs, loin des patrouilles britanniques. De plus, des traitants installés depuis longtemps, souvent alliés aux chefs locaux, continuaient à recevoir des captifs de l'intérieur. C'est pourquoi le Rio Pongo est devenu l'un des centres de la traite illégale.

Exemple

Question : « Explique le rôle du Fouta-Djalon dans la traite sur la côte guinéenne. »

Réponse rédigée : Au XVIIIe siècle, le Fouta-Djalon mène des guerres contre ses voisins. Les prisonniers deviennent des captifs : une partie travaille dans les champs du Fouta, une autre est conduite en caravanes vers les comptoirs du Rio Nunez et du Rio Pongo. En échange, le Fouta reçoit du sel, des tissus, des armes et de la poudre. Le Fouta-Djalon a donc été l'une des principales régions d'origine des captifs embarqués sur la côte guinéenne.

Méthode

Pour étudier l'histoire de ma région :

  1. Je situe les lieux sur une carte (rivières, villes, îles).
  2. Je cherche les dates et les périodes principales.
  3. J'identifie les acteurs : populations locales, Européens, intermédiaires.
  4. Je relie l'histoire locale à l'histoire générale (ici, la traite atlantique et son abolition).
  5. Je cherche les traces visibles aujourd'hui (musées, noms de lieux, mémoire familiale).

3Je retiens

Je retiens

La côte de la Guinée actuelle (les « Rivières du Sud ») est découpée par des estuaires et des mangroves : Rio Nunez (Boké), Rio Pongo (Boffa), Dubréka, Mellacorée ; au large, les îles de Los.

Les Portugais arrivent dans la seconde moitié du XVe siècle, puis les Anglais, les Français et des marchands américains.

Comptoir : établissement commercial avec magasins et captiveries, installé avec l'accord d'un chef local qui perçoit des taxes.

Acteurs : chefs locaux, traitants européens et métis (ex. « Mongo John » au Rio Pongo), courtiers, caravaniers, capitaines négriers.

Les captifs viennent surtout de l'intérieur, notamment des guerres du Fouta-Djalon ; ils sont échangés contre du sel, des tissus, des armes et de la poudre.

Après 1807, le Rio Pongo devient un centre de traite clandestine ; les captifs libérés par les Britanniques sont conduits à Freetown.

La traite est remplacée par le commerce de l'arachide, des palmistes et du caoutchouc, puis vient la colonisation française.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que la Guinée n'a pas été concernée par la traite : sa côte a été une zone de traite active, surtout au XVIIIe siècle et, clandestinement, au XIXe siècle.
  • Imaginer de grands forts européens partout : sur la côte guinéenne, les comptoirs étaient surtout de petits établissements de traitants, installés avec l'accord des chefs locaux.
  • Oublier le rôle de l'intérieur : la plupart des captifs venaient des guerres et des razzias de l'intérieur, et non des villages de la côte.
  • Confondre les rivières : le Rio Nunez correspond à la région de Boké, le Rio Pongo à celle de Boffa.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Pourquoi les Européens appelaient-ils la côte guinéenne les « Rivières du Sud » ?

b) Cite trois rivières de la côte guinéenne liées à la traite.

c) Qu'est-ce qu'une captiverie ?

d) Qui étaient les premiers Européens à longer la côte guinéenne ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Parce que cette côte, découpée par de nombreuses rivières, se trouvait au sud du Sénégal, où les Européens étaient déjà installés.

b) Le Rio Nunez, le Rio Pongo et la Dubréka (on accepte aussi la Mellacorée).

c) C'est un lieu (enclos ou bâtiment) où l'on enfermait les captifs en attendant de les embarquer sur un navire.

d) Les Portugais, dans la seconde moitié du XVe siècle.

2Exercice 2

(Associer) Associe chaque acteur à son rôle : chef local, traitant, caravanier, capitaine négrier, courtier.

Rôles : amène les captifs et les produits de l'intérieur ; charge les captifs sur son navire ; autorise l'installation du comptoir et perçoit des taxes ; sert d'intermédiaire et d'interprète ; achète les captifs pour les revendre aux navires.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Chef local : autorise l'installation du comptoir et perçoit des taxes. Traitant : achète les captifs pour les revendre aux navires. Caravanier : amène les captifs et les produits de l'intérieur. Capitaine négrier : charge les captifs sur son navire. Courtier : sert d'intermédiaire et d'interprète.

3Exercice 3

(Classer) Range dans deux colonnes, « de l'intérieur vers la côte » et « de la côte vers l'intérieur » : sel, captifs, poudre, ivoire, tissus, or, barres de fer, cire.

Voir le corrigéCacher le corrigé

De l'intérieur vers la côte : captifs, ivoire, or, cire.

De la côte vers l'intérieur : sel, poudre, tissus, barres de fer.

4Exercice 4

(Analyse de document, type BEPC) Lis ce texte, écrit pour cette leçon d'après les récits de l'époque :

« Au fond de la rivière, derrière la mangrove, le traitant a construit un grand enclos de pieux. Les captifs y attendent parfois des semaines. Quand un navire est signalé, on les fait embarquer de nuit, très vite, car les croiseurs anglais surveillent l'embouchure. »

a) De quelle période ce texte parle-t-il ? Justifie avec un élément du texte.

b) Pourquoi le traitant choisit-il un endroit « derrière la mangrove » ?

c) Qui sont les « croiseurs anglais » et que cherchent-ils à faire ?

d) Où les captifs libérés par ces croiseurs étaient-ils conduits ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le XIXe siècle, période de la traite clandestine : on embarque les captifs « de nuit, très vite, car les croiseurs anglais surveillent l'embouchure », ce qui montre que la traite est interdite.

b) Pour cacher l'enclos et les captifs aux patrouilles britanniques : la mangrove forme un écran difficile à traverser et à surveiller.

c) Ce sont les navires de guerre de l'escadre britannique chargée de faire respecter l'interdiction de la traite ; ils veulent arraisonner les navires négriers et libérer les captifs.

d) À Freetown, en Sierra Leone.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente la Guinée et les comptoirs de traite. Plan conseillé : introduction ; 1. une côte favorable et l'arrivée des Européens ; 2. le fonctionnement des comptoirs et l'origine des captifs ; 3. la traite clandestine et sa fin ; conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

La côte de la Guinée actuelle a participé à la traite atlantique pendant plusieurs siècles.

Cette côte, appelée « Rivières du Sud », est découpée par des estuaires bordés de mangroves, comme le Rio Nunez et le Rio Pongo. Les Portugais y arrivent dans la seconde moitié du XVe siècle, puis viennent les Anglais, les Français et des marchands américains.

Les échanges se font dans des comptoirs, installés avec l'accord des chefs locaux, qui perçoivent des taxes. Des traitants européens et métis y achètent des captifs amenés de l'intérieur par des caravanes, notamment depuis le Fouta-Djalon, en échange de sel, de tissus, d'armes et de poudre.

Après l'interdiction de la traite en 1807, les rivières guinéennes cachent une traite clandestine, surtout au Rio Pongo, malgré les patrouilles britanniques qui conduisent les captifs libérés à Freetown. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la traite disparaît au profit du commerce de l'arachide et du caoutchouc.

Ainsi, la Guinée a été à la fois une terre de départ de captifs et un lieu de passage vers la colonisation française.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle rivière correspond à la région de Boffa ?
Voir la réponse

Réponse B : le Rio Pongo. Le Rio Pongo se jette dans la mer dans la région de Boffa ; le Rio Nunez est celui de Boké.

2Qu'est-ce qu'un comptoir de traite ?
Voir la réponse

Réponse B : un établissement commercial où l'on stockait les marchandises et gardait les captifs. Le comptoir réunit magasins, logement du traitant et captiveries.

3D'où venait une grande partie des captifs embarqués sur la côte guinéenne ?
Voir la réponse

Réponse C : de l'intérieur, notamment des guerres du Fouta-Djalon. Les caravanes descendaient du Fouta vers les comptoirs du Rio Nunez et du Rio Pongo.

4Pourquoi les rivières guinéennes ont-elles favorisé la traite clandestine ?
Voir la réponse

Réponse A : parce que leurs mangroves et leurs criques permettaient de se cacher. Le paysage découpé offrait des cachettes aux négriers après 1807.

5Quel commerce remplace la traite au XIXe siècle sur la côte guinéenne ?
Voir la réponse

Réponse B : le commerce de l'arachide, des palmistes et du caoutchouc. C'est le commerce dit « légitime », qui prépare aussi la colonisation.

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