Leçon 9 sur 42
La faiblesse du revenu national
Je sais définir et calculer les grands agrégats (PIB, RNB, revenu par habitant), montrer que le revenu national des pays sous-développés est faible, mal réparti et surtout consommé, et en expliquer les causes et les conséquences.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir PIB, RNB et revenu par habitant et passer de l'un à l'autre
- Expliquer les limites du revenu par habitant (moyenne, parité de pouvoir d'achat, autoconsommation)
- Montrer l'inégale répartition du revenu
- Expliquer la faiblesse de l'épargne et de l'investissement (loi d'Engel, cercle vicieux)
- Calculer un RNB, un coefficient budgétaire et un taux d'épargne
Avant de commencer : Les leçons « Généralités sur la notion de sous-développement » (PIB, taux de croissance) et « Les caractéristiques du sous-développement » (cercle vicieux de Nurkse).
1Je découvre
Aïssatou vend des beignets devant l'école de son quartier, à Kankan. Le soir, sa fille Hawa, élève de Terminale, l'aide à faire ses comptes. Sur ce qu'elle gagne dans le mois, la plus grande partie part dans la nourriture : riz, huile, poisson fumé, condiments. Il reste un peu pour le loyer, le transport, les fournitures scolaires. Quand quelqu'un tombe malade, il faut emprunter à une voisine. Mettre de l'argent de côté ? « Impossible, dit Aïssatou, tout est déjà dépensé. »
En classe, le professeur a écrit au tableau : « Le revenu national par habitant de la Guinée reste faible. » Hawa lève la main : « Mais le pays exporte beaucoup de bauxite et d'or ! Où va cet argent ? Et pourquoi ma mère ne peut-elle pas épargner ? »
Comment mesure-t-on le revenu national, pourquoi est-il faible dans les pays sous-développés, et quelles en sont les conséquences ?
2Je comprends
1. Les grands agrégats de la comptabilité nationale
Pour mesurer la richesse d'un pays, on utilise plusieurs agrégats.
- Le produit intérieur brut (PIB) est la valeur de tous les biens et services finals produits sur le territoire national pendant une année, par des entreprises nationales ou étrangères. On l'obtient en additionnant les valeurs ajoutées de toutes les unités de production (plus les impôts sur les produits nets des subventions).
- Le revenu national brut (RNB), appelé autrefois produit national brut (PNB), mesure le revenu des résidents du pays, qu'il soit gagné sur le territoire ou à l'étranger :
RNB = PIB + revenus reçus du reste du monde - revenus versés au reste du monde
Les revenus versés au reste du monde comprennent notamment les bénéfices rapatriés par les entreprises étrangères, les intérêts de la dette extérieure et les salaires des travailleurs étrangers. Les revenus reçus comprennent par exemple les revenus du travail des résidents à l'étranger et les intérêts de placements à l'étranger.
- Le revenu par habitant (RNB ou PIB par habitant) :
revenu par habitant = RNBpopulation totale
Dans beaucoup de pays sous-développés, surtout miniers, le RNB est inférieur au PIB : une partie de la richesse produite sur le territoire (bénéfices des sociétés minières étrangères, intérêts de la dette) sort du pays. C'est une première réponse à la question de Hawa.
Exemple
Énoncé (données fictives, en milliards de dollars) : le PIB d'un pays Z est de 20. Les sociétés étrangères y rapatrient 2,4 de bénéfices ; le pays paie 0,6 d'intérêts sur sa dette extérieure. Les résidents reçoivent 0,5 de revenus de l'étranger. La population est de 14 millions d'habitants.
a) Calcule le RNB.
b) Calcule le PIB par habitant et le RNB par habitant (en dollars).
Solution :
a) Revenus versés : 2,4 + 0,6 = 3. RNB = 20 + 0,5 − 3 = 17,5 milliards de dollars.
b) PIB par habitant = 20 000 000 000 / 14 000 000 ≈ 1 429 $. RNB par habitant = 17 500 000 000 / 14 000 000 = 1 250 $.
Le RNB par habitant est inférieur de 1 429 − 1 250 = 179 $ (environ 12,5 %) au PIB par habitant : une partie de la richesse produite quitte le pays.
2. Un revenu national faible
Le revenu par habitant des pays sous-développés est bas : selon les seuils de la Banque mondiale, les pays à faible revenu ont un RNB par habitant de 1 175 $ ou moins par an, alors que les pays à revenu élevé dépassent 14 375 $. L'écart entre les plus riches et les plus pauvres se compte en dizaines de fois.
Mais ce chiffre doit être interprété avec prudence :
- C'est une moyenne : elle cache les écarts entre riches et pauvres, villes et campagnes.
- L'autoconsommation (ce que les paysans produisent et consomment eux-mêmes) et une partie de l'informel sont mal mesurées : le revenu réel est un peu sous-estimé.
- Les prix sont différents d'un pays à l'autre : avec 1 dollar converti en francs guinéens, on achète en Guinée plus de produits locaux qu'avec 1 dollar aux États-Unis. On corrige cela avec la parité de pouvoir d'achat (PPA), qui compare ce que le revenu permet réellement d'acheter.
Malgré ces corrections, l'écart reste considérable.
3. Un revenu très inégalement réparti
Dans les pays sous-développés, le revenu national est souvent concentré entre les mains d'une minorité (hauts fonctionnaires, grands commerçants, cadres des sociétés étrangères), tandis que la majorité vit avec peu. On observe des inégalités :
- entre villes et campagnes ;
- entre régions (zones minières et zones enclavées) ;
- entre hommes et femmes ;
- entre secteur moderne et secteur informel.
On mesure ces inégalités par exemple en comparant la part du revenu reçue par les 10 % les plus riches et par les 10 % les plus pauvres, ou par le coefficient de Gini (0 = égalité parfaite, 1 = un seul individu reçoit tout).
| Groupe de population (exemple fictif) | Part du revenu national reçue |
|---|---|
| 10 % les plus pauvres | 2 % |
| 40 % suivants | 18 % |
| 40 % suivants | 45 % |
| 10 % les plus riches | 35 % |
Dans cet exemple fictif, les 10 % les plus riches reçoivent 35 / 2 = 17,5 fois plus de revenu que les 10 % les plus pauvres.
4. Un revenu surtout consommé : la faiblesse de l'épargne
Le revenu d'un ménage a deux emplois : la consommation et l'épargne.
revenu disponible = consommation + épargne taux d'épargne = épargnerevenu disponible × 100
Le statisticien allemand Ernst Engel a observé au XIXe siècle que plus un ménage est pauvre, plus la part de son revenu consacrée à l'alimentation est élevée : c'est la loi d'Engel. Cette part s'appelle le coefficient budgétaire de l'alimentation :
coefficient budgétaire = dépense pour un postedépense totale × 100
Dans les pays sous-développés, les ménages pauvres consacrent souvent plus de la moitié de leur budget à se nourrir. Il reste très peu pour épargner.
De plus, l'épargne existante est mal mobilisée : une partie est thésaurisée (gardée à la maison, en bijoux, en bétail), une autre part est placée à l'étranger par les plus riches (fuite des capitaux). Les banques touchent peu la population rurale.
Exemple
Énoncé (données fictives) : le ménage d'Aïssatou dépense chaque mois 2 400 000 GNF, dont 1 440 000 GNF pour la nourriture. Son revenu mensuel est de 2 450 000 GNF.
a) Calcule le coefficient budgétaire de l'alimentation.
b) Calcule l'épargne et le taux d'épargne.
Solution :
a) 1 440 000 / 2 400 000 × 100 = 60 %.
b) Épargne = 2 450 000 − 2 400 000 = 50 000 GNF. Taux d'épargne = 50 000 / 2 450 000 × 100 ≈ 2 %.
Avec 60 % du budget pour se nourrir, il ne reste presque rien pour épargner : c'est la loi d'Engel.
5. Les causes de la faiblesse du revenu national
- Faible productivité de l'agriculture, de l'élevage et du tertiaire refuge (voir les leçons précédentes).
- Faible industrialisation : les matières premières sont exportées brutes, la valeur ajoutée est faite ailleurs.
- Sorties de revenus : bénéfices rapatriés, intérêts de la dette, fuite des capitaux.
- Dégradation des termes de l'échange : les prix des produits exportés augmentent moins vite (ou baissent) par rapport aux prix des produits importés.
- Forte croissance démographique : le revenu national se partage entre un nombre de personnes qui augmente vite.
- Chômage et sous-emploi : une partie des forces de travail n'est pas utilisée pleinement.
6. Les conséquences : le cercle vicieux de la pauvreté
Un revenu faible entraîne une épargne faible, donc un investissement faible : peu d'usines, de routes, d'écoles. La productivité reste basse et le revenu aussi. En outre, un revenu faible signifie une demande intérieure faible : les entreprises n'ont pas assez de clients pour produire en grande quantité, ce qui décourage encore l'investissement. L'État, lui, collecte peu d'impôts et finance mal les services publics ; il recourt à l'endettement ou à l'aide extérieure.
Méthode
Pour calculer et interpréter les agrégats dans un exercice :
- J'écris la formule (PIB, RNB, revenu par habitant, taux d'épargne, coefficient budgétaire).
- Je vérifie les unités (milliards, millions, GNF ou dollars) et je les convertis si besoin.
- Je pose le calcul et je donne le résultat avec l'unité.
- Je compare (PIB et RNB, deux pays, deux années).
- J'interprète avec le vocabulaire du cours : sortie de revenus, inégalités, loi d'Engel, cercle vicieux.
3Je retiens
Je retiens
PIB : valeur des biens et services produits sur le territoire en un an (somme des valeurs ajoutées).
RNB = PIB + revenus reçus du reste du monde − revenus versés au reste du monde ; dans les pays miniers endettés, souvent RNB < PIB.
Revenu par habitant = RNB / population ; c'est une moyenne ; on la corrige par la parité de pouvoir d'achat (PPA).
Le revenu national des pays sous-développés est faible, très inégalement réparti et surtout consommé.
Loi d'Engel : plus un ménage est pauvre, plus la part de l'alimentation dans son budget est forte.
Coefficient budgétaire = dépense d'un poste / dépense totale × 100 ; taux d'épargne = épargne / revenu disponible × 100.
Conséquences : épargne et investissement faibles, demande intérieure faible, recettes publiques faibles : cercle vicieux de la pauvreté.
4Erreurs fréquentes
- Confondre PIB et RNB : le PIB mesure ce qui est produit sur le territoire, le RNB ce que reçoivent les résidents.
- Oublier les signes dans le calcul du RNB : on ajoute les revenus reçus et on retire les revenus versés.
- Oublier d'harmoniser les unités : diviser des milliards par des millions d'habitants demande de bien compter les zéros.
- Croire que le revenu par habitant correspond au revenu de chacun : c'est une moyenne qui cache de fortes inégalités.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis le PIB et le RNB. Quelle différence y a-t-il entre les deux ?
b) Énonce la loi d'Engel.
c) Pourquoi la parité de pouvoir d'achat est-elle utile pour comparer les revenus ?
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a) Le PIB est la valeur de tous les biens et services finals produits sur le territoire national en un an, quelle que soit la nationalité des producteurs. Le RNB est le revenu des résidents du pays : RNB = PIB + revenus reçus du reste du monde − revenus versés au reste du monde. Le PIB est fondé sur le territoire, le RNB sur la résidence.
b) Plus le revenu d'un ménage est faible, plus la part de ce revenu consacrée à l'alimentation est élevée (et inversement).
c) Parce que les prix ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre : la PPA mesure ce que le revenu permet réellement d'acheter, ce qui rend les comparaisons plus justes.
2Exercice 2
(Calcul, données fictives, en milliards de GNF) PIB = 180 000 ; revenus versés au reste du monde = 14 000 ; revenus reçus du reste du monde = 3 200 ; population = 13 500 000 habitants.
a) Calcule le RNB.
b) Calcule le RNB par habitant (arrondi au millier de GNF).
c) Quelle part du PIB le solde des revenus avec l'extérieur représente-t-il ?
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a) RNB = 180 000 + 3 200 − 14 000 = 169 200 milliards de GNF.
b) 169 200 000 000 000 / 13 500 000 ≈ 12 533 333 GNF, soit environ 12 533 000 GNF par habitant et par an.
c) Solde : 3 200 − 14 000 = −10 800 milliards ; 10 800 / 180 000 × 100 = 6 % du PIB sortent du pays.
3Exercice 3
(Calcul, données fictives) Deux ménages :
| Ménage | Revenu mensuel (GNF) | Dépense totale (GNF) | Dépense alimentaire (GNF) |
|---|---|---|---|
| Ménage A (rural) | 1 500 000 | 1 480 000 | 962 000 |
| Ménage B (cadre urbain) | 15 000 000 | 12 000 000 | 3 000 000 |
a) Calcule le coefficient budgétaire de l'alimentation de chaque ménage.
b) Calcule le taux d'épargne de chaque ménage.
c) Ces résultats confirment-ils la loi d'Engel ? Justifie.
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a) Ménage A : 962 000 / 1 480 000 × 100 = 65 %. Ménage B : 3 000 000 / 12 000 000 × 100 = 25 %.
b) Ménage A : épargne = 1 500 000 − 1 480 000 = 20 000 GNF ; taux = 20 000 / 1 500 000 × 100 ≈ 1,3 %. Ménage B : épargne = 15 000 000 − 12 000 000 = 3 000 000 GNF ; taux = 3 000 000 / 15 000 000 × 100 = 20 %.
c) Oui : le ménage le plus pauvre consacre 65 % de ses dépenses à l'alimentation contre 25 % pour le plus riche. Conséquence : il ne peut presque pas épargner (1,3 % contre 20 %).
4Exercice 4
(Analyse de document, type BAC) Répartition fictive du revenu national d'un pays : les 20 % les plus pauvres reçoivent 5 % du revenu ; les 20 % les plus riches en reçoivent 50 %.
a) Combien de fois le revenu moyen d'une personne des 20 % les plus riches est-il supérieur à celui d'une personne des 20 % les plus pauvres ?
b) Si le revenu par habitant est de 1 000 $ par an, calcule le revenu moyen d'une personne de chacun de ces deux groupes.
c) Que montre ce calcul sur les limites du revenu par habitant ?
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a) Chaque groupe représente 20 % de la population. Rapport : 50 / 5 = 10 fois.
b) Revenu total pour 100 personnes : 100 × 1 000 = 100 000 $. Les 20 plus pauvres se partagent 5 % × 100 000 = 5 000 $, soit 250 $ chacun. Les 20 plus riches se partagent 50 % × 100 000 = 50 000 $, soit 2 500 $ chacun.
c) Le revenu par habitant (1 000 $) ne correspond à la situation réelle de presque personne : les plus pauvres ont quatre fois moins, les plus riches deux fois et demie plus. La moyenne cache de fortes inégalités.
5Exercice 5
(Rédaction, type BAC) Sujet : « Montrez que la faiblesse du revenu national est à la fois une conséquence et une cause du sous-développement. » Rédige une introduction, deux parties et une conclusion.
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Plan détaillé attendu :
Introduction : définir le revenu national (RNB) et le revenu par habitant ; constat : il est faible dans les pays sous-développés comme la Guinée, malgré leurs richesses naturelles.
I. Une conséquence du sous-développement : faible productivité de l'agriculture et du tertiaire refuge ; exportation de produits bruts sans valeur ajoutée locale ; sorties de revenus (bénéfices rapatriés, intérêts de la dette) qui rendent le RNB inférieur au PIB ; forte croissance démographique qui divise le revenu.
II. Une cause qui entretient le sous-développement : loi d'Engel, la majorité du revenu va à l'alimentation, l'épargne est faible ; l'investissement est faible (cercle vicieux de Nurkse) ; la demande intérieure est trop faible pour faire vivre des industries ; l'État collecte peu d'impôts et s'endette.
Conclusion : pour briser le cercle, il faut augmenter la productivité, mieux mobiliser l'épargne (banques et microfinance de proximité), garder davantage de revenus dans le pays (transformation locale, fiscalité minière) et mieux répartir la richesse.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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