Aller au contenu
Économie · Terminale SS Prépare le BAC

Leçon 24 sur 42

Le chômage en Afrique

Je sais décrire les particularités du chômage en Afrique (jeunes, diplômés, villes, sous-emploi, secteur informel) et expliquer pourquoi le taux de chômage officiel ne suffit pas à mesurer le problème de l'emploi.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Décrire les caractéristiques du chômage en Afrique et les groupes les plus touchés
  • Expliquer le rôle du secteur informel et du sous-emploi
  • Comprendre les limites de la mesure du chômage en Afrique
  • Calculer un taux de chômage élargi et un taux de sous-utilisation de la main-d'œuvre

Avant de commencer : La leçon « Le chômage : généralités » (définitions du BIT, calcul des taux, types de chômage).

1Je découvre

À Kaloum, au bord de la route, Alpha vend des cartes de recharge téléphonique et des bouteilles d'eau. Il a une licence en sociologie. Son ami Mamadou, titulaire d'un master en droit, conduit un taxi-moto le jour et donne des cours de répétition le soir. Leur amie Aïssatou, diplômée en gestion, aide sa mère à vendre des légumes au marché de Madina en attendant « un vrai travail ».

Un jour, Alpha lit dans un journal que le taux de chômage officiel dans certains pays africains est inférieur à celui de plusieurs pays européens. Il éclate de rire : « Si le chômage est si faible, pourquoi tous les jeunes diplômés que je connais cherchent-ils un emploi ? »

Mamadou lui explique : « Nous ne sommes pas comptés comme chômeurs : nous travaillons. Mais est-ce vraiment un emploi ? »

Quelles sont les particularités du chômage en Afrique, et pourquoi les chiffres officiels ne montrent-ils qu'une partie du problème ?

2Je comprends

1. Un continent jeune face au défi de l'emploi

L'Afrique est le continent dont la population est la plus jeune : une très grande partie des habitants a moins de 25 ans. Chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail. C'est une chance (une main-d'œuvre nombreuse, dynamique, de mieux en mieux formée), mais c'est aussi un défi immense : il faut créer chaque année un très grand nombre d'emplois simplement pour que la situation ne se dégrade pas.

En Guinée comme dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, la majorité des actifs travaillent dans l'agriculture et dans le secteur informel (petit commerce, artisanat, transport, services de réparation). Les emplois salariés et déclarés, dans l'administration ou dans les grandes entreprises, sont une minorité.

2. Les caractéristiques du chômage en Afrique

a) Un chômage surtout urbain. À la campagne, presque tout le monde participe aux travaux agricoles, même si c'est de façon saisonnière. Le chômage déclaré est surtout visible dans les villes, où arrivent les jeunes issus de l'exode rural et les diplômés.

b) Un chômage qui frappe d'abord les jeunes. Les jeunes, qui cherchent leur premier emploi, sans expérience ni relations, sont les plus touchés. On parle de chômage d'insertion.

c) Le chômage des diplômés. Dans plusieurs pays africains, on observe un phénomène surprenant : le taux de chômage est plus élevé chez les diplômés du supérieur que chez les personnes peu instruites. Les diplômés recherchent un emploi salarié et qualifié qui correspond à leur formation, alors que ces emplois sont rares ; les moins instruits, eux, acceptent n'importe quelle activité pour survivre.

d) Les femmes sont souvent désavantagées. Elles accèdent moins à l'emploi salarié, sont plus présentes dans les activités informelles peu rémunérées, et beaucoup combinent travail productif et tâches domestiques non rémunérées.

e) Un sous-emploi massif. Le problème principal n'est pas tant le chômage « total » que le sous-emploi : des personnes qui travaillent peu d'heures, ou beaucoup d'heures pour un revenu très faible, ou dans un emploi sans rapport avec leurs compétences. Mamadou, juriste devenu conducteur de taxi-moto, est en situation de sous-emploi invisible.

f) Le chômage déguisé et saisonnier dans l'agriculture. Dans les exploitations familiales, beaucoup de bras se partagent un travail qui pourrait être fait par moins de personnes ; pendant la saison sèche, l'activité agricole s'arrête presque dans de nombreuses zones sans irrigation.

g) L'absence de protection sociale. Contrairement aux pays industrialisés, il n'existe presque pas d'allocation chômage. Celui qui perd son emploi dépend de sa famille ou doit trouver immédiatement une autre activité.

3. Le rôle central du secteur informel

Le secteur informel regroupe les activités qui échappent en tout ou partie à l'enregistrement officiel, à la fiscalité et à la réglementation du travail : vendeuses du marché, tabliers, tailleurs, mécaniciens de quartier, conducteurs de taxi-moto, petits restaurants. Selon les estimations du BIT publiées en 2018, environ 85 % des emplois en Afrique sont informels.

Le secteur informel joue un rôle d'amortisseur : il absorbe les personnes qui ne trouvent pas d'emploi dans le secteur moderne, fournit des revenus et des biens bon marché, forme des apprentis. Mais ses emplois sont souvent précaires : revenus faibles et irréguliers, aucune protection en cas de maladie ou d'accident, pas de retraite, faible productivité.

Pays industrialisés
  • Majorité de salariés déclarés
  • Allocation chômage fréquente
  • Chômage mesuré par des enquêtes régulières
  • Le chômage est l'indicateur principal
  • Chômeurs de tous âges
Pays africains
  • Majorité de travailleurs agricoles et informels
  • Presque pas d'allocation chômage
  • Mesure difficile et moins fréquente
  • Le sous-emploi est le problème principal
  • Chômage concentré chez les jeunes urbains et les diplômés
Le chômage n'a pas le même visage partout.

4. Pourquoi le taux de chômage officiel est-il trompeur ?

a) Les pauvres ne peuvent pas « se payer » le chômage. Sans allocation chômage, rester sans activité pour chercher un emploi correspondant à sa formation est un luxe. La plupart des gens exercent une petite activité, même quelques heures par semaine : selon la définition du BIT, ils sont alors actifs occupés. Le chômage est donc souvent faible dans les statistiques, alors que la situation de l'emploi est mauvaise.

b) Les travailleurs découragés sont inactifs. Ceux qui ne cherchent plus, persuadés qu'ils ne trouveront rien, sortent de la population active et ne comptent plus comme chômeurs.

c) Les enquêtes sont moins fréquentes et plus difficiles à réaliser dans les pays où le secteur informel domine.

C'est pourquoi le BIT recommande de compléter le taux de chômage par d'autres indicateurs, comme le taux de sous-utilisation de la main-d'œuvre, qui ajoute aux chômeurs les personnes en sous-emploi lié à la durée du travail et une partie des inactifs qui voudraient travailler (la « main-d'œuvre potentielle », dont font partie les découragés).

Exemple

Situation (chiffres fictifs) : dans une ville, on compte 500 000 actifs occupés et 40 000 chômeurs au sens du BIT. Parmi les actifs occupés, 120 000 travaillent moins d'heures qu'ils ne le voudraient. Par ailleurs, 30 000 inactifs voudraient travailler mais ne cherchent plus (découragés).

Étape 1 : population active = 500 000 + 40 000 = 540 000.

Étape 2 : taux de chômage officiel = 40 000 ÷ 540 000 × 100 ≈ 7,4 %.

Étape 3 : on ajoute les découragés aux chômeurs et à la population active : (40 000 + 30 000) ÷ (540 000 + 30 000) × 100 = 70 000 ÷ 570 000 × 100 ≈ 12,3 %.

Étape 4 : on ajoute aussi le sous-emploi : (40 000 + 30 000 + 120 000) ÷ 570 000 × 100 = 190 000 ÷ 570 000 × 100 ≈ 33,3 %.

Conclusion : le taux de chômage officiel est de 7,4 %, mais un tiers de la main-d'œuvre élargie est en réalité sous-utilisée.

Exemple

Situation (chiffres fictifs) : sur 600 000 actifs occupés d'une région, 480 000 travaillent dans le secteur informel ou dans l'agriculture familiale.

Étape 1 : part de l'emploi informel = 480 000 ÷ 600 000 × 100 = 80 %.

Étape 2 : emplois formels = 600 000 − 480 000 = 120 000, soit 20 %.

Conclusion : seuls deux travailleurs sur dix ont un emploi déclaré, avec en principe une protection sociale. La question de l'emploi en Afrique est donc autant celle de la QUALITÉ des emplois que de leur nombre.

Méthode

Pour analyser la situation de l'emploi dans un pays africain à partir de données :

  1. Calculer le taux de chômage officiel (chômeurs ÷ population active).
  2. Repérer les découragés et le sous-emploi dans les données.
  3. Calculer un taux élargi : (chômeurs + découragés + sous-employés) ÷ (population active + découragés).
  4. Calculer la part de l'emploi informel.
  5. Conclure en distinguant le NOMBRE d'emplois et la QUALITÉ des emplois.

5. Un problème aux multiples dimensions

Le chômage et le sous-emploi en Afrique ne sont pas seulement des questions économiques : ils touchent à la dignité des personnes, à l'autonomie des jeunes (qui ne peuvent pas quitter le domicile familial ni fonder un foyer), à la stabilité sociale et politique. Les leçons suivantes étudieront leurs causes, leurs conséquences et les solutions possibles.

3Je retiens

Je retiens

  • L'Afrique a la population la plus jeune du monde : le défi de l'emploi y est immense.
  • Caractéristiques du chômage en Afrique : surtout urbain, concentré chez les jeunes, élevé chez les diplômés dans plusieurs pays, défavorable aux femmes, sans allocation chômage.
  • Le problème principal est le sous-emploi (visible et invisible), le chômage déguisé et saisonnier dans l'agriculture, et la précarité du secteur informel (environ 85 % des emplois selon le BIT, 2018).
  • Le taux de chômage officiel est trompeur : les pauvres ne peuvent pas rester sans activité et les découragés sont comptés comme inactifs.
  • Il faut le compléter par un taux de sous-utilisation de la main-d'œuvre et regarder la qualité des emplois.

4Erreurs fréquentes

  • Conclure qu'un taux de chômage officiel faible signifie que l'emploi va bien : en Afrique, il cache un sous-emploi massif.
  • Confondre secteur informel et activité illégale : la plupart des activités informelles (vendre des légumes, réparer des motos) sont légales, mais non enregistrées.
  • Oublier que, dans un taux élargi, il faut ajouter les découragés à la fois au numérateur et au dénominateur.
  • Présenter le secteur informel seulement comme un problème : il est aussi un amortisseur social et un lieu d'apprentissage.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Cite quatre caractéristiques du chômage en Afrique.

b) Définis le secteur informel et donne trois exemples guinéens.

c) Pourquoi dit-on que les pauvres « ne peuvent pas se payer le chômage » ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le chômage est surtout urbain ; il frappe d'abord les jeunes ; il touche fortement les diplômés dans plusieurs pays ; les femmes sont désavantagées ; le sous-emploi est massif ; il n'existe presque pas d'allocation chômage.

b) Le secteur informel regroupe les activités qui échappent en tout ou partie à l'enregistrement officiel, à la fiscalité et au droit du travail. Exemples : vendeuses de légumes au marché, tabliers au bord de la route, conducteurs de taxi-moto, mécaniciens de quartier, tailleurs.

c) Parce qu'en l'absence d'allocation chômage, une personne pauvre ne peut pas rester sans revenu pour chercher un emploi adapté : elle doit exercer immédiatement une activité, même peu rémunérée. Elle n'est donc pas comptée comme chômeuse, même si elle est sous-employée.

2Exercice 2

Pour chaque personne, précise si elle est chômeuse au sens du BIT, en sous-emploi visible, en sous-emploi invisible, ou inactive découragée :

a) Hawa, diplômée en informatique, vend des jus de fruits à plein temps faute de mieux.

b) Sékou, maçon, travaille deux jours par semaine et voudrait travailler tous les jours.

c) Fanta, sans activité, a abandonné toute recherche d'emploi.

d) Lansana, sans activité, a déposé cinq candidatures ce mois-ci et peut commencer immédiatement.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) sous-emploi invisible (emploi sans rapport avec ses compétences) ; b) sous-emploi visible (lié à la durée) ; c) inactive découragée ; d) chômeur au sens du BIT.

3Exercice 3

(Calcul, chiffres fictifs) Une ville compte 800 000 actifs occupés et 50 000 chômeurs. 200 000 actifs occupés sont en sous-emploi lié à la durée du travail. 50 000 inactifs sont des travailleurs découragés.

a) Calcule le taux de chômage officiel.

b) Calcule le taux de chômage élargi aux découragés.

c) Calcule le taux de sous-utilisation de la main-d'œuvre (chômeurs, découragés et sous-emploi).

d) Commente.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Population active = 800 000 + 50 000 = 850 000. Taux de chômage = 50 000 ÷ 850 000 × 100 ≈ 5,9 %.

b) (50 000 + 50 000) ÷ (850 000 + 50 000) × 100 = 100 000 ÷ 900 000 × 100 ≈ 11,1 %.

c) (50 000 + 50 000 + 200 000) ÷ 900 000 × 100 = 300 000 ÷ 900 000 × 100 ≈ 33,3 %.

d) Le taux officiel (5,9 %) donne une image rassurante, mais un tiers de la main-d'œuvre élargie est sous-utilisée. Le vrai problème est le sous-emploi et le découragement, invisibles dans le taux de chômage.

4Exercice 4

Explique pourquoi, dans plusieurs pays africains, les diplômés du supérieur connaissent un taux de chômage plus élevé que les personnes peu instruites.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Les diplômés recherchent des emplois salariés et qualifiés qui correspondent à leur formation et à leurs attentes de revenu (administration, grandes entreprises). Or ces emplois sont peu nombreux, et le recrutement public a été limité depuis l'ajustement structurel. De plus, certaines formations (lettres, droit, sciences sociales) ne correspondent pas aux besoins des entreprises. Les diplômés, souvent soutenus par leur famille, peuvent attendre et chercher plus longtemps. Les personnes peu instruites, elles, n'ont pas ce choix : elles acceptent immédiatement une activité, souvent informelle, et ne sont donc pas comptées comme chômeuses.

5Exercice 5

(Type BAC, analyse de situation) Rédige un paragraphe argumenté d'une quinzaine de lignes sur le thème : « En Afrique, le problème n'est pas seulement le manque d'emplois, mais aussi la qualité des emplois. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de paragraphe :

En Afrique, les statistiques officielles montrent parfois des taux de chômage modérés. Pourtant, la situation de l'emploi est préoccupante, car le problème tient autant à la qualité des emplois qu'à leur nombre. En effet, selon le BIT, environ 85 % des emplois du continent sont informels : vendeuses des marchés, conducteurs de taxi-moto, artisans travaillent sans contrat, sans protection sociale ni retraite, pour des revenus faibles et irréguliers. De plus, le sous-emploi est massif : beaucoup travaillent moins d'heures qu'ils ne le voudraient, ou exercent des activités sans rapport avec leurs diplômes, comme le juriste qui conduit un taxi-moto. Dans l'agriculture, le chômage déguisé et saisonnier est important. Enfin, l'absence d'allocation chômage oblige les plus pauvres à accepter n'importe quelle activité, ce qui fait baisser artificiellement le taux de chômage. Ainsi, créer des emplois ne suffit pas : il faut créer des emplois décents, productifs et protégés, ce qui passe par la formalisation progressive du secteur informel, la formation et la modernisation de l'agriculture.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel groupe est le plus touché par le chômage en Afrique ?
Voir la réponse

Réponse B : les jeunes urbains. Les jeunes qui cherchent leur premier emploi en ville sont les plus exposés.

2Pourquoi le taux de chômage officiel est-il souvent faible en Afrique ?
Voir la réponse

Réponse B : parce que, sans allocation chômage, les pauvres exercent une petite activité et sont comptés comme actifs occupés. Il suffit d'une heure de travail dans la semaine pour être compté comme actif occupé.

3Un diplômé en droit qui conduit un taxi-moto à plein temps est en situation de :
Voir la réponse

Réponse C : sous-emploi invisible. Il travaille, mais dans un emploi sans rapport avec ses compétences et peu rémunéré.

4Selon le BIT (2018), quelle part approximative des emplois en Afrique est informelle ?
Voir la réponse

Réponse C : environ 85 %. La grande majorité des emplois africains relève de l'économie informelle.

540 000 chômeurs, 540 000 actifs, 30 000 découragés : le taux de chômage élargi aux découragés est d'environ :
Voir la réponse

Réponse B : 12,3 %. (40 000 + 30 000) ÷ (540 000 + 30 000) × 100 ≈ 12,3 %.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Économie · Terminale SS

Demander à Karamö