Leçon 19 sur 24
Les cours d'eau et les lacs (suite)
Je sais expliquer comment un cours d'eau creuse, transporte et dépose, reconnaître les formes qu'il crée, classer les lacs selon leur origine et montrer l'importance des eaux continentales pour les hommes, en particulier en Guinée.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer le travail d'un cours d'eau (érosion, transport, dépôt) et le profil longitudinal
- Reconnaître les formes créées par les cours d'eau (vallée en V, gorges, chutes, méandres, plaine alluviale, delta)
- Définir un lac et classer les lacs selon leur origine
- Distinguer écoulement exoréique, endoréique et aréique
- Présenter les usages et les problèmes des eaux continentales en Guinée et en Afrique
Avant de commencer : La première partie de la leçon « Les cours d'eau et les lacs » (vocabulaire, débit, régime) et la leçon « L'érosion ».
1Je découvre
Pendant les vacances, Aïssatou visite avec sa classe les chutes de la Sala, près de Labé. L'eau tombe d'une falaise de grès dans un grand bruit, et en bas, la rivière s'est creusé une gorge étroite. Leur professeure, Mme Bah, leur montre les galets ronds au bord de l'eau : « Ces pierres viennent de loin. La rivière les a roulées pendant des années. »
Quelques semaines plus tard, dans un reportage sur le barrage de Kaléta, Aïssatou découvre la grande retenue d'eau formée sur le Konkouré. Elle pense aussi au lac Tchad, dont elle a entendu dire qu'il avait beaucoup rétréci.
Elle se pose plusieurs questions : comment une rivière peut-elle creuser des gorges dans la roche ? Où vont les galets et le sable qu'elle transporte ? Comment un lac se forme-t-il, et pourquoi certains lacs disparaissent-ils ?
Comment les cours d'eau façonnent-ils le relief, comment naissent les lacs, et quelle est leur importance pour les hommes ?
2Je comprends
1. Le travail d'un cours d'eau
Un cours d'eau est un puissant agent d'érosion. Son travail comprend trois actions :
- l'érosion : l'eau, armée des débris qu'elle transporte, use son lit et ses rives. Elle creuse en profondeur (érosion verticale) et attaque les berges (érosion latérale) ;
- le transport : le cours d'eau emporte des matériaux appelés alluvions : les plus fins (argiles, limons) en suspension, qui colorent l'eau en saison des pluies ; les plus gros (sables, graviers, galets) en les faisant rouler ou sauter sur le fond. En roulant, les pierres s'usent et s'arrondissent ;
- le dépôt (ou alluvionnement) : quand la vitesse diminue (pente plus faible, élargissement du lit, entrée dans un lac ou dans la mer), le cours d'eau dépose d'abord les matériaux lourds, puis les plus fins.
La force du cours d'eau dépend de son débit et de sa pente : plus il y a d'eau et plus la pente est forte, plus il creuse et transporte.
2. Le profil longitudinal
Le profil longitudinal est la courbe qui représente l'altitude du lit d'un cours d'eau de sa source à son embouchure. Il descend vers le niveau de base, c'est-à-dire l'altitude en dessous de laquelle le cours d'eau ne peut plus creuser : le niveau de la mer pour un fleuve, le niveau du fleuve pour son affluent.
On y distingue trois parties :
- Cours supérieur (amont) : pente forte
- Cours moyen : pente moyenne
- Cours inférieur (aval) : pente faible
- Érosion verticale : vallée en V, gorges, rapides, chutes
- Transport et érosion latérale : vallée plus large, méandres
- Dépôt : plaine alluviale, lit majeur inondable, estuaire ou delta
Au fil du temps, le cours d'eau creuse les parties trop raides et remblaie les creux : il tend vers une courbe régulière, concave, appelée profil d'équilibre. Les chutes et les rapides sont des « ruptures de pente » qui montrent que ce profil n'est pas encore atteint, souvent parce qu'une roche dure résiste à l'érosion.
La pente moyenne d'un cours d'eau se calcule ainsi : pente = dénivellation entre la source et l'embouchure ÷ longueur du cours d'eau.
Exemple
Question : « Une rivière prend sa source à 900 m d'altitude et se jette dans la mer après un parcours de 300 km. Calcule sa pente moyenne. »
Réponse :
Dénivellation : 900 − 0 = 900 m (l'embouchure est au niveau de la mer).
Pente moyenne : 900 ÷ 300 = 3 m par kilomètre.
En pourcentage : 900 m ÷ 300 000 m = 0,003, soit 0,3 %.
Attention : c'est une moyenne. En réalité, la pente est beaucoup plus forte près de la source (chutes, rapides) et presque nulle près de l'embouchure.
3. Les formes créées par les cours d'eau
- La vallée est le creux allongé creusé par un cours d'eau. En amont, elle est étroite et profonde, en V ; très étroite et aux parois verticales, c'est une gorge.
- Les chutes (ou cascades) et les rapides se forment là où une couche de roche dure interrompt le lit. Le Fouta-Djallon en compte beaucoup, car ses rivières descendent des plateaux de grès : chutes de la Sala, du Voile de la Mariée près de Kindia, de Kinkon près de Pita, par exemple.
- Les méandres sont des boucles que décrit un cours d'eau dans une plaine à faible pente : il creuse la rive extérieure (rive concave) et dépose sur la rive intérieure (rive convexe). Un méandre abandonné forme un bras mort.
- La plaine alluviale est formée par les dépôts du cours d'eau dans son lit majeur ; ses sols sont souvent fertiles (rizières des plaines du Niger en Haute-Guinée).
- Les terrasses sont d'anciens niveaux de la plaine alluviale, restés en hauteur quand le cours d'eau a recreusé son lit.
- Le delta est une accumulation d'alluvions à l'embouchure, où le fleuve se divise en plusieurs bras (delta du Niger, delta du Nil).
4. Les lacs
Un lac est une étendue d'eau située dans une dépression fermée des continents, sans communication directe avec la mer. Un petit lac peu profond s'appelle un étang ou une mare.
Un lac est alimenté par les pluies, les cours d'eau qui s'y jettent et les eaux souterraines ; il perd de l'eau par évaporation, par infiltration et par ses émissaires (cours d'eau qui en sortent). Un lac qui a un émissaire est en général à eau douce ; un lac fermé, sans émissaire, dans une région chaude, a souvent une eau salée, car l'évaporation concentre les sels.
Les lacs se classent selon l'origine de la dépression qui les contient :
| Origine | Formation | Exemple |
|---|---|---|
| Tectonique | Eau accumulée dans un fossé d'effondrement ou une cuvette formée par les mouvements de l'écorce | Lac Tanganyika, lac Malawi (Rift est-africain) |
| Volcanique | Eau dans un cratère ou derrière une coulée de lave qui barre une vallée | Lac Nyos (Cameroun) |
| Glaciaire | Eau dans une cuvette creusée par un ancien glacier | Grands Lacs d'Amérique du Nord, lacs de Finlande |
| Fluviale | Méandre abandonné, zone basse d'une plaine d'inondation | Lacs du delta intérieur du Niger (Mali), mares des plaines du Niger |
| Littorale | Étendue d'eau séparée de la mer par un cordon de sable : la lagune | Lagunes du golfe de Guinée (Côte d'Ivoire, Bénin) |
| Artificielle | Retenue d'eau créée par l'homme derrière un barrage | Lac Volta (Ghana), lac Nasser (Égypte), retenues du Konkouré (Guinée) |
En Afrique, le lac Victoria, partagé entre l'Ouganda, le Kenya et la Tanzanie, est le plus grand lac du continent ; le lac Tanganyika, dans un fossé d'effondrement, est l'un des plus profonds du monde (plus de 1 400 m). Le lac Tchad, peu profond, dans une région sèche, a fortement rétréci depuis les années 1960 à cause des sécheresses et des prélèvements d'eau.
- 1Les forces internes, un volcan, un glacier, un fleuve ou l'homme créent une dépression fermée
- 2Les pluies, les cours d'eau et les eaux souterraines la remplissent
- 3Le niveau du lac dépend du bilan entre apports d'eau et pertes (évaporation, infiltration, émissaire)
- 4Les cours d'eau y déposent peu à peu leurs alluvions
- 5Sans entretien des apports, le lac se comble ou s'assèche lentement
5. Les types d'écoulement
Selon la destination de leurs eaux, les régions sont :
- exoréiques : les eaux atteignent la mer (c'est le cas de toute la Guinée) ;
- endoréiques : les eaux aboutissent à un lac ou une cuvette fermée, sans rejoindre la mer (bassin du lac Tchad) ;
- aréiques : il n'y a presque pas d'écoulement organisé, car les pluies sont trop rares (grands déserts comme le Sahara).
Exemple
Question : « Pourquoi le lac Tchad a-t-il rétréci alors que le lac Tanganyika reste très profond ? »
Réponse : Le lac Tchad occupe une cuvette peu profonde, dans une région sahélienne chaude et sèche, et il est endoréique : il ne reçoit de l'eau que de quelques fleuves (Chari, Logone) et en perd beaucoup par évaporation. Quand les pluies ont diminué lors des sécheresses et que l'homme a prélevé de l'eau pour l'irrigation, les apports sont devenus inférieurs aux pertes : le lac a rétréci. Le lac Tanganyika, lui, remplit un fossé d'effondrement très profond, dans une région bien arrosée : même si l'évaporation est forte, son énorme volume d'eau reste stable.
6. L'importance des cours d'eau et des lacs pour les hommes
Les atouts
- eau pour la boisson, l'élevage et l'irrigation (riziculture dans les plaines du Niger et les bas-fonds) ;
- pêche et pisciculture ;
- transport (pirogues et barges sur le Niger) ;
- hydroélectricité : en Guinée, les barrages de Garafiri, Kaléta et Souapiti sur le Konkouré produisent une part importante de l'électricité du pays ;
- sols fertiles des plaines alluviales, tourisme (chutes du Fouta-Djallon), orpaillage dans les alluvions aurifères de Haute-Guinée.
Les problèmes
- inondations lors des fortes crues ;
- envasement des lits et des retenues, lié à l'érosion des bassins versants déboisés ;
- pollution par les déchets, les produits chimiques de l'orpaillage (mercure) et les rejets miniers ;
- maladies liées à l'eau (paludisme, bilharziose, onchocercose) ;
- partage de l'eau entre pays d'un même bassin : c'est pourquoi la Guinée est membre d'organismes communs de gestion, comme l'Autorité du bassin du Niger et l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS).
Méthode
Pour expliquer la formation d'un paysage fluvial ou lacustre :
- Je situe le lieu sur le profil longitudinal (amont, cours moyen, aval) ou je repère la dépression du lac.
- J'identifie l'action dominante : érosion, transport ou dépôt.
- J'explique cette action par la pente, le débit et la dureté des roches (ou par l'origine de la dépression).
- Je nomme la forme obtenue avec le vocabulaire exact.
- Je termine par l'utilisation que les hommes en font et les problèmes posés.
3Je retiens
Je retiens
Un cours d'eau érode (verticalement et latéralement), transporte des alluvions (en suspension, par roulement) et les dépose quand sa vitesse diminue.
Profil longitudinal : cours supérieur (érosion, vallée en V, gorges, chutes), cours moyen (méandres), cours inférieur (dépôts, plaine alluviale, delta). Il tend vers un profil d'équilibre concave, fixé par le niveau de base.
Un lac est une étendue d'eau dans une dépression fermée. Origines : tectonique, volcanique, glaciaire, fluviale, littorale (lagune), artificielle (barrage).
Écoulement exoréique (vers la mer), endoréique (vers une cuvette fermée, lac Tchad), aréique (pas d'écoulement organisé, déserts).
Usages : eau, irrigation, pêche, transport, hydroélectricité (Garafiri, Kaléta, Souapiti sur le Konkouré). Problèmes : inondations, envasement, pollution, maladies, partage de l'eau.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'un cours d'eau ne fait que creuser : il transporte et dépose aussi, et ses dépôts forment les plaines alluviales et les deltas.
- Confondre lac et lagune : la lagune est une étendue d'eau littorale séparée de la mer par un cordon de sable, souvent salée ou saumâtre.
- Penser que tous les lacs ont une eau douce : les lacs fermés des régions chaudes sont souvent salés.
- Oublier que la pente moyenne est une moyenne : un même cours d'eau a une pente forte en amont et très faible en aval.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quelles sont les trois actions d'un cours d'eau ?
b) Définis : alluvions, méandre, niveau de base, lac.
c) Quelle différence fais-tu entre une région endoréique et une région exoréique ? Donne un exemple de chacune.
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a) L'érosion, le transport et le dépôt (alluvionnement).
b) Les alluvions sont les matériaux (argiles, limons, sables, graviers, galets) transportés et déposés par un cours d'eau. Un méandre est une boucle décrite par un cours d'eau dans une zone de faible pente. Le niveau de base est l'altitude en dessous de laquelle un cours d'eau ne peut plus creuser (le niveau de la mer pour un fleuve). Un lac est une étendue d'eau située dans une dépression fermée des continents, sans communication directe avec la mer.
c) Dans une région exoréique, les eaux s'écoulent jusqu'à la mer (la Guinée) ; dans une région endoréique, elles aboutissent à un lac ou une cuvette fermée (le bassin du lac Tchad).
2Exercice 2
(Calcul) Un fleuve naît à 1 200 m d'altitude et se jette dans l'océan après 800 km.
a) Calcule sa pente moyenne en m/km.
b) Exprime-la en pourcentage.
c) Où la pente réelle sera-t-elle la plus forte ? Pourquoi ?
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a) 1 200 ÷ 800 = 1,5 m/km.
b) 1 200 m ÷ 800 000 m = 0,0015, soit 0,15 %.
c) Près de la source, dans le cours supérieur, car le fleuve descend des hauteurs et n'a pas encore régularisé son profil (rapides, chutes) ; près de l'embouchure, la pente est presque nulle.
3Exercice 3
(Classer) Indique l'origine de chacun de ces lacs : lac Tanganyika ; lac Volta ; lac Nyos ; une lagune de Côte d'Ivoire ; un bras mort sur la plaine du Niger ; un lac de Finlande.
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Lac Tanganyika : origine tectonique (fossé d'effondrement du Rift). Lac Volta : artificielle (barrage). Lac Nyos : volcanique (cratère). Lagune de Côte d'Ivoire : littorale. Bras mort sur la plaine du Niger : fluviale (méandre abandonné). Lac de Finlande : glaciaire.
4Exercice 4
(Analyse) Sur les plateaux du Fouta-Djallon, les rivières forment de nombreuses chutes et coulent dans des vallées étroites ; dans les plaines de Haute-Guinée, le Niger décrit de larges boucles et inonde ses rives en saison des pluies.
a) Nomme les formes décrites dans chaque région.
b) Explique cette différence à l'aide de la notion de profil longitudinal.
c) Quelle utilisation les populations font-elles des plaines inondables ?
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a) Au Fouta-Djallon : chutes, rapides, vallées en V et gorges. En Haute-Guinée : méandres, plaine alluviale, lit majeur inondable.
b) Au Fouta-Djallon, les rivières sont dans leur cours supérieur : la pente est forte et les grès durs créent des ruptures de pente ; l'érosion verticale domine. En Haute-Guinée, le Niger est dans une section à faible pente : il perd de la vitesse, divague en méandres et dépose ses alluvions, et ses crues débordent dans le lit majeur.
c) Elles servent à la riziculture de décrue ou inondée, au maraîchage, à la pêche et au pâturage du bétail en saison sèche.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) « Les eaux continentales, une richesse à protéger en Guinée. » En une douzaine de lignes, présente les atouts des cours d'eau et des lacs guinéens, les problèmes qu'ils posent et les mesures de protection possibles.
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Exemple de rédaction :
La Guinée, château d'eau de l'Afrique de l'Ouest, possède de nombreux cours d'eau et des retenues artificielles qui sont une grande richesse.
Ces eaux fournissent l'eau potable, irriguent les rizières des plaines du Niger et des bas-fonds, et nourrissent les populations grâce à la pêche. Le Niger sert de voie de transport, et les chutes du Fouta-Djallon attirent les visiteurs. Surtout, les barrages de Garafiri, Kaléta et Souapiti, sur le Konkouré, produisent une part importante de l'électricité du pays.
Mais ces eaux posent aussi des problèmes : les crues provoquent des inondations ; le déboisement des bassins versants envase les lits et les retenues ; l'orpaillage et les mines polluent les rivières ; certaines maladies, comme le paludisme ou la bilharziose, sont liées à l'eau.
Pour protéger cette richesse, il faut reboiser les têtes de sources, lutter contre les feux de brousse, contrôler l'usage du mercure et les rejets miniers, et gérer l'eau avec les pays voisins au sein d'organismes comme l'OMVS et l'Autorité du bassin du Niger.
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