Leçon 3 sur 13
L'étude de la demande
Je sais définir la demande, énoncer la loi de la demande et ses exceptions, lire une courbe de demande, identifier ce qui la déplace et calculer les élasticités-prix et revenu de la demande.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la demande et la quantité demandée
- Énoncer la loi de la demande et connaître ses exceptions
- Distinguer mouvement le long de la courbe et déplacement de la courbe de demande
- Calculer et interpréter l'élasticité-prix et l'élasticité-revenu
- Classer les biens (normaux, inférieurs, substituables, complémentaires)
Avant de commencer : Les leçons « Les mécanismes de l'économie de marché » et « L'étude de l'offre » ; savoir calculer un pourcentage de variation.
1Je découvre
À Boké, Aïssatou tient une petite boutique de quartier. Le mois dernier, le prix du kilo de sucre chez son grossiste a augmenté ; elle a dû le revendre plus cher. Elle a remarqué que ses clientes en achètent un peu moins, mais continuent d'en acheter : on ne prend pas le thé ni la bouillie sans sucre.
En revanche, quand elle a augmenté le prix des biscuits, les enfants du quartier se sont tournés vers les beignets de la voisine, et ses ventes de biscuits se sont effondrées.
Autre surprise : à la fin du mois, quand les salaires des travailleurs de la mine sont versés, elle vend plus de viande en conserve et de boissons, alors que ses prix n'ont pas bougé.
Aïssatou se pose deux questions : pourquoi ses clients ne réagissent-ils pas de la même façon à une hausse de prix selon les produits ? Et pourquoi achètent-ils plus quand ils sont payés, même à prix égal ?
Qu'est-ce qui détermine la quantité qu'un consommateur souhaite acheter, et comment mesurer sa réaction au prix et au revenu ?
2Je comprends
1. Définitions
La demande est la quantité d'un bien ou d'un service que les acheteurs sont disposés à acquérir sur un marché, à chaque niveau de prix, pendant une période donnée.
Attention : la demande, au sens économique, n'est pas un simple désir. C'est un désir accompagné d'un pouvoir d'achat : pour « demander » un bien, il faut vouloir l'acheter et pouvoir le payer. On parle de demande solvable.
Comme pour l'offre, on distingue :
- la quantité demandée : la quantité achetée à un prix donné ;
- la demande : la relation entre tous les prix et les quantités demandées, présentée dans un barème de demande ou par une courbe de demande.
2. La loi de la demande
Loi de la demande : toutes choses égales par ailleurs, la quantité demandée varie en sens inverse du prix. Quand le prix augmente, la quantité demandée diminue ; quand le prix baisse, elle augmente.
Deux effets l'expliquent :
- l'effet de revenu : quand le prix monte, avec le même revenu on peut acheter moins ; le pouvoir d'achat baisse ;
- l'effet de substitution : quand un bien devient plus cher, les consommateurs se tournent vers des biens qui le remplacent (les enfants de Boké passent des biscuits aux beignets).
3. Le barème et la courbe de demande
Barème de demande hebdomadaire de poisson fumé dans un marché de Boké (exemple fictif) :
| Prix du kilo (GNF) | 20 000 | 40 000 | 60 000 | 80 000 | 100 000 |
|---|---|---|---|---|---|
| Quantité demandée (kg) | 90 | 70 | 50 | 30 | 10 |
On place la quantité en abscisse et le prix en ordonnée. Ci-dessous, le prix est en dizaines de milliers de GNF et la quantité en dizaines de kilos.
La courbe de demande est décroissante : elle descend de gauche à droite.
4. Les exceptions à la loi de la demande
Dans quelques cas rares, la quantité demandée augmente quand le prix monte :
- l'effet Veblen (effet d'ostentation) : certains biens de luxe sont achetés parce qu'ils sont chers, pour montrer sa richesse (bijoux, grosses voitures) ; une baisse de prix peut les rendre moins désirables ;
- l'effet Giffen : pour des ménages très pauvres, quand le prix d'un aliment de base augmente, ils renoncent aux aliments plus chers (viande, poisson) et achètent encore plus de l'aliment de base pour se nourrir ;
- les anticipations : si l'on pense que le prix va encore monter, on achète tout de suite davantage (par exemple, stocker du riz avant une hausse annoncée) ;
- l'effet de qualité : certains consommateurs pensent qu'un produit plus cher est de meilleure qualité.
5. Mouvement le long de la courbe et déplacement de la courbe
- Si seul le prix du bien change : mouvement le long de la courbe (variation de la quantité demandée).
- Si un autre facteur change : déplacement de toute la courbe (variation de la demande). Vers la droite, la demande augmente ; vers la gauche, elle diminue.
6. Les facteurs qui déplacent la courbe de demande
| Facteur | Effet sur la demande | Exemple |
|---|---|---|
| Revenu des consommateurs | Hausse du revenu : la demande de biens normaux augmente | paie de fin de mois des mineurs de Boké |
| Prix des biens substituables | Si le substitut devient plus cher, la demande du bien augmente | la viande devient chère : demande de poisson en hausse |
| Prix des biens complémentaires | Si le complément devient plus cher, la demande du bien diminue | le carburant devient cher : demande de motos en baisse |
| Goûts et habitudes, publicité | Mode, préférences, campagnes | engouement pour un nouveau tissu |
| Population | Plus d'habitants : plus de demande | croissance de la population des villes minières |
| Saisons, fêtes, événements | Hausse ponctuelle | moutons à la Tabaski, fournitures à la rentrée scolaire |
| Anticipations | Crainte d'une hausse : achats anticipés | stockage de ciment avant une hausse annoncée |
Biens substituables : ils satisfont le même besoin et peuvent se remplacer (poisson et viande, gaz et charbon de bois). Biens complémentaires : ils s'utilisent ensemble (moto et carburant, téléphone et crédit de communication).
7. L'élasticité-prix de la demande
eP = Δ Q / QΔ P / P
Comme la quantité demandée varie en sens inverse du prix, cette élasticité est en général négative. On compare sa valeur absolue à 1 :
| Valeur absolue | Demande | Exemples | ||
|---|---|---|---|---|
| \( | e_P | > 1\) | élastique : les acheteurs réagissent fortement | biscuits, boissons sucrées, biens qui ont beaucoup de substituts |
| \( | e_P | < 1\) | inélastique (peu élastique) | sel, sucre, riz, médicaments, biens de première nécessité |
| \( | e_P | = 1\) | élasticité unitaire |
Exemple
Le prix du kilo de sucre passe de 12 000 GNF à 15 000 GNF. Les ventes hebdomadaires d'Aïssatou passent de 200 kg à 180 kg.
- Variation du prix : (15 000 - 12 000) / 12 000 = 3 000 / 12 000 = 0,25, soit +25 %.
- Variation de la quantité : (180 - 200) / 200 = -20 / 200 = -0,10, soit -10 %.
- Élasticité : e = -10 / 25 = -0,4.
- Interprétation : |e| = 0,4 < 1, la demande de sucre est inélastique. Une hausse de 1 % du prix ne fait baisser la quantité demandée que de 0,4 %.
- Conséquence sur la recette : avant, 200 × 12 000 = 2 400 000 GNF ; après, 180 × 15 000 = 2 700 000 GNF. La recette augmente de 300 000 GNF.
Conclusion : quand la demande est inélastique, une hausse de prix augmente la recette du vendeur.
Cette dernière remarque est très utile : si la demande est élastique, une hausse de prix fait baisser la recette totale (c'est ce qu'Aïssatou a vécu avec les biscuits).
8. L'élasticité-revenu de la demande
Elle mesure la réaction de la demande à une variation du revenu R :
eR = Δ Q / QΔ R / R
| Valeur | Type de bien | Exemple |
|---|---|---|
| eR < 0 | bien inférieur : on en achète moins quand on s'enrichit | produits de moindre qualité remplacés quand le revenu monte |
| 0 < eR < 1 | bien normal de première nécessité | riz, sel, savon |
| eR > 1 | bien supérieur (bien de luxe) | viande, électroménager, voyages |
Le statisticien allemand Ernst Engel a observé au XIXe siècle que, lorsque le revenu d'un ménage augmente, la part du revenu consacrée à l'alimentation diminue, même si la dépense alimentaire augmente en valeur : c'est la loi d'Engel.
Exemple
Le revenu mensuel d'un ménage de Boké passe de 2 000 000 GNF à 2 200 000 GNF. Ses achats de viande passent de 4 kg à 5 kg par mois.
- Variation du revenu : 200 000 / 2 000 000 = 0,10, soit +10 %.
- Variation de la quantité : (5 - 4) / 4 = 0,25, soit +25 %.
- Élasticité-revenu : e = 25 / 10 = 2,5.
- Interprétation : e > 1, la viande est ici un bien supérieur ; sa consommation augmente plus vite que le revenu.
Méthode
Pour calculer et interpréter une élasticité :
- Je calcule la variation relative de la quantité : (Q2 - Q1) / Q1.
- Je calcule la variation relative de la cause (prix ou revenu) : (P2 - P1) / P1 ou (R2 - R1) / R1.
- Je divise la première par la seconde, en gardant les signes.
- Je compare le résultat (ou sa valeur absolue pour l'élasticité-prix) à 0 et à 1.
- Je rédige : « Une hausse de 1 % du prix (ou du revenu) entraîne une variation de … % de la quantité demandée. »
3Je retiens
Je retiens
La demande est la quantité d'un bien que les acheteurs veulent et peuvent acheter à chaque prix, pendant une période donnée (demande solvable).
Loi de la demande : toutes choses égales par ailleurs, la quantité demandée varie en sens inverse du prix ; la courbe de demande est décroissante.
Exceptions : effet Veblen (ostentation), effet Giffen, anticipations, effet de qualité.
Variation du prix du bien : mouvement le long de la courbe. Variation du revenu, des prix des autres biens, des goûts, de la population : déplacement de la courbe.
Élasticité-prix : e = (ΔQ/Q) / (ΔP/P), en général négative ; |e| > 1 demande élastique, |e| < 1 demande inélastique.
Élasticité-revenu : e < 0 bien inférieur ; 0 < e < 1 bien de nécessité ; e > 1 bien supérieur.
Demande inélastique : une hausse du prix augmente la recette du vendeur.
4Erreurs fréquentes
- Confondre besoin et demande : un besoin sans pouvoir d'achat n'est pas une demande au sens économique.
- Dire que « la demande baisse » quand le prix du bien monte : c'est la quantité demandée qui baisse (mouvement le long de la courbe).
- Oublier le signe négatif de l'élasticité-prix, ou comparer -0,4 à 1 sans prendre la valeur absolue.
- Confondre biens substituables (qui se remplacent) et biens complémentaires (qui s'utilisent ensemble).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis la demande et explique l'expression « demande solvable ».
b) Énonce la loi de la demande.
c) Explique l'effet de substitution avec un exemple.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) La demande est la quantité d'un bien ou d'un service que les acheteurs sont disposés à acquérir à chaque prix, pendant une période donnée. Elle est solvable : l'acheteur veut le bien et possède le pouvoir d'achat pour le payer.
b) Toutes choses égales par ailleurs, la quantité demandée varie en sens inverse du prix.
c) Quand un bien devient plus cher, les consommateurs achètent à la place un bien qui satisfait le même besoin. Exemple : si le prix de la viande monte, des familles achètent davantage de poisson.
2Exercice 2
(Classer les biens) Dis si les biens sont substituables ou complémentaires : a) gaz butane et charbon de bois ; b) moto et casque ; c) riz local et riz importé ; d) téléphone et crédit de communication.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) substituables ; b) complémentaires ; c) substituables ; d) complémentaires.
3Exercice 3
(Mouvement ou déplacement ?) Marché des moutons à Conakry. Indique pour chaque cas l'effet sur la courbe de demande.
a) Le prix des moutons augmente.
b) La Tabaski approche.
c) Les revenus des ménages baissent.
d) Le prix des chèvres (substitut) augmente fortement.
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a) Mouvement le long de la courbe : la quantité demandée diminue.
b) Déplacement vers la droite : la demande augmente (fête).
c) Déplacement vers la gauche : la demande diminue.
d) Déplacement vers la droite : les acheteurs se reportent des chèvres vers les moutons.
4Exercice 4
(Élasticité-prix) Une vendeuse de jus de bissap baisse son prix de 5 000 GNF à 4 000 GNF la bouteille. Ses ventes quotidiennes passent de 40 à 60 bouteilles.
a) Calcule l'élasticité-prix de la demande.
b) La demande est-elle élastique ou inélastique ?
c) Calcule la recette avant et après. La baisse de prix était-elle une bonne décision ?
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a) Variation du prix : 4 000 - 5 0005 000 = -0,20, soit -20 %. Variation de la quantité : 60 - 4040 = 0,5, soit +50 %. Élasticité : eP = 50-20 = -2,5.
b) |eP| = 2,5 > 1 : la demande est élastique.
c) Avant : 40 × 5 000 = 200 000 GNF. Après : 60 × 4 000 = 240 000 GNF. La recette augmente de 40 000 GNF : la baisse de prix est une bonne décision pour la recette (il faut encore vérifier que le coût des 20 bouteilles supplémentaires reste inférieur à ce gain).
5Exercice 5
(Élasticité-revenu, type composition) Le revenu d'un ménage augmente de 20 %. Sa consommation de riz augmente de 5 %, celle de viande de 30 % et celle d'un produit de moindre qualité baisse de 10 %.
a) Calcule l'élasticité-revenu de chaque bien.
b) Classe chaque bien (inférieur, de nécessité, supérieur).
c) Relie ces résultats à la loi d'Engel.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Riz : 520 = 0,25. Viande : 3020 = 1,5. Produit de moindre qualité : -1020 = -0,5.
b) Riz : bien de nécessité (0 < e < 1). Viande : bien supérieur (e > 1). Produit de moindre qualité : bien inférieur (e < 0).
c) La loi d'Engel dit que la part du revenu consacrée à l'alimentation de base diminue quand le revenu augmente. Ici, la consommation de riz augmente beaucoup moins vite que le revenu (+5 % contre +20 %) : sa part dans le budget diminue, ce qui est conforme à la loi d'Engel.
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6Je vérifie
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