Leçon 5 sur 13
La formation du prix
Je sais expliquer comment se forme un prix en concurrence pure et parfaite, calculer un coût de revient, une marge et un seuil de rentabilité, et reconnaître les prix fixés par l'État.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 3 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Énoncer les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite
- Expliquer pourquoi, dans ce cadre, l'entreprise subit le prix du marché
- Calculer un coût de revient, un prix de vente avec marge et un seuil de rentabilité
- Distinguer taux de marge et taux de marque
- Présenter les prix administrés
Avant de commencer : La leçon « L'étude du marché (suite) » (équilibre de l'offre et de la demande) ; savoir calculer un pourcentage.
1Je découvre
Sékou vient d'ouvrir une petite boulangerie à Mamou. Pour fixer le prix de sa baguette, il a d'abord pensé : « Je vais additionner ce que me coûtent la farine, le bois, l'électricité, le loyer et mes deux employés, puis j'ajoute mon bénéfice. »
Mais son ami Alpha, qui vend du pain depuis dix ans dans le même quartier, le prévient : « Si ta baguette est plus chère que celle des trois autres boulangers, les clientes iront chez eux. Ici, c'est le quartier qui décide du prix, pas toi. »
Sékou est perplexe. D'un côté, il doit couvrir ses coûts pour ne pas perdre d'argent. De l'autre, il ne peut pas vendre plus cher que les autres. Et il a entendu dire que, pour certains produits comme le carburant, c'est l'État qui fixe le prix.
Qui fixe vraiment le prix d'un produit : le marché, le producteur ou l'État ? Et comment un producteur sait-il si son prix lui permet de gagner de l'argent ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce qu'un prix ?
Le prix est la quantité de monnaie qu'il faut donner pour obtenir une unité d'un bien ou d'un service. C'est l'expression monétaire de la valeur d'échange de ce bien. En Guinée, les prix s'expriment en francs guinéens (GNF).
On distingue plusieurs prix pour un même produit, selon l'étape de la chaîne commerciale :
- 1Prix au producteur : ce que le paysan ou l'usine reçoit
- 2Prix de gros : prix de vente du grossiste aux commerçants, par grandes quantités
- 3Prix de demi-gros : prix pour des quantités moyennes
- 4Prix de détail : prix payé par le consommateur final, à l'unité
Trois grandes façons de former un prix existent : par le marché (offre et demande), par l'entreprise (à partir de ses coûts, quand elle en a le pouvoir), par l'État (prix administrés).
2. Le prix fixé par le marché : la concurrence pure et parfaite
Les économistes ont construit un modèle de référence, la concurrence pure et parfaite (CPP). Elle suppose cinq conditions :
| Condition | Signification | Exemple ou limite en Guinée |
|---|---|---|
| Atomicité du marché | de très nombreux vendeurs et acheteurs, chacun trop petit pour influencer le prix | les nombreuses vendeuses de piment d'un grand marché |
| Homogénéité du produit | tous les vendeurs proposent un produit identique | le piment d'une vendeuse ressemble à celui de sa voisine |
| Libre entrée et sortie | chacun peut commencer ou arrêter l'activité sans obstacle | il suffit d'une place au marché ; mais il faut parfois un capital de départ |
| Transparence de l'information | tous connaissent les prix et la qualité | les clientes comparent en faisant le tour du marché |
| Mobilité des facteurs | le travail et le capital se déplacent librement vers les activités rentables | un maraîcher passe de la tomate à l'oignon |
Les deux premières conditions rendent la concurrence « pure » ; les trois dernières la rendent « parfaite ».
Conséquence majeure : en CPP, aucun vendeur ne peut fixer seul son prix. Si Sékou vend plus cher que le prix du marché, il perd tous ses clients ; s'il vend moins cher, il perd de l'argent inutilement puisqu'il pourrait vendre toute sa production au prix du marché. L'entreprise est preneuse de prix (en anglais price taker) : le prix est donné par la rencontre de l'offre et de la demande globales (leçon précédente). Elle ne décide que de la quantité qu'elle produit.
Ce modèle est un idéal théorique : dans la réalité, les conditions sont rarement toutes réunies. Mais il sert de référence pour juger les autres situations (leçon suivante sur la concurrence imparfaite).
3. Le point de vue de l'entreprise : les coûts
Même si elle subit le prix, l'entreprise doit connaître ses coûts pour savoir si elle gagne de l'argent.
- Les coûts fixes (CF) ne dépendent pas de la quantité produite : loyer, salaires des employés permanents, remboursement du four.
- Les coûts variables (CV) augmentent avec la quantité : farine, levure, bois, sel.
- Le coût total : CT = CF + CV.
- Le coût moyen (ou coût unitaire, coût de revient unitaire) : CM = CTQ.
- Le coût marginal : le coût supplémentaire de la dernière unité produite, Cm = Δ CTΔ Q.
Le coût de revient est l'ensemble des coûts supportés pour produire et vendre un bien : coût d'achat des matières, coût de production, frais de distribution.
Le bénéfice (ou profit) est la différence entre la recette totale et le coût total : B = RT - CT, avec RT = P × Q.
Exemple
La boulangerie de Sékou (exemple fictif). Coûts fixes mensuels : 6 000 000 GNF. Coût variable par baguette : 2 000 GNF. Prix du marché : 3 000 GNF. Production du mois : 10 000 baguettes.
- Coût variable total : 10 000 × 2 000 = 20 000 000 GNF.
- Coût total : 6 000 000 + 20 000 000 = 26 000 000 GNF.
- Coût moyen : 26 000 000 / 10 000 = 2 600 GNF par baguette.
- Recette totale : 10 000 × 3 000 = 30 000 000 GNF.
- Bénéfice : 30 000 000 - 26 000 000 = 4 000 000 GNF.
Conclusion : au prix du marché de 3 000 GNF, la boulangerie est rentable, car le prix dépasse le coût moyen de 400 GNF par baguette.
4. Le seuil de rentabilité
Chaque baguette vendue rapporte 3 000 - 2 000 = 1 000 GNF au-dessus de son coût variable : c'est la marge sur coût variable unitaire. Cette marge sert d'abord à payer les coûts fixes.
Le seuil de rentabilité est la quantité à partir de laquelle l'entreprise commence à faire un bénéfice (la recette couvre exactement le coût total) :
Qseuil = coûts fixesprix - coût variable unitaire
Pour Sékou : Qseuil = 6 000 0001 000 = 6 000 baguettes par mois. En dessous, il perd de l'argent ; au-dessus, il gagne.
5. Le prix fixé par l'entreprise : coût de revient plus marge
Quand l'entreprise a une certaine liberté (produit différent, clientèle fidèle, peu de concurrents) ou pour un commerçant, on fixe souvent le prix ainsi :
Prix de vente = coût de revient + marge
Deux taux sont utilisés et il ne faut pas les confondre :
- le taux de marge : margecoût d'achat (ou de revient) × 100 ;
- le taux de marque : margeprix de vente × 100.
Exemple
Mariama, commerçante à Kankan, achète un complément de tissu à 50 000 GNF. Transport et frais : 10 000 GNF. Elle veut une marge de 20 % de son coût de revient.
- Coût de revient : 50 000 + 10 000 = 60 000 GNF.
- Marge : 20 % de 60 000 = 0,20 × 60 000 = 12 000 GNF.
- Prix de vente : 60 000 + 12 000 = 72 000 GNF.
- Taux de marge : 12 000 / 60 000 × 100 = 20 %.
- Taux de marque : 12 000 / 72 000 × 100 ≈ 16,7 %.
Conclusion : la même marge de 12 000 GNF représente 20 % du coût mais seulement environ 16,7 % du prix de vente.
Méthode
Pour fixer un prix à partir des coûts :
- J'additionne tous les coûts : achat ou fabrication, transport, stockage, frais de vente.
- Je calcule le coût de revient unitaire.
- J'ajoute la marge (montant, ou pourcentage du coût de revient).
- Je compare le prix obtenu avec les prix des concurrents : si mon prix est plus élevé, je dois réduire mes coûts ou me différencier.
- Je calcule le seuil de rentabilité pour savoir combien je dois vendre.
6. Le prix fixé par l'État : les prix administrés
Un prix administré est un prix fixé ou encadré par les pouvoirs publics, et non par le libre jeu du marché. L'État peut :
- fixer un prix (prix plafond ou plancher, vus dans la leçon précédente) ;
- homologuer un prix : l'entreprise propose, l'administration accepte ou refuse ;
- encadrer les marges des commerçants ;
- subventionner un produit pour que son prix reste bas.
Les buts sont sociaux (protéger le pouvoir d'achat des ménages pour les produits de première nécessité), économiques (lutter contre l'inflation, soutenir les producteurs) ou liés à des services publics (eau, électricité, transports publics).
- Fixé par l'offre et la demande
- Varie librement selon la rareté
- Signal fiable de rareté
- Aucun coût pour le budget public
- Fixé ou encadré par l'État
- Stable, modifié par décision
- Signal faussé si éloigné de l'équilibre
- Peut coûter cher (subventions)
3Je retiens
Je retiens
Le prix est la quantité de monnaie donnée pour obtenir une unité d'un bien ; il se forme par le marché, par l'entreprise ou par l'État.
Concurrence pure et parfaite : atomicité, homogénéité, libre entrée et sortie, transparence, mobilité des facteurs. L'entreprise y est preneuse de prix.
CT = CF + CV ; coût moyen = CT / Q ; bénéfice = RT - CT, avec RT = P × Q.
Seuil de rentabilité = coûts fixes / (prix - coût variable unitaire).
Prix de vente = coût de revient + marge. Taux de marge = marge / coût × 100 ; taux de marque = marge / prix de vente × 100.
Prix administré : fixé, homologué ou encadré par l'État, pour des raisons sociales ou économiques.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'en concurrence pure et parfaite une entreprise peut fixer le prix qu'elle veut : elle subit le prix du marché et ne choisit que sa quantité.
- Confondre coût fixe et coût variable : le loyer ne change pas quand on produit plus, la farine si.
- Confondre taux de marge (sur le coût) et taux de marque (sur le prix de vente).
- Oublier les frais de transport et de stockage dans le coût de revient.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Cite et explique les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite.
b) Pourquoi dit-on que l'entreprise est « preneuse de prix » en CPP ?
c) Qu'est-ce qu'un prix administré ?
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a) Atomicité : beaucoup de vendeurs et d'acheteurs, aucun ne peut influencer le prix. Homogénéité : les produits sont identiques. Libre entrée et sortie : chacun peut commencer ou arrêter l'activité. Transparence : tout le monde connaît les prix et la qualité. Mobilité des facteurs : le travail et le capital se déplacent vers les activités les plus rentables.
b) Parce qu'elle est trop petite pour influencer le prix : si elle vend plus cher, les clients vont chez les concurrents qui vendent un produit identique ; le prix lui est donné par le marché.
c) C'est un prix fixé, homologué ou encadré par l'État au lieu d'être déterminé librement par l'offre et la demande.
2Exercice 2
(Coûts fixes ou variables) Classe les dépenses d'un atelier de couture de Faranah : loyer ; tissu ; fil et boutons ; salaire mensuel de l'apprenti permanent ; électricité des machines ; remboursement mensuel d'un crédit pour les machines.
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Coûts fixes : loyer, salaire de l'apprenti permanent, remboursement du crédit. Coûts variables : tissu, fil et boutons, électricité des machines (elle augmente avec le temps de couture).
3Exercice 3
(Coût de revient et marge) Un commerçant achète un sac de 50 kg d'oignons à 400 000 GNF. Il paie 50 000 GNF de transport et 30 000 GNF de frais divers. Il veut une marge de 25 % sur son coût de revient.
a) Calcule le coût de revient.
b) Calcule la marge et le prix de vente du sac.
c) Calcule le taux de marque.
d) S'il revend au kilo, quel doit être le prix d'un kilo ?
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a) Coût de revient : 400 000 + 50 000 + 30 000 = 480 000 GNF.
b) Marge : 0,25 × 480 000 = 120 000 GNF. Prix de vente : 480 000 + 120 000 = 600 000 GNF.
c) Taux de marque : 120 000600 000 × 100 = 20 \%.
d) Prix du kilo : 600 00050 = 12 000 GNF.
4Exercice 4
(Seuil de rentabilité) Une productrice de savon a des coûts fixes mensuels de 3 000 000 GNF. Chaque savon lui coûte 1 500 GNF en matières et le prix du marché est de 2 500 GNF.
a) Calcule la marge sur coût variable par savon.
b) Calcule le seuil de rentabilité.
c) Elle vend 4 000 savons ce mois-ci. Calcule son bénéfice.
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a) Marge sur coût variable : 2 500 - 1 500 = 1 000 GNF par savon.
b) Seuil de rentabilité : 3 000 0001 000 = 3 000 savons par mois.
c) Recette : 4 000 × 2 500 = 10 000 000 GNF. Coût total : 3 000 000 + 4 000 × 1 500 = 3 000 000 + 6 000 000 = 9 000 000 GNF. Bénéfice : 10 000 000 - 9 000 000 = 1 000 000 GNF. Vérification : elle vend 1 000 savons au-delà du seuil, chacun rapportant 1 000 GNF de marge, soit 1 000 000 GNF.
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type composition) En une quinzaine de lignes, explique comment se forme le prix dans une économie de marché. Plan : 1. le prix fixé par le marché (CPP) ; 2. le prix fixé à partir des coûts ; 3. le prix fixé par l'État.
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Exemple de rédaction :
Dans une économie de marché, le prix d'un bien se forme de plusieurs façons.
D'abord, sur un marché proche de la concurrence pure et parfaite, où de nombreux vendeurs proposent des produits identiques et où l'information circule, le prix résulte de la rencontre de l'offre et de la demande globales. Chaque vendeur, trop petit pour agir sur le prix, le subit : il ne choisit que la quantité qu'il vend. C'est le cas des vendeuses de légumes d'un grand marché.
Ensuite, lorsque l'entreprise a une certaine liberté, elle fixe son prix à partir de ses coûts : elle calcule son coût de revient (achat, production, transport, frais divers) et ajoute une marge. Elle vérifie aussi son seuil de rentabilité et compare son prix à celui des concurrents.
Enfin, l'État peut fixer ou encadrer certains prix, comme ceux des carburants ou des produits de première nécessité, pour protéger le pouvoir d'achat ou soutenir les producteurs. Ces prix administrés peuvent cependant créer des pénuries ou peser sur le budget public.
Ainsi, le prix résulte d'un équilibre entre les forces du marché, les coûts des producteurs et l'action de l'État.
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6Je vérifie
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