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Économie · 12e SS

Leçon 6 sur 13

La concurrence imparfaite

Je sais reconnaître les différentes formes de concurrence imparfaite (monopole, oligopole, concurrence monopolistique, monopsone), expliquer comment les entreprises y fixent leurs prix et en mesurer les conséquences pour les consommateurs.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la concurrence imparfaite et classer les structures de marché selon le nombre d'offreurs et de demandeurs
  • Expliquer les causes et le comportement du monopole
  • Décrire l'oligopole et l'interdépendance des entreprises
  • Définir la concurrence monopolistique et la différenciation des produits
  • Comparer, avec un calcul simple, le prix de monopole et le prix de concurrence

Avant de commencer : La leçon « La formation du prix » (conditions de la concurrence pure et parfaite, coûts, bénéfice).

1Je découvre

Lansana habite une préfecture de Guinée forestière. Au marché, il a le choix entre des dizaines de vendeuses de riz, et les prix changent à peine d'un étal à l'autre. Mais pour l'électricité, il n'a pas le choix : une seule entreprise distribue le courant dans sa ville. Pour téléphoner, il n'a le choix qu'entre quelques opérateurs, qui baissent souvent leurs tarifs en même temps. Et pour se faire coiffer, il y a beaucoup de salons, mais chacun a son style et ses fidèles, si bien que les prix ne sont pas tout à fait les mêmes.

Dans la leçon précédente, Lansana a appris les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite. Il constate qu'elles ne sont presque jamais toutes réunies dans la vie réelle.

Que se passe-t-il quand les conditions de la concurrence parfaite ne sont pas respectées ? Comment les entreprises fixent-elles alors leurs prix, et qui y gagne ?

2Je comprends

1. Définition et classement des marchés

La concurrence imparfaite désigne toute situation de marché dans laquelle au moins une des conditions de la concurrence pure et parfaite n'est pas remplie. Le plus souvent, c'est l'atomicité (il y a peu de vendeurs ou peu d'acheteurs) ou l'homogénéité (les produits sont différents) qui manque.

L'économiste allemand Heinrich von Stackelberg a proposé de classer les marchés selon le nombre d'offreurs et de demandeurs :

Demandeurs \ OffreursUn seulQuelques-unsUn grand nombre
Un seulmonopole bilatéralmonopsone contrariémonopsone
Quelques-unsmonopole contrariéoligopole bilatéraloligopsone
Un grand nombremonopoleoligopoleconcurrence (atomicité)

Dans la vie courante, la situation la plus fréquente est celle de nombreux acheteurs (dernière ligne) face à un, quelques-uns ou beaucoup de vendeurs.

2. Le monopole

Il y a monopole lorsqu'une seule entreprise offre un bien ou un service sans substitut proche, face à de nombreux acheteurs.

Les causes du monopole :

  • monopole légal : la loi réserve l'activité à une entreprise (souvent publique) ;
  • monopole naturel : les coûts d'installation sont si élevés (réseaux d'eau, d'électricité, voies ferrées) qu'il serait absurde d'en construire plusieurs ; une seule entreprise produit moins cher que plusieurs ;
  • monopole technique : un brevet protège une invention pendant une durée limitée ;
  • contrôle d'une ressource rare : l'entreprise possède seule une matière première ou un site ;
  • monopole de fait : l'entreprise a éliminé ou racheté ses concurrents.

Le comportement du monopole. Contrairement à l'entreprise en concurrence parfaite, le monopoleur est faiseur de prix (price maker) : il choisit son prix. Mais il ne peut pas choisir à la fois le prix et la quantité vendue, car il reste soumis à la courbe de demande : s'il monte son prix, il vend moins. Il cherche la combinaison qui lui rapporte le bénéfice maximum.

Exemple

Un monopole (exemple fictif) fait face à la demande P = 20 - Q (P en milliers de GNF, Q en centaines d'unités). Chaque unité lui coûte 4 000 GNF à produire (coût unitaire constant, pas de coût fixe).

On calcule le bénéfice B = RT - CT, avec RT = P × Q et CT = 4 × Q :

Q = 4 : P = 16 ; RT = 64 ; CT = 16 ; B = 48.

Q = 6 : P = 14 ; RT = 84 ; CT = 24 ; B = 60.

Q = 8 : P = 12 ; RT = 96 ; CT = 32 ; B = 64.

Q = 10 : P = 10 ; RT = 100 ; CT = 40 ; B = 60.

Q = 12 : P = 8 ; RT = 96 ; CT = 48 ; B = 48.

  1. Le bénéfice est maximal pour Q = 8 : le monopole vend 800 unités à 12 000 GNF.
  2. En concurrence parfaite, la concurrence ferait baisser le prix jusqu'au coût, soit 4 000 GNF ; la quantité serait Q = 20 - 4 = 16, soit 1 600 unités.

Conclusion : le monopole vend deux fois moins, trois fois plus cher, et réalise un bénéfice de 64 × 100 000 = 6 400 000 GNF que la concurrence aurait fait disparaître.

0246810121416182002468101214161820MCy = 20 − xy = 4
Demande y = 20 - x et coût unitaire y = 4. M : choix du monopole (800 unités à 12 000 GNF). C : résultat de la concurrence (1 600 unités à 4 000 GNF).

Le monopoleur peut aussi pratiquer la discrimination par les prix : vendre le même produit à des prix différents selon les clients (tarifs différents selon les heures, les catégories de clients ou les régions).

Conséquences du monopole : prix plus élevé, quantités plus faibles, choix réduit, moins d'incitation à innover et à améliorer la qualité. Mais le monopole naturel peut produire moins cher grâce aux économies d'échelle, et le brevet récompense l'innovation. C'est pourquoi l'État réglemente les monopoles (contrôle des tarifs) ou les confie à des entreprises publiques.

3. L'oligopole

L'oligopole est un marché où un petit nombre de vendeurs fait face à un grand nombre d'acheteurs. Quand il n'y a que deux vendeurs, on parle de duopole. Exemples : téléphonie mobile, cimenteries, grandes compagnies minières, banques.

Le trait essentiel de l'oligopole est l'interdépendance : chaque entreprise doit tenir compte des réactions de ses concurrents. Si l'une baisse ses prix, les autres risquent de la suivre pour ne pas perdre leurs clients. Plusieurs comportements sont possibles :

  • la guerre des prix : les entreprises baissent leurs prix pour éliminer les autres ; les consommateurs en profitent à court terme, mais les plus faibles peuvent disparaître ;
  • la rigidité des prix : craignant la guerre des prix, chacune évite de changer ses tarifs et préfère la concurrence par la publicité, les services, les promotions ;
  • la firme dominante (ou prix directeur) : la plus grande entreprise fixe le prix, les autres s'alignent ;
  • l'entente : les entreprises s'accordent secrètement sur les prix ou se partagent le marché (voir la leçon sur les cartels et les ententes). Elle est en général interdite.

4. La concurrence monopolistique

La concurrence monopolistique, étudiée par l'Américain Edward Chamberlin dans les années 1930, décrit un marché où il y a beaucoup de vendeurs, mais où chacun propose un produit légèrement différent de celui des autres. C'est la condition d'homogénéité qui manque.

Chaque vendeur crée ainsi un petit « monopole » sur sa propre version du produit, grâce à la différenciation :

  • la marque et l'emballage ;
  • la qualité, le goût, le style (le salon de coiffure qui maîtrise une coiffure particulière) ;
  • la localisation (la boutique du coin, plus proche) ;
  • le service : accueil, crédit accordé aux clients fidèles, livraison.

Le vendeur peut donc fixer un prix un peu plus élevé sans perdre tous ses clients. Mais comme l'entrée sur le marché est libre, de nouveaux concurrents arrivent dès que l'activité est rentable, ce qui limite les bénéfices à long terme. C'est la situation de nombreux restaurants, ateliers de couture, salons de coiffure, boulangeries de quartier.

5. Du côté des acheteurs : monopsone et oligopsone

La concurrence peut aussi être imparfaite côté demande.

  • Monopsone : un seul acheteur face à de nombreux vendeurs. L'acheteur peut imposer un prix bas. Exemple : une seule usine qui achète toute la production de fruits d'une région, ou le seul grand employeur d'une ville minière face aux travailleurs.
  • Oligopsone : quelques acheteurs face à de nombreux vendeurs. Exemple : quelques grands exportateurs qui achètent le café ou le cacao de milliers de petits planteurs de Guinée forestière.
  • Monopole bilatéral : un seul vendeur face à un seul acheteur ; le prix dépend alors d'une négociation (rapport de force).
Concurrence pure et parfaite
  • Très nombreux vendeurs
  • Produit identique
  • Entreprise preneuse de prix
  • Prix bas, proche du coût
  • Bénéfice nul à long terme
Monopole
  • Un seul vendeur
  • Produit sans substitut proche
  • Entreprise faiseuse de prix
  • Prix plus élevé que le coût
  • Bénéfice durable si l'entrée est bloquée
Les deux cas extrêmes ; l'oligopole et la concurrence monopolistique se situent entre les deux.

Méthode

Pour identifier une structure de marché :

  1. Je compte les vendeurs : un seul, quelques-uns, beaucoup.
  2. Je compte les acheteurs de la même façon.
  3. Je regarde si le produit est identique ou différencié.
  4. Je vérifie si l'entrée sur le marché est libre ou bloquée (coûts, loi, brevet).
  5. Je nomme la structure et j'en déduis qui a le pouvoir de fixer le prix.

3Je retiens

Je retiens

Concurrence imparfaite : au moins une condition de la CPP manque (surtout l'atomicité ou l'homogénéité).

Monopole : un seul vendeur, nombreux acheteurs ; il est faiseur de prix mais reste contraint par la demande.

Causes du monopole : loi, monopole naturel (réseaux), brevet, ressource rare, élimination des concurrents.

Le monopole vend plus cher et en plus petite quantité que ne le ferait la concurrence.

Oligopole : quelques vendeurs interdépendants ; guerre des prix, prix directeur, rigidité ou entente. Duopole : deux vendeurs.

Concurrence monopolistique (Chamberlin) : beaucoup de vendeurs, produits différenciés (marque, qualité, lieu, service).

Monopsone : un seul acheteur ; oligopsone : quelques acheteurs ; monopole bilatéral : un vendeur face à un acheteur.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que le monopole peut fixer à la fois le prix et la quantité vendue : s'il monte son prix, la demande diminue.
  • Confondre monopole (un vendeur) et monopsone (un acheteur).
  • Penser que l'oligopole implique forcément une entente : l'entente est une possibilité, souvent interdite, pas une règle.
  • Classer un marché de nombreux vendeurs aux produits différenciés en concurrence parfaite : c'est de la concurrence monopolistique.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis la concurrence imparfaite.

b) Cite trois causes possibles d'un monopole.

c) Qu'est-ce que l'interdépendance dans un oligopole ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) La concurrence imparfaite est une situation de marché où au moins une des conditions de la concurrence pure et parfaite (atomicité, homogénéité, libre entrée, transparence, mobilité des facteurs) n'est pas remplie.

b) Une loi qui réserve l'activité à une entreprise ; des coûts d'installation très élevés (monopole naturel, réseaux) ; un brevet ; le contrôle d'une ressource rare.

c) Chaque entreprise doit tenir compte des décisions et des réactions de ses quelques concurrents : ce que l'une fait (baisse de prix, publicité) modifie la situation des autres.

2Exercice 2

(Identifier la structure) Nomme la structure de marché dans chaque cas.

a) Une seule entreprise distribue l'eau courante dans une ville.

b) Trois cimenteries approvisionnent tout le pays.

c) Des centaines de restaurants proposent chacun leurs propres plats.

d) Une seule usine achète la production de mangues de milliers de producteurs.

e) Des milliers de vendeuses proposent le même gombo sur un grand marché.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) monopole (naturel) ; b) oligopole ; c) concurrence monopolistique ; d) monopsone ; e) concurrence (proche de la concurrence pure et parfaite).

3Exercice 3

(Calcul, monopole) Un monopole fait face à la demande P = 30 - Q (P en milliers de GNF, Q en centaines d'unités). Son coût unitaire est constant et égal à 10 000 GNF.

a) Recopie et complète le tableau pour Q = 6, 8, 10, 12, 14 : prix, recette totale, coût total, bénéfice.

b) Quelle quantité et quel prix choisit le monopole ?

c) Quels seraient le prix et la quantité si le prix était égal au coût unitaire, comme en concurrence ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Avec P = 30 - Q, RT = P × Q, CT = 10 × Q et B = RT - CT (en centaines de milliers de GNF) :

Q68101214
P2422201816
RT144176200216224
CT6080100120140
B84961009684

b) Le bénéfice est maximal (100) pour Q = 10 : le monopole vend 1 000 unités à 20 000 GNF. Son bénéfice vaut 100 × 100 000 = 10 000 000 GNF.

c) Si P = 10 : Q = 30 - 10 = 20, soit 2 000 unités à 10 000 GNF. La concurrence donnerait un prix deux fois plus bas et une quantité deux fois plus grande.

4Exercice 4

(Réflexion) Explique pourquoi un salon de coiffure peut vendre un peu plus cher que ses voisins sans perdre tous ses clients, puis pourquoi cet avantage risque de ne pas durer.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Le salon est en concurrence monopolistique : il propose un service différencié (style de coiffure, accueil, proximité, clientèle fidèle). Ses clients ne le considèrent pas comme parfaitement remplaçable ; il peut donc monter un peu son prix sans les perdre tous. Mais l'entrée sur le marché est libre : si ce salon gagne bien sa vie, d'autres coiffeurs s'installent, imitent son style et attirent une partie de ses clients. Son avantage et son bénéfice diminuent à long terme.

5Exercice 5

(Analyse, type composition) « L'État a raison de réglementer les monopoles, mais il ne doit pas forcément les supprimer. » Discute cette affirmation en une quinzaine de lignes, en donnant les inconvénients et les avantages possibles du monopole.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

Le monopole présente de réels inconvénients. Seul vendeur, il est faiseur de prix : il vend plus cher et en plus petite quantité qu'en situation de concurrence, comme le montre le calcul d'un monopole qui maximise son bénéfice. Les consommateurs n'ont pas le choix et l'entreprise est peu poussée à améliorer la qualité ou à innover. Il est donc légitime que l'État contrôle ses tarifs et la qualité de ses services.

Cependant, le supprimer n'est pas toujours souhaitable. Dans certains secteurs, comme la distribution d'eau ou d'électricité, les réseaux coûtent si cher qu'une seule entreprise produit à moindre coût : c'est un monopole naturel, et multiplier les réseaux serait un gaspillage. De même, le brevet accorde un monopole temporaire qui récompense l'inventeur et encourage la recherche.

Ainsi, l'État doit surtout encadrer les monopoles : fixer ou contrôler leurs tarifs, exiger une qualité de service, limiter la durée des brevets et empêcher les monopoles de fait obtenus en éliminant les concurrents.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Un marché avec un seul vendeur et de nombreux acheteurs est :
Voir la réponse

Réponse A : un monopole. Mono = un seul ; le monopsone désigne un seul acheteur.

2La caractéristique principale de l'oligopole est :
Voir la réponse

Réponse B : l'interdépendance des quelques entreprises. Chaque entreprise surveille et anticipe les réactions de ses concurrentes.

3Par rapport à la concurrence parfaite, le monopole pratique en général :
Voir la réponse

Réponse B : un prix plus élevé et une quantité plus faible. Il limite la quantité pour vendre plus cher et maximiser son bénéfice.

4La concurrence monopolistique repose surtout sur :
Voir la réponse

Réponse C : la différenciation des produits entre de nombreux vendeurs. Chaque vendeur se distingue par sa marque, sa qualité, son lieu ou son service.

5Un réseau de distribution d'électricité est souvent un :
Voir la réponse

Réponse B : monopole naturel. Le coût du réseau est si élevé qu'une seule entreprise produit à moindre coût.

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