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Économie · 12e SS

Leçon 10 sur 13

Étude sommaire du budget de l'État

Je sais définir le budget de l'État et la loi de finances, énoncer les grands principes budgétaires, décrire les étapes de la vie du budget et calculer le solde budgétaire.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir le budget de l'État et les différentes lois de finances
  • Énoncer et expliquer les principes budgétaires
  • Décrire le cycle budgétaire : préparation, vote, exécution, contrôle
  • Calculer et interpréter un solde budgétaire
  • Présenter les grandes fonctions économiques du budget

Avant de commencer : La leçon « Les mécanismes de l'économie de marché » (rôle de l'État) ; savoir calculer un pourcentage.

1Je découvre

Chaque fin d'année, Mamadou entend à la radio : « Les représentants du peuple ont adopté la loi de finances pour l'année prochaine. » Les journalistes parlent de milliers de milliards de francs guinéens, de recettes minières, de dépenses d'investissement, de déficit.

À la maison, sa mère Kadiatou tient aussi un budget : chaque mois, elle note ce qu'elle gagne avec son commerce de pagnes et ce qu'elle doit dépenser (nourriture, loyer, frais de scolarité, transport). Quand les dépenses dépassent les recettes, elle doit emprunter à une tontine ou reporter un achat.

Mamadou se demande : le budget de l'État est-il la même chose qu'un budget familial, en beaucoup plus grand ? Qui décide de ce que l'État va dépenser pour les écoles, les routes ou les hôpitaux ? Qui vérifie que l'argent a été bien utilisé ? Et pourquoi l'État peut-il dépenser plus qu'il ne reçoit ?

Qu'est-ce que le budget de l'État, selon quelles règles est-il préparé, voté, exécuté et contrôlé, et à quoi sert-il dans l'économie ?

2Je comprends

1. Définitions

Le budget de l'État est l'acte par lequel sont prévues et autorisées, pour une année, l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État.

Deux mots sont importants :

  • prévues : le budget est une prévision chiffrée ; il annonce combien l'État pense recevoir et dépenser ;
  • autorisées : le budget est aussi une autorisation donnée par les représentants du peuple. Le gouvernement n'a pas le droit de prélever des impôts ni d'engager des dépenses sans cette autorisation. C'est un principe démocratique ancien : les citoyens, par leurs représentants, consentent à l'impôt.

Le budget prend la forme d'une loi de finances. On distingue :

  • la loi de finances initiale (LFI) : votée avant le début de l'année, elle fixe le budget de l'année ;
  • la loi de finances rectificative (LFR) : votée en cours d'année, elle modifie la loi initiale lorsque la situation change (baisse des recettes minières, dépenses imprévues) ;
  • la loi de règlement : votée après la fin de l'année, elle constate les résultats réels (ce qui a été effectivement encaissé et dépensé) et les compare aux prévisions.

En Guinée, l'année budgétaire correspond à l'année civile : du 1er janvier au 31 décembre.

2. Les principes budgétaires

Pour que le budget soit clair et contrôlable, il obéit à des règles appelées principes budgétaires.

PrincipeSignificationPourquoi ?
Annualitéle budget est voté pour une annéepermettre un contrôle régulier par les représentants du peuple
Unitétoutes les recettes et dépenses figurent dans un document uniqueavoir une vue d'ensemble, éviter les « caisses cachées »
Universalitétoutes les recettes et toutes les dépenses sont inscrites pour leur montant total, sans compensation ; les recettes ne sont pas affectées à une dépense précisetout voir, et laisser le choix de l'utilisation des recettes au vote
Spécialitéles crédits sont votés pour un objet précis (par ministère, par programme)empêcher le gouvernement d'utiliser pour autre chose l'argent voté pour les écoles
Équilibreles recettes doivent couvrir les dépenses, ou le déficit doit être maîtrisé et financééviter un endettement excessif
Sincéritéles prévisions doivent être honnêtes, sans sous-estimer les dépenses ni gonfler les recettesque le vote porte sur des chiffres réalistes

La règle de non-compensation (partie de l'universalité) interdit par exemple d'inscrire seulement le « bénéfice » d'une activité : on inscrit toutes les recettes d'un côté et toutes les dépenses de l'autre. La règle de non-affectation veut que l'ensemble des recettes serve à payer l'ensemble des dépenses. Des exceptions existent, prévues par la loi (fonds spéciaux, comptes particuliers).

3. Le cycle budgétaire

La vie d'un budget passe par quatre grandes étapes.

  1. 1Préparation : le ministère chargé des Finances et du Budget rassemble les demandes des ministères, prévoit les recettes et arbitre
  2. 2Adoption : le gouvernement dépose le projet de loi de finances ; les représentants du peuple l'examinent, l'amendent et le votent
  3. 3Exécution : pendant l'année, les ordonnateurs engagent les dépenses et les comptables publics encaissent et paient
  4. 4Contrôle : contrôles administratifs, contrôle de la Cour des comptes et vote de la loi de règlement
Les quatre étapes de la vie du budget de l'État.

a) La préparation relève du pouvoir exécutif. Plusieurs mois à l'avance, le ministère chargé des finances et du budget fixe un cadrage (prévisions de croissance, de recettes), puis chaque ministère exprime ses besoins. Comme les demandes dépassent toujours les ressources, des arbitrages sont rendus par le gouvernement. Le résultat est le projet de loi de finances.

b) L'adoption relève du pouvoir législatif : l'Assemblée nationale (ou, pendant une période de transition, l'organe législatif de transition) examine le projet en commission, discute, peut proposer des amendements et vote la loi de finances. Elle est ensuite promulguée et publiée.

c) L'exécution repose sur une règle essentielle : la séparation des ordonnateurs et des comptables.

  • L'ordonnateur (un ministre ou un responsable désigné) décide la dépense : il l'engage (commande), vérifie le service fait et ordonne le paiement.
  • Le comptable public (au Trésor public) manie l'argent : il vérifie la régularité de la dépense et effectue le paiement ; il encaisse aussi les recettes.

Celui qui décide ne paie pas, et celui qui paie ne décide pas : cette séparation limite les fraudes.

d) Le contrôle s'exerce à trois niveaux :

  • administratif : par les services d'inspection et de contrôle financier, pendant l'exécution ;
  • juridictionnel : par la Cour des comptes, qui juge les comptes des comptables publics et contrôle la bonne gestion ;
  • politique : par les représentants du peuple, qui votent la loi de règlement et peuvent interroger le gouvernement.

4. Le solde budgétaire

Le solde budgétaire est la différence entre les recettes et les dépenses de l'État :

Solde budgétaire = recettes - dépenses

  • Solde positif : excédent budgétaire.
  • Solde nul : budget équilibré.
  • Solde négatif : déficit budgétaire.

Pour comparer des pays ou des années, on exprime souvent le solde en pourcentage du PIB (la richesse produite dans le pays en un an) :

Solde en \% du PIB = soldePIB × 100

Exemple

Un pays (exemple fictif) prévoit pour l'année : recettes de 30 000 milliards de GNF, dépenses de 33 000 milliards de GNF. Son PIB est estimé à 150 000 milliards de GNF.

  1. Solde : 30 000 - 33 000 = -3 000 milliards de GNF. C'est un déficit.
  2. Part des dépenses non couvertes par les recettes : 3 000 / 33 000 × 100 ≈ 9,1 %.
  3. Solde en % du PIB : -3 000 / 150 000 × 100 = -2 %.

Conclusion : l'État doit trouver 3 000 milliards de GNF pour financer ce déficit (emprunts, dons), ce qui représente 2 % du PIB.

Un déficit se finance par l'emprunt (intérieur ou extérieur), par des dons de partenaires, ou en utilisant des réserves. Des déficits répétés font grossir la dette publique, dont il faudra payer les intérêts dans les budgets suivants.

Méthode

Pour calculer et interpréter un solde budgétaire :

  1. Je fais le total des recettes et le total des dépenses, dans la même unité.
  2. Je calcule le solde : recettes - dépenses.
  3. Je nomme le résultat : excédent, équilibre ou déficit.
  4. Je le rapporte au PIB (ou aux dépenses) pour mesurer son importance.
  5. J'indique comment le déficit sera financé ou comment l'excédent pourra être utilisé.

5. Budget de l'État et budget familial

Budget d'une famille
  • On part des recettes pour fixer les dépenses
  • Décidé par la famille seule
  • Emprunt limité et difficile
  • Aucun effet sur l'économie du pays
Budget de l'État
  • On part souvent des besoins et des choix politiques, puis on cherche les recettes
  • Préparé par le gouvernement, voté par les représentants du peuple
  • Emprunt possible sur de longues durées
  • Effet important sur l'activité, l'emploi et les prix
Le budget de l'État ressemble à un budget familial, mais il obéit à d'autres règles et a un poids économique.

6. Les fonctions économiques du budget

L'économiste américain Richard Musgrave a distingué trois grandes fonctions de l'action budgétaire de l'État :

  • la fonction d'allocation : fournir des biens et services que le marché produit mal ou pas du tout (routes, écoles, santé publique, sécurité, justice) ;
  • la fonction de redistribution : réduire les inégalités par les impôts et les dépenses sociales (gratuité de certains soins, bourses, aides aux plus pauvres) ;
  • la fonction de stabilisation : agir sur la conjoncture. En période de ralentissement, l'État peut augmenter ses dépenses ou baisser les impôts pour soutenir l'activité, quitte à accepter un déficit (idée défendue par John Maynard Keynes dans les années 1930) ; en période de surchauffe, il peut freiner ses dépenses.

Ainsi, le budget n'est pas seulement un document comptable : c'est l'instrument principal de la politique économique de l'État, qu'on appelle la politique budgétaire.

Exemple

Question : « Pourquoi le budget de l'État est-il à la fois un acte de prévision et un acte d'autorisation ? »

Réponse rédigée : Le budget est un acte de prévision, car il chiffre à l'avance, pour une année, les recettes que l'État pense encaisser (impôts, droits de douane, recettes minières) et les dépenses qu'il compte réaliser (salaires, investissements, dette). Il est aussi un acte d'autorisation, car le gouvernement ne peut ni lever l'impôt ni engager des dépenses sans l'accord des représentants du peuple, qui votent la loi de finances. Cette double nature permet à la fois une bonne gestion et un contrôle démocratique de l'argent public.

3Je retiens

Je retiens

Le budget de l'État est l'acte qui prévoit et autorise, pour une année, toutes les recettes et dépenses de l'État ; il prend la forme d'une loi de finances.

Loi de finances initiale (avant l'année), rectificative (en cours d'année), loi de règlement (après l'année, résultats réels).

Principes : annualité, unité, universalité (non-compensation, non-affectation), spécialité, équilibre, sincérité.

Cycle : préparation (exécutif), adoption (législatif), exécution (ordonnateurs et comptables séparés), contrôle (administratif, Cour des comptes, parlement).

Solde budgétaire = recettes - dépenses : excédent, équilibre ou déficit ; souvent exprimé en % du PIB.

Fonctions du budget (Musgrave) : allocation, redistribution, stabilisation.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que le budget est seulement une prévision : c'est aussi une autorisation votée, sans laquelle l'État ne peut ni lever l'impôt ni dépenser.
  • Confondre ordonnateur (qui décide la dépense) et comptable public (qui paie) : leur séparation est une garantie contre la fraude.
  • Confondre déficit budgétaire (sur une année) et dette publique (somme accumulée des emprunts non remboursés).
  • Inverser le calcul du solde : c'est recettes moins dépenses, et un résultat négatif signifie un déficit.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis le budget de l'État.

b) Quelle est la différence entre une loi de finances initiale et une loi de règlement ?

c) Qui prépare le budget ? Qui le vote ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le budget de l'État est l'acte par lequel sont prévues et autorisées, pour une année, l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État.

b) La loi de finances initiale est votée avant le début de l'année et fixe les prévisions ; la loi de règlement est votée après la fin de l'année et constate les recettes et les dépenses réellement exécutées.

c) Le budget est préparé par le pouvoir exécutif (le gouvernement, sous la conduite du ministère chargé des finances et du budget) ; il est voté par le pouvoir législatif (les représentants du peuple).

2Exercice 2

(Principes budgétaires) Nomme le principe budgétaire concerné.

a) Le budget est voté pour la période du 1er janvier au 31 décembre.

b) Les crédits votés pour la santé ne peuvent pas être utilisés pour acheter des véhicules à un autre ministère.

c) Toutes les recettes et dépenses sont présentées dans un document unique.

d) Les prévisions de recettes ne doivent pas être volontairement gonflées.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) annualité ; b) spécialité ; c) unité ; d) sincérité.

3Exercice 3

(Calcul) Un État (exemple fictif) prévoit des recettes de 24 000 milliards de GNF et des dépenses de 27 600 milliards de GNF. Son PIB est de 180 000 milliards de GNF.

a) Calcule le solde budgétaire et nomme-le.

b) Calcule ce solde en pourcentage du PIB.

c) Calcule le pourcentage des dépenses couvert par les recettes.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Solde = 24 000 - 27 600 = -3 600 milliards de GNF : c'est un déficit budgétaire.

b) -3 600180 000 × 100 = -2 \% du PIB.

c) 24 00027 600 × 100 ≈ 87 \%. Les recettes couvrent environ 87 % des dépenses ; les 13 % restants doivent être financés par l'emprunt ou des dons.

4Exercice 4

(Cycle budgétaire) Range dans l'ordre et associe chaque étape à l'acteur principal : vote de la loi de finances ; paiement des dépenses par le Trésor public ; arbitrages entre les ministères ; jugement des comptes par la Cour des comptes.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  1. Arbitrages entre les ministères : le gouvernement (pouvoir exécutif), lors de la préparation.
  2. Vote de la loi de finances : les représentants du peuple (pouvoir législatif).
  3. Paiement des dépenses : le comptable public du Trésor, lors de l'exécution.
  4. Jugement des comptes : la Cour des comptes, lors du contrôle.

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type composition) En une quinzaine de lignes, présente le budget de l'État : définition, principes, étapes et fonctions économiques.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

Le budget de l'État est l'acte par lequel sont prévues et autorisées, pour une année, toutes les recettes et les dépenses de l'État. Il prend la forme d'une loi de finances : loi initiale avant l'année, lois rectificatives en cours d'année et loi de règlement après l'année.

Il obéit à des principes qui garantissent sa clarté : l'annualité (vote chaque année), l'unité (un document unique), l'universalité (toutes les recettes et toutes les dépenses, sans compensation), la spécialité (crédits votés pour un objet précis), l'équilibre et la sincérité.

Sa vie comporte quatre étapes : la préparation par le gouvernement, l'adoption par les représentants du peuple, l'exécution par des ordonnateurs qui décident et des comptables qui paient, puis le contrôle administratif, juridictionnel (Cour des comptes) et politique.

Enfin, le budget est un outil de politique économique : il permet de financer les services publics (allocation), de réduire les inégalités (redistribution) et de soutenir ou freiner l'activité (stabilisation). Bien géré, il est au service du développement du pays.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le budget de l'État est voté :
Voir la réponse

Réponse B : par les représentants du peuple. Le vote par l'organe législatif est une autorisation démocratique.

2Le principe de spécialité signifie que :
Voir la réponse

Réponse B : les crédits sont votés pour un objet précis. On ne peut pas utiliser l'argent voté pour un objet à une autre fin.

3Recettes : 50 ; dépenses : 55 (en milliers de milliards de GNF). Le solde est :
Voir la réponse

Réponse B : un déficit de 5. 50 - 55 = -5 : les dépenses dépassent les recettes.

4La loi de règlement :
Voir la réponse

Réponse C : constate les résultats réels après la fin de l'année. Elle compare l'exécution réelle aux prévisions.

5La séparation des ordonnateurs et des comptables a pour but :
Voir la réponse

Réponse A : de limiter les fraudes. Celui qui décide une dépense n'est pas celui qui manie l'argent.

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