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Histoire · 8e

Leçon 5 sur 23

La civilisation musulmane (suite)

Je sais présenter les grandes réussites des savants et des artistes musulmans et expliquer comment elles ont été transmises à l'Europe et à l'Afrique.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Expliquer d'où viennent les savoirs de la civilisation musulmane
  • Citer des savants musulmans et leurs apports en mathématiques, médecine, astronomie, géographie, philosophie et histoire
  • Décrire les caractères de l'art musulman
  • Montrer comment ces savoirs ont été transmis

Avant de commencer : La leçon « La civilisation musulmane » (organisation politique, villes, commerce, mosquée).

1Je découvre

En classe de mathématiques, à Mamou, le professeur de Fatoumata écrit au tableau : 3x + 5 = 20. « Aujourd'hui, nous faisons de l'algèbre », annonce-t-il. Puis il ajoute : « Le mot algèbre vient de l'arabe al-djabr. Il vient du titre d'un livre écrit il y a plus de mille ans à Bagdad par un savant nommé al-Khwarizmi. Et c'est de son nom que vient le mot algorithme, qu'on utilise aujourd'hui pour les téléphones et les ordinateurs. »

Fatoumata est étonnée. Les chiffres qu'elle écrit, 0, 1, 2, 3…, s'appellent d'ailleurs « chiffres arabes ». Des mots comme « zéro », « chiffre », « sirop » ou « alcool » viennent aussi de l'arabe. Elle se demande ce que les savants du monde musulman ont découvert, et comment leurs connaissances sont arrivées jusqu'en Europe et jusqu'en Afrique de l'Ouest.

Quels ont été les grands apports des savants et des artistes musulmans, et comment se sont-ils diffusés ?

2Je comprends

1. Les sources du savoir musulman

Le Coran encourage les croyants à chercher le savoir et à observer le monde. Une parole très souvent citée dans le monde musulman invite à chercher le savoir « du berceau à la tombe ». Les califes, les princes et les riches marchands protègent les savants : ce sont des mécènes.

Les savants musulmans s'appuient sur les connaissances des peuples conquis ou voisins :

  • les Grecs (Aristote, Platon, Euclide, Ptolémée, Galien…), dont les livres sont traduits en arabe ;
  • les Perses ;
  • les Indiens, qui leur transmettent la numération de position avec le zéro ;
  • les Chinois, qui leur font connaître le papier.

À Bagdad, au début du IXe siècle, le calife al-Mamoun développe la Maison de la sagesse (Bayt al-Hikma) : une grande bibliothèque et un centre de traduction où travaillent des savants musulmans, chrétiens et juifs. On y traduit en arabe des centaines d'ouvrages grecs, perses et indiens.

L'arabe devient ainsi la grande langue des sciences, comme le latin en Europe. Grâce au papier, fabriqué à Samarcande puis à Bagdad, les livres se multiplient et deviennent moins chers ; les bibliothèques se remplissent.

Mais les savants ne se contentent pas de traduire : ils corrigent, expérimentent, observent et inventent.

2. Les grands domaines du savoir

Les mathématiques. Le savant al-Khwarizmi (IXe siècle), qui travaille à Bagdad, écrit un traité d'algèbre (mot tiré du titre de son livre, al-djabr) et fait connaître la numération indienne avec le zéro. Ces chiffres, transmis à l'Europe par les musulmans, sont appelés « chiffres arabes ». Ils permettent de calculer bien plus facilement qu'avec les chiffres romains. Les musulmans développent aussi la trigonométrie, utile en astronomie.

La médecine. Les médecins musulmans ouvrent des hôpitaux (bimaristans) où l'on soigne gratuitement les malades et où l'on forme les étudiants.

  • Al-Razi (en Europe, Rhazès), médecin de Bagdad (IXe-Xe siècle), décrit avec précision la variole et la rougeole et les distingue.
  • Ibn Sina (en Europe, Avicenne, 980-1037), né en Asie centrale, écrit le Canon de la médecine, une encyclopédie médicale qui sera utilisée dans les universités d'Europe pendant des siècles.

L'astronomie. Les astronomes construisent des observatoires et perfectionnent l'astrolabe, un instrument qui permet de mesurer la hauteur des astres, de trouver l'heure et de s'orienter. L'astronomie sert aussi à la religion : fixer la direction de La Mecque, les heures de prière et le début des mois lunaires (Ramadan). Beaucoup d'étoiles portent encore des noms d'origine arabe.

La géographie et les voyages. Les géographes décrivent le monde connu. Ils sont très importants pour l'histoire de l'Afrique :

  • Al-Bakri, géographe de Cordoue, décrit en 1068 l'empire du Ghana et sa capitale ;
  • Al-Idrissi (XIIe siècle) dessine une célèbre carte du monde pour le roi de Sicile ;
  • Ibn Battuta, voyageur marocain du XIVe siècle, parcourt le monde musulman de l'Afrique à la Chine et séjourne dans l'empire du Mali (vers 1352-1353).

Sans leurs écrits, nous connaîtrions beaucoup moins bien les empires du Ghana et du Mali.

La philosophie et l'histoire.

  • Ibn Rushd (en Europe, Averroès, 1126-1198), cadi et médecin de Cordoue, commente les œuvres d'Aristote et cherche à accorder la raison et la foi.
  • Ibn Khaldoun (1332-1406), né à Tunis, est l'un des premiers penseurs à chercher les causes de l'essor et du déclin des États ; il parle aussi, dans son œuvre, des rois du Mali.

Les techniques. Les musulmans améliorent la fabrication du papier, du verre, des tissus et de l'acier, les moulins, les norias et les techniques de navigation (utilisation de la boussole venue de Chine, voile triangulaire).

DomaineSavantApport
MathématiquesAl-KhwarizmiAlgèbre, diffusion des chiffres indiens et du zéro
MédecineAl-Razi (Rhazès)Distinction de la variole et de la rougeole
MédecineIbn Sina (Avicenne)Le Canon de la médecine
GéographieAl-BakriDescription du Ghana (1068)
VoyagesIbn BattutaRécit de son séjour au Mali (XIVe siècle)
PhilosophieIbn Rushd (Averroès)Commentaires d'Aristote, raison et foi
HistoireIbn KhaldounRéflexion sur les causes de l'histoire

3. Un art original

L'art musulman est d'abord un art religieux qui s'exprime surtout dans l'architecture. Dans les mosquées, on évite de représenter des êtres humains et des animaux, pour ne pas encourager l'adoration des images. Les artistes développent donc d'autres formes de décoration :

  • la calligraphie : l'art de la belle écriture ; des versets du Coran décorent les murs ;
  • les arabesques : motifs de feuillages et de fleurs entrelacés ;
  • les motifs géométriques : étoiles, polygones qui se répètent à l'infini ;
  • les mosaïques, la céramique émaillée (faïence), le stuc sculpté.

Parmi les monuments célèbres :

  • le Dôme du Rocher à Jérusalem (achevé en 691) ;
  • la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas ;
  • la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie ;
  • la Grande Mosquée de Cordoue en Espagne, avec sa forêt de colonnes et ses arcs bicolores.

Dans les palais et chez les riches, l'art est aussi profane (non religieux) : tapis, objets en cuivre, céramiques, miniatures qui illustrent les livres, et même parfois des scènes avec des personnages. La littérature est riche : poésie, contes des Mille et Une Nuits.

Art des mosquées
  • Pas d'êtres vivants représentés
  • Calligraphie de versets du Coran
  • Arabesques et motifs géométriques
  • Grandes salles de prière à colonnes
Art des palais
  • Parfois des personnages et des animaux
  • Poésie calligraphiée, scènes de chasse
  • Tapis, céramiques, objets de cuivre
  • Jardins, fontaines, cours intérieures
Deux faces de l'art musulman.

4. La transmission du savoir

Les savoirs musulmans passent vers l'Europe chrétienne, surtout par :

  • l'Espagne musulmane (al-Andalus) : à Tolède, reprise par les chrétiens en 1085, on traduit de l'arabe au latin de nombreux ouvrages ;
  • la Sicile, où cohabitent chrétiens et musulmans ;
  • les croisades et le commerce en Méditerranée.

Ces savoirs contribueront au renouveau des sciences en Europe. Des mots français comme algèbre, chiffre, zéro, alcool, sirop, sucre, coton, magasin ou amiral viennent de l'arabe.

En Afrique de l'Ouest, le savoir musulman arrive avec les marchands et les lettrés qui traversent le Sahara. Des centres d'études se développent : Tombouctou et Djenné au Mali actuel, avec leurs milliers de manuscrits. Plus tard, en Guinée, le Fouta-Djallon devient un foyer d'enseignement islamique, et les écoles coraniques transmettent la lecture et l'écriture de l'arabe. Certaines langues africaines, comme le poular ou le mandingue, ont aussi été écrites en caractères arabes : c'est l'ajami.

  1. 1Savoirs grecs, perses, indiens et chinois
  2. 2Traduction en arabe (Maison de la sagesse, Bagdad, IXe siècle)
  3. 3Recherches et découvertes des savants musulmans
  4. 4Vers l'Europe : Espagne (Tolède), Sicile, commerce méditerranéen
  5. 5Vers l'Afrique de l'Ouest : caravanes, Tombouctou, écoles coraniques
Le chemin des savoirs à travers la civilisation musulmane.

Exemple

Question : « Montre que les savants musulmans ont été à la fois des héritiers et des inventeurs. »

Réponse rédigée : Les savants musulmans ont d'abord été des héritiers : ils ont traduit en arabe les œuvres des Grecs, des Perses et des Indiens, notamment à la Maison de la sagesse de Bagdad. Mais ils ont aussi été des inventeurs : al-Khwarizmi a développé l'algèbre, al-Razi a distingué la variole de la rougeole, Ibn Sina a rédigé le Canon de la médecine, les astronomes ont perfectionné l'astrolabe. Ils ont donc conservé, enrichi et transmis le savoir.

Exemple

Question : « Pourquoi les géographes arabes sont-ils importants pour l'histoire de l'Afrique de l'Ouest ? »

Réponse rédigée : Les peuples du Ghana et du Mali transmettaient surtout leur histoire par la tradition orale, grâce aux griots. Les écrits des géographes et voyageurs arabes, comme al-Bakri (1068) pour le Ghana ou Ibn Battuta (XIVe siècle) pour le Mali, sont des sources écrites précieuses : ils décrivent les villes, les rois, le commerce et la religion. Avec la tradition orale et l'archéologie, ils permettent de reconstituer l'histoire de ces empires.

Méthode

Pour présenter l'apport d'un savant :

  1. Je donne son nom (et son nom latin s'il en a un) et son époque.
  2. Je précise sa ville ou sa région.
  3. Je nomme son domaine (médecine, mathématiques…).
  4. J'indique sa découverte ou son œuvre principale.
  5. J'explique pourquoi elle est importante, hier et aujourd'hui.

3Je retiens

Je retiens

Les savants musulmans traduisent en arabe les savoirs grecs, perses et indiens (Maison de la sagesse de Bagdad, IXe siècle) puis les enrichissent.

Mathématiques : al-Khwarizmi (algèbre, chiffres dits « arabes », zéro venu d'Inde). Médecine : al-Razi, Ibn Sina (Avicenne, Canon de la médecine). Astronomie : astrolabe, observatoires.

Géographie : al-Bakri décrit le Ghana (1068) ; Ibn Battuta visite le Mali au XIVe siècle. Philosophie : Ibn Rushd (Averroès). Histoire : Ibn Khaldoun.

Art musulman : calligraphie, arabesques, motifs géométriques ; pas d'images d'êtres vivants dans les mosquées.

Transmission vers l'Europe par l'Espagne et la Sicile ; vers l'Afrique de l'Ouest par les caravanes (Tombouctou, écoles coraniques, ajami).

4Erreurs fréquentes

  • Croire que les musulmans ont inventé les chiffres « arabes » et le zéro : ils viennent d'Inde ; les musulmans les ont adoptés et transmis à l'Europe.
  • Penser que les savants musulmans ont seulement recopié les Grecs : ils ont corrigé, expérimenté et fait de nouvelles découvertes.
  • Mélanger Avicenne et Averroès : Avicenne (Ibn Sina) est surtout médecin, en Asie ; Averroès (Ibn Rushd) est philosophe et juge à Cordoue.
  • Affirmer que l'art musulman ne représente jamais d'êtres vivants : l'interdiction concerne surtout les mosquées ; l'art des palais et les miniatures en montrent parfois.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Qu'est-ce que la Maison de la sagesse ? Où et quand se développe-t-elle ?

b) D'où viennent les chiffres dits « arabes » ?

c) Quel ouvrage a écrit Ibn Sina ?

d) Cite trois éléments de décoration de l'art musulman.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) C'est une grande bibliothèque et un centre de traduction et de recherche, développé à Bagdad au début du IXe siècle par le calife al-Mamoun.

b) De l'Inde ; les musulmans les ont adoptés et transmis à l'Europe.

c) Le Canon de la médecine.

d) La calligraphie, les arabesques, les motifs géométriques (on peut citer aussi la mosaïque et la céramique).

2Exercice 2

(Associer) Associe chaque savant à son domaine : al-Khwarizmi ; al-Bakri ; Ibn Rushd ; al-Razi ; Ibn Khaldoun.

Domaines : philosophie ; mathématiques ; histoire ; médecine ; géographie.

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Al-Khwarizmi : mathématiques. Al-Bakri : géographie. Ibn Rushd : philosophie. Al-Razi : médecine. Ibn Khaldoun : histoire.

3Exercice 3

(Chronologie et calcul)

a) Combien d'années se sont écoulées entre la description du Ghana par al-Bakri (1068) et aujourd'hui (2026) ?

b) Ibn Sina a vécu de 980 à 1037. À quel âge est-il mort ?

c) Range dans l'ordre chronologique : Ibn Khaldoun, Ibn Sina, al-Khwarizmi, Ibn Rushd.

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a) 2026 - 1068 = 958 ans.

b) 1037 - 980 = 57 ans environ (selon le mois de sa naissance, 56 ou 57 ans).

c) Al-Khwarizmi (IXe siècle), Ibn Sina (980-1037), Ibn Rushd (1126-1198), Ibn Khaldoun (1332-1406).

4Exercice 4

(Analyse de document) Relis le tableau des savants et le schéma de la transmission.

a) Quels savants de ce tableau sont utiles pour connaître l'histoire de l'Afrique de l'Ouest ?

b) Par quelles régions le savoir musulman est-il passé vers l'Europe ?

c) Comment ce savoir est-il arrivé en Afrique de l'Ouest ?

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a) Al-Bakri, qui décrit le Ghana en 1068, et Ibn Battuta, qui séjourne au Mali au XIVe siècle ; Ibn Khaldoun parle aussi des rois du Mali.

b) Par l'Espagne musulmane (notamment Tolède), par la Sicile et par le commerce en Méditerranée.

c) Par les caravanes qui traversaient le Sahara : les marchands et les lettrés ont apporté les livres et l'enseignement ; des centres d'études se sont développés à Tombouctou et à Djenné, puis des écoles coraniques se sont répandues, jusqu'au Fouta-Djallon.

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type examen) En une douzaine de lignes, montre l'importance des sciences et des arts dans la civilisation musulmane. Plan conseillé : 1. les sources du savoir ; 2. les grands savants ; 3. l'art ; 4. la transmission.

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Exemple de rédaction :

La civilisation musulmane a connu un grand éclat scientifique et artistique. Les savants ont d'abord traduit en arabe les savoirs des Grecs, des Perses et des Indiens, notamment à la Maison de la sagesse de Bagdad au IXe siècle ; le papier venu de Chine a permis de multiplier les livres.

Ils ont ensuite fait avancer les connaissances. Al-Khwarizmi a développé l'algèbre et diffusé le zéro ; al-Razi et Ibn Sina, auteur du Canon de la médecine, ont fait progresser la médecine ; les astronomes ont perfectionné l'astrolabe. Des géographes comme al-Bakri et Ibn Battuta ont décrit l'Afrique de l'Ouest, et Ibn Rushd et Ibn Khaldoun ont marqué la philosophie et l'histoire.

L'art musulman, surtout religieux, se distingue par la calligraphie, les arabesques et les motifs géométriques, comme à Cordoue ou à Kairouan.

Enfin, ces savoirs ont été transmis à l'Europe par l'Espagne et la Sicile, et à l'Afrique de l'Ouest par les caravanes, jusqu'à Tombouctou et aux écoles coraniques du Fouta-Djallon.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui a écrit un célèbre traité d'algèbre à Bagdad ?
Voir la réponse

Réponse A : al-Khwarizmi. Le mot « algèbre » vient du titre de son ouvrage, al-djabr.

2D'où vient le zéro utilisé par les savants musulmans ?
Voir la réponse

Réponse B : d'Inde. La numération de position avec le zéro vient d'Inde ; les musulmans l'ont transmise à l'Europe.

3Quel savant a décrit le Ghana en 1068 ?
Voir la réponse

Réponse C : al-Bakri. Le géographe al-Bakri, de Cordoue, a rédigé une précieuse description de l'empire du Ghana.

4Quel élément ne trouve-t-on pas, en principe, dans la décoration d'une mosquée ?
Voir la réponse

Réponse C : des images d'êtres humains. On évite de représenter des êtres vivants dans les mosquées ; on préfère l'écriture et les motifs.

5Par quelle région le savoir musulman est-il surtout passé en Europe ?
Voir la réponse

Réponse A : l'Espagne musulmane. À Tolède, notamment, on a traduit de nombreux livres de l'arabe au latin.

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