Leçon 21 sur 24
L'OUA
Je sais expliquer comment et pourquoi l'Organisation de l'unité africaine a été créée le 25 mai 1963, quels étaient ses buts, ses principes et ses organes, quel bilan on peut en faire, et comment elle a laissé place à l'Union africaine.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer les origines de l'OUA : panafricanisme et divisions des groupes de Casablanca et de Monrovia
- Présenter les buts, les principes et les organes de la Charte d'Addis-Abeba
- Dresser le bilan des réussites et des limites de l'OUA
- Expliquer le passage à l'Union africaine
Avant de commencer : Les leçons sur les décolonisations (Gold Coast, Guinée, Tanzanie, Namibie) et « Le nouvel ordre politique international ».
1Je découvre
Le 25 mai, à la radio, Aïssatou entend : « Aujourd'hui, c'est la Journée de l'Afrique. » Elle demande à son grand-père Ousmane, ancien fonctionnaire à Kindia, ce que l'on célèbre. « Le 25 mai 1963, répond-il, les chefs d'État africains se sont réunis à Addis-Abeba, en Éthiopie, et ont créé l'Organisation de l'unité africaine, l'OUA. Notre pays y a joué un grand rôle, et c'est un Guinéen, Diallo Telli, qui en a été le premier secrétaire général élu. »
Aïssatou est curieuse. Pourquoi les Africains, à peine indépendants, ont-ils voulu s'unir ? Étaient-ils d'accord sur la manière de le faire ? Et pourquoi parle-t-on aujourd'hui de l'Union africaine et non plus de l'OUA ?
Pourquoi et comment l'OUA a-t-elle été créée, et quel bilan peut-on en faire ?
2Je comprends
1. Les origines : le panafricanisme
Le panafricanisme est un mouvement qui affirme la solidarité et l'unité des peuples africains et d'ascendance africaine, et qui lutte contre la domination coloniale et le racisme. Né à la fin du XIXe siècle chez des intellectuels noirs d'Amérique et des Antilles (W. E. B. Du Bois, Marcus Garvey), il s'exprime lors de congrès panafricains. Celui de Manchester (1945), avec Kwame Nkrumah, réclame l'indépendance de l'Afrique.
Après les indépendances, le panafricanisme devient un projet d'États : Nkrumah organise à Accra en 1958 la Conférence des États indépendants d'Afrique et la Conférence des peuples africains. La Guinée et le Ghana forment une union dès novembre 1958, élargie au Mali.
2. Les divisions avant 1963
Vers 1960-1961, les États africains sont divisés sur la manière de s'unir et sur la crise du Congo :
- Ghana, Guinée, Mali, Maroc, Égypte, GPRA algérien, Libye
- Dits « progressistes »
- Unité politique rapide, gouvernement continental
- Soutien actif aux luttes de libération
- Une vingtaine d'États, dont la plupart des pays francophones modérés et le Nigeria
- Dits « modérés »
- Coopération progressive entre États souverains
- Respect strict de la souveraineté et non-ingérence
Des pays francophones s'étaient aussi regroupés dans le groupe de Brazzaville (décembre 1960), qui rejoint ensuite le camp de Monrovia.
3. La création de l'OUA (25 mai 1963)
L'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié invite tous les chefs d'État indépendants à Addis-Abeba. Du 22 au 25 mai 1963, 32 États africains indépendants se réunissent. Des dirigeants comme Ahmed Sékou Touré (Guinée), Modibo Keïta (Mali), Julius Nyerere (Tanganyika) et Haïlé Sélassié œuvrent au compromis entre les deux groupes. Le 25 mai 1963, la Charte de l'OUA est signée. Le siège est fixé à Addis-Abeba.
Le compromis penche vers la thèse de Monrovia : l'OUA est une organisation de coopération entre États souverains, et non un gouvernement continental comme le souhaitait Nkrumah.
4. Les buts et les principes
Buts (article II de la Charte)
- renforcer l'unité et la solidarité des États africains ;
- coordonner leur coopération pour améliorer les conditions de vie des peuples ;
- défendre leur souveraineté, leur intégrité territoriale et leur indépendance ;
- éliminer le colonialisme sous toutes ses formes en Afrique ;
- favoriser la coopération internationale dans le respect de la Charte de l'ONU.
Principes (article III)
- égalité souveraine des États ;
- non-ingérence dans les affaires intérieures ;
- respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale ;
- règlement pacifique des différends ;
- condamnation de l'assassinat politique ;
- dévouement à l'émancipation des territoires encore dépendants ;
- non-alignement.
En juillet 1964, au sommet du Caire, les États décident le respect des frontières héritées de la colonisation (principe de l'intangibilité des frontières), pour éviter des guerres entre voisins.
5. Les organes
| Organe | Rôle |
|---|---|
| Conférence des chefs d'État et de gouvernement | Organe suprême ; se réunit une fois par an ; prend les grandes décisions |
| Conseil des ministres | Ministres des Affaires étrangères ; prépare la Conférence et applique ses décisions |
| Secrétariat général | Administration permanente à Addis-Abeba, dirigée par un secrétaire général |
| Commission de médiation, de conciliation et d'arbitrage | Règlement pacifique des conflits entre États |
| Comité de libération (Dar es Salaam) | Aide aux mouvements de libération |
Le Guinéen Boubacar Diallo Telli est le premier secrétaire général élu de l'OUA, de 1964 à 1972, après l'intérim assuré en 1963-1964 par l'Éthiopien Kifle Wodajo.
- 11945 : congrès panafricain de Manchester
- 21958 : conférences d'Accra ; Union Ghana-Guinée
- 31961 : opposition des groupes de Casablanca et de Monrovia
- 425 mai 1963 : signature de la Charte de l'OUA à Addis-Abeba
- 51964 : Diallo Telli secrétaire général ; intangibilité des frontières (Le Caire)
- 61990 : indépendance de la Namibie ; 1994 : fin de l'apartheid
- 79 juillet 2002 : l'Union africaine remplace l'OUA (Durban)
6. Le bilan de l'OUA
Les réussites
- La libération du continent : par le Comité de libération, l'OUA a soutenu les mouvements qui ont conduit à l'indépendance des colonies portugaises (1974-1975), du Zimbabwe (1980), de la Namibie (1990), et à la fin de l'apartheid en Afrique du Sud (1994). C'est sa plus grande réussite.
- Une voix africaine à l'ONU et dans le monde (groupe africain, soutien au NOEI).
- La stabilité des frontières grâce au principe d'intangibilité.
- Des médiations dans certains conflits entre États.
- La création d'institutions comme la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (adoptée en 1981) et le traité d'Abuja (1991) qui prévoit une Communauté économique africaine.
Les limites
- L'impuissance face aux conflits internes et aux coups d'État, à cause du principe de non-ingérence (guerre du Biafra, 1967-1970 ; génocide des Tutsi au Rwanda, 1994).
- Le manque de moyens : beaucoup d'États ne payaient pas leurs cotisations.
- Les divisions : affaire du Sahara occidental, qui conduit le Maroc à quitter l'OUA en 1984 ; rivalités liées à la guerre froide.
- La faible intégration économique : l'unité est restée surtout politique et symbolique.
- Un fonctionnement critiqué comme un « club de chefs d'État » peu attentif aux droits des peuples.
7. De l'OUA à l'Union africaine
Pour répondre à ces limites, les chefs d'État adoptent la déclaration de Syrte (Libye) le 9 septembre 1999, puis l'Acte constitutif de l'Union africaine à Lomé (Togo) en juillet 2000. L'Union africaine (UA) est lancée à Durban (Afrique du Sud) le 9 juillet 2002.
Nouveautés de l'UA : droit d'intervenir dans un État membre en cas de crimes graves (génocide, crimes de guerre, crimes contre l'humanité) ; rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement ; Conseil de paix et de sécurité ; Parlement panafricain ; Commission de l'UA à la place du Secrétariat. Le Maroc rejoint l'UA en 2017.
Exemple
Question : « Pourquoi l'OUA a-t-elle été créée en 1963 ? »
Réponse rédigée : L'OUA naît d'abord de l'idéal panafricaniste, qui veut unir les peuples africains, affirmé au congrès de Manchester (1945) et aux conférences d'Accra (1958). Ensuite, les nouveaux États, récemment indépendants, veulent défendre ensemble leur souveraineté et aider les territoires encore colonisés, en Afrique australe notamment. Enfin, il fallait dépasser les divisions entre le groupe de Casablanca, favorable à une union politique rapide, et celui de Monrovia, attaché à la souveraineté de chaque État. Grâce à la médiation d'Haïlé Sélassié et de dirigeants comme Sékou Touré, 32 États signent à Addis-Abeba, le 25 mai 1963, la Charte de l'OUA.
Exemple
Question : « Montre que le principe de non-ingérence est à la fois une force et une faiblesse de l'OUA. »
Réponse : C'est une force, car il protège les jeunes États contre les interventions de leurs voisins et garantit leur souveraineté, tout comme l'intangibilité des frontières a limité les guerres territoriales. Mais c'est aussi une faiblesse : l'OUA ne peut pas agir face aux guerres civiles, aux coups d'État ou aux massacres commis à l'intérieur d'un État, comme au Rwanda en 1994. C'est pourquoi l'Union africaine a introduit en 2002 un droit d'intervention en cas de crimes graves.
Méthode
Pour dresser le bilan d'une organisation :
- Je rappelle ses buts de départ.
- Je classe les résultats en réussites (avec des exemples datés) et en limites (avec des exemples datés).
- J'explique les causes des limites (moyens, principes, divisions).
- Je conclus par une appréciation nuancée et, si c'est pertinent, par ce qui a changé ensuite.
3Je retiens
Je retiens
Panafricanisme : mouvement pour l'unité et la solidarité africaines ; Manchester (1945), Accra (1958).
Avant 1963 : groupe de Casablanca (union politique rapide, dont la Guinée) contre groupe de Monrovia (coopération entre États souverains).
25 mai 1963 : 32 États créent l'OUA à Addis-Abeba (Haïlé Sélassié) ; le 25 mai est la Journée de l'Afrique.
Buts : unité, solidarité, défense de la souveraineté, élimination du colonialisme. Principes : non-ingérence, intangibilité des frontières (Le Caire, 1964), règlement pacifique, non-alignement.
Organes : Conférence des chefs d'État, Conseil des ministres, Secrétariat général (premier secrétaire général élu : le Guinéen Diallo Telli, 1964-1972), Commission de médiation, Comité de libération.
Bilan : libération du continent (Namibie 1990, fin de l'apartheid 1994) ; limites : conflits internes, moyens faibles, divisions.
Union africaine : Syrte (1999), Lomé (2000), lancée à Durban le 9 juillet 2002.
4Erreurs fréquentes
- Confondre l'OUA (1963-2002) et l'Union africaine (depuis 2002) : ce sont deux organisations successives, aux règles différentes.
- Dire que l'OUA a créé un gouvernement africain : c'était le souhait de Nkrumah, mais la Charte crée une simple organisation de coopération entre États souverains.
- Oublier le rôle de la Guinée : membre du groupe de Casablanca, participante active au compromis de 1963 et premier secrétaire général élu (Diallo Telli).
- Confondre le siège de l'OUA (Addis-Abeba) et celui du Comité de libération (Dar es Salaam).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis le panafricanisme.
b) Où, quand et par combien d'États l'OUA a-t-elle été créée ?
c) Qui fut le premier secrétaire général élu de l'OUA ?
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a) Le panafricanisme est un mouvement politique et culturel qui affirme l'unité et la solidarité des peuples africains et d'ascendance africaine, et qui a combattu la colonisation et le racisme.
b) À Addis-Abeba (Éthiopie), le 25 mai 1963, par 32 États africains indépendants.
c) Le Guinéen Boubacar Diallo Telli, de 1964 à 1972.
2Exercice 2
(Comparer) Présente dans un tableau les différences entre le groupe de Casablanca et le groupe de Monrovia.
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| Groupe de Casablanca | Groupe de Monrovia | |
|---|---|---|
| Date | Janvier 1961 | Mai 1961 |
| Membres | Ghana, Guinée, Mali, Maroc, Égypte, GPRA, Libye | Une vingtaine d'États, dont le Nigeria et la plupart des francophones |
| Conception de l'unité | Union politique rapide | Coopération progressive entre États souverains |
| Orientation | Progressiste | Modérée |
3Exercice 3
(Classer) Classe en réussites ou en limites de l'OUA : indépendance de la Namibie ; guerre du Biafra ; départ du Maroc en 1984 ; fin de l'apartheid ; cotisations impayées ; stabilité des frontières.
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Réussites : indépendance de la Namibie (1990) ; fin de l'apartheid (1994) ; stabilité des frontières. Limites : guerre du Biafra (1967-1970), que l'OUA n'a pu empêcher ; départ du Maroc (1984) ; cotisations impayées.
4Exercice 4
(Analyse de document) Document : article III de la Charte de l'OUA (extraits) : les États membres affirment les principes de « l'égalité souveraine de tous les États membres », de « la non-ingérence dans les affaires intérieures des États », du « respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque État » et du « règlement pacifique des différends ».
a) Présente le document. b) Explique le principe de non-ingérence. c) Quel est l'intérêt de ces principes pour de jeunes États ? d) Quelle limite ont-ils entraînée ?
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a) C'est un extrait de l'article III de la Charte de l'OUA, signée à Addis-Abeba le 25 mai 1963 par 32 États africains indépendants ; il fixe les principes de l'organisation.
b) Aucun État ni l'organisation elle-même ne doit intervenir dans les affaires intérieures d'un État membre (son régime politique, ses conflits internes).
c) Ces États, récemment indépendants et fragiles, veulent protéger leur souveraineté, éviter les ingérences de leurs voisins et les guerres de frontières ; ils garantissent ainsi la paix entre États.
d) L'OUA est restée impuissante face aux guerres civiles, aux coups d'État et aux violations des droits de l'homme à l'intérieur des États, par exemple lors du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
5Exercice 5
(Sujet de type BAC) Composition : « L'Organisation de l'unité africaine (1963-2002) : création, action et bilan. »
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Plan conseillé :
Introduction : définir l'OUA ; problématique : l'OUA a-t-elle réalisé l'unité africaine ?
I. La création : panafricanisme, divisions de 1961, compromis d'Addis-Abeba (25 mai 1963), rôle de la Guinée.
II. L'organisation et l'action : buts, principes, organes ; lutte contre le colonialisme et l'apartheid ; voix africaine à l'ONU.
III. Le bilan : réussites (libération du continent, frontières stables), limites (non-ingérence, moyens, divisions) ; remplacement par l'Union africaine en 2002.
Conclusion : l'OUA a libéré politiquement l'Afrique, mais l'unité économique et la paix intérieure restent des défis pour l'UA.
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6Je vérifie
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